Mardi 27 mai 2008, Mirebeau
Les matins sont difficiles, certes, et la mise en train, bien lente. Boulangerie, croissants, café, radio (« Epopée de la France Libre » d'Olivier Germain-Thomas, écouté sur cassettes, en boucle ces jours-ci), téléphonages, tour de jardin, etc… A quoi s'ajoutent les siestes, occupées depuis trois jours à regarder, par bouts, « Le Chagrin et la Pitié » de Max Ophüls, film que j'ai toujours manqué, et dont j'ai découvert miraculeusement le DVD l'autre jour. En un mot, pas mal d'agréables traîneries… Mais, dès que je commence à écrire, comme tout est délié !
Suis retourné voir tout à l'heure le rosier que j'ai dégagé hier : deux des trois boutons sont en train d'éclore ensemble, tout rose, fripés et frêles comme deux nourrissons… Coupé une fleur plus ancienne et l'ai installée dans un grand verre d'eau, sur mon bureau. D'ailleurs, il y a ici des fleurs partout, c'est une profusion prodigieuse.
Comme toujours, les seules contrariétés viennent du monde extérieur. (je vais me faire l'effet du fameux M. Buddha, bien connu en diverses contrées de l'univers, qui n'était heureux que dans son palais, et conséquemment ne voulait avoir nul affaire avec le monde). Ayant, donc, acheté hier Le Figaro, je tombe sur un encadré intitulé « ce jour là » : nous sommes donc supposés célébrer aujourd'hui l'adoption, le 26 mai 1986 (mais où ?, à la suite de quoi ? Mystère), du drapeau européen, les douze étoiles sur fond bleu et l'on apprend que « les formats, les couleurs et la composition de notre drapeau son fixés une fois pour toutes ». Notre drapeau ! L.D. m'avait prévenu : comme il le vit au Québec, tout fédéralisme nous embarque dans d'interminables guerres symboliques de ce genre, à la fois essentielles et dérisoires. Vivement le Non irlandais pour souffler un peu…
Vendredi 9 mai, Mirebeau
Pour avancer de Gaulle II, il faudrait en principe, quand je suis à Mirebeau en fin de semaine, écrire huit pages chaque jour; or, j'en suis loin… mais l'anniversaire de la Constitution de 1958 approche à grands pas, pour lequel le livre doit être prêt pour septembre, c'est à dire fini en juin. J'en suis loin… Un effroi de plus…
Le tintamarre médiatique qui marque le dixième anniversaire des monomes de mai 1968 est moins une commémoration qu'une auto-célébration d'une génération dont les rejetons les plus ambitieux ont eu le génie d'occuper alors l'ORTF et qui, depuis lors, ne l'ont plus lâché : voici quarante années qu'ils soufflent dans tous les tuyaux du service prétendument public de l'audio-visuel leurs chansons haineuses contre ce qu'ils appellent le « vieux monde », c'est à dire la France, entrecoupés d'hymnes réguliers à leur propre gloire. Célébrer donc, petits marquis, avant que l'histoire ne vous engloutisse !
Dans ce délire de bien-pensance qui proclame à grands renforts de tambours et trompettes son complet contrôle des élites, il n'est guère question des évènements qui pourraient d'aventure contrarier son empire : on ne rappelle pas que la pus grande manifestation de ce mois de mai rassembla sur les Champs Elysées un million de Français brandissant des drapeaux tricolores, pas plus que l'on ne s'attarde sur les millions d'électeurs qui, quelques semaines plus tard, manifesteront dans les urnes leur dégoût d'une chienlit où ils sentaient sans doute qu'allaient seuls prospérer les « profiteurs d'abandon et les débrouillards de la décadence », selon une formule du général de Gaulle qui ne fut que trop prophétique : il était significatif que l'année 68 se soit ouverte sur un petit événement littéraire, la parution du dernier roman de Marguerite Duras : « Détruire, dit-elle ». Ce fut le mot d'ordre : il fut obéi à la lettre. Quarante ans plus tard, nous voici devant leurs flamboyants décombres…
Mercredi 6 mai 2008, Paris
Dîné l'autre jour avec un ami qui m'annonce avoir une histoire à me raconter, « une histoire tout à fait pour toi », précise-t-il.
Voici les faits : Il emploie depuis plusieurs années une femme de ménage d'origine marocaine, née en France voici quarante et quelques années, et dont le fils, Français lui aussi, eut l'hiver dernier un premier enfant. Hélas, le bébé est mort subitement, comme quelquefois les bébés en très bas âge. (…). Branle-bas de combat ! Toute la famille (une quinzaine de personnes, a-t-elle précisé) se met en quête de billets d'avion « pour partir enterrer le petit là bas ». Il me dit s'être étonné que, de père, de mère, de grand-mère française, ce petit né en France et français lui-même, aurait pu être enterré en France : cette hypothèse n'effleura pas son employée, qui jugeait très normal que « le petit soit enterré chez nous ». Ah, bon…
Mon ami s'étonne tout de même, d'autant que, précise-t-il, ils se sont ruiné pour les billets d'avion, les frais de rapatriement du corps et ceux de la cérémonie, au point que son fils doit résilier son bail et s'est réfugié avec sa femme, chez elle.
Je lui fais observer que tout cela n'est que normal : la religion prime tout chez certains peuples, et la terre ancestrale, et qu'il y avait rien là qui me paraisse ignoble. Aussi bien n'ai-je jamais considéré que des familles arabes, telles que j'ai connu ces peuples en Egypte par exemple, quand bien même vivraient-elles de longue date en France, devenaient automatiquement françaises : par les papiers certes, mais quand à l'appartenance du cœur, ce pouvait être quelquefois oui, mais le plus souvent non. Quoi de scandaleux à cela ? La plupart des étrangers restent durablement et seront sans doute toujours des étrangers, de leur propre volonté le plus souvent. Heureux encore : à la différence des colons français, en Algérie par exemple, nos immigrés ne considèrent pas que notre terre soit la leur, au point de s'y faire ensevelir… L'absurdité est l'immigration (ou la colonisation, qui revient au même), pas la fidélité à soi-même, à sa terre, à sa religion, à ses pères…
Une « histoire pour moi », disait-il ; mais, qu'il le veuille ou non, c'est aussi une histoire pour lui…
Jeudi 1er mai 2008, Mirebeau
Quelques jours de solitude parfaite. La troublent, d'ailleurs agréablement mes deux voisines qui viennent, l'une le soir, l'autre l‘après-midi, m'apporter du muguet. Je place les bouquets de part et d'autre de mon bureau : comme ces muguets embaument !
Amusé, un peu révolté aussi, par la conversation de l'une d'elles : le jeune professeur de tennis de Mirebeau, qui était devenu un de ses amis, vient de mourir d'une maladie si foudroyante qu'elle l'a emporté en quelques jours. Elle est très émue : « comment cela est-il possible ? ». De la messe que l'on fit dire peu de jours après en Mirebeau, elle n'est cependant pas très satisfaite : « alors qu'il était tout de même très jeune, 28 ans, le curé, plutôt que de faire son portrait, de parler de lui, n'a pas cessé de parler du bon dieu : on se regardait consterné, il était à côté de la plaque ! ». Voilà donc où nous en sommes : ces personnes qui ne vont sans doute jamais à la messe, pas davantage que ne le faisait le défunt, n'en demandent pas moins à l'Eglise d'assurer une sorte de service public des cérémonies (pourquoi donc ?), et se scandalisent de surcroît qu'on y célèbre Dieu le Père ! S'il s'agissait d'évoquer la vie du défunt, de montrer des photographies, de faire entendre des enregistrements de sa voix, comme elle eut souhaité qu'on le fasse dans une sorte de délire mortifère devenu règle funéraire d'un monde qui ne célèbre plus que la mort et le chagrin, je lui suggère qu'on aurait été avisé de choisir le préau du club de tennis. Mais non, ils veulent l'Eglise, mais ils ne veulent pas de Dieu
Et tout ainsi : ils veulent des bons sentiments, tout pétris d'une christianité mal digérée, mais point de religion, ni de foi – ou d'une sorte de religion athée, d'une foi sans le Ciel, ni les prières, ni la Lumière, en somme d'un christianisme sans le Christ. Terribles ténèbres !
Mieux encore : tandis que je lui fais observer qu'il est normal que l'on prie Dieu dans une église, elle m' « avoue » (sic !, c'est déjà ça…) que, dans sa famille, on ne croit pas. Personne, sauf A. (le plus jeune de ses fils, qui doit avoir une douzaine d'années), dont elle dit que, « bizarrement », il aime aller au catéchisme et quelquefois à la messe. Et d'ajouter que cela fait bien rire la maisonnée, au point que le dimanche, quand, à l'approche de la messe, les cloches sonnent, tout le monde se moque de lui : « A. , es-tu prêt ? C'est l'heure de la messe ! », ou encore : « Comment, tu ne vas pas aujourd'hui à la messe ? Mais tu risques l'enfer, etc… ». Epoque où l'on ne transmet rien de ce qui fit l'ossature de la civilisation pendant des siècles, mais, où, même, on décourage les enfants de croire – une époque dont, à la vérité, il n'y a plus rien à garder…
Lundi de Pentecôte, 12 mai - Mirebeau
Sommes allés réserver hier, à Saint Jean de Sauve, deux petits chats, nés dans la nuit dans une brave famille qui nous les donnera en juillet, sevrage achevé. Ce seront nos petits chats de Pentecôte. Nous leur cherchons des noms. Le temps reste frais : « Saints de glace !” dit P.L. sur le ton de l'évidence.
Ce que les enragés de la destruction ne célébreront pas davantage, bien entendu, c'est un autre mois de mai qui, pourtant, s'inscrit déjà dans l'histoire de la France, ce mois de mai 2005 de bout en bout marqué par la progression du Non populaire à une Constitution supranationale qui allait priver la France de ses derniers instruments de souveraineté, la réduire à quelques communautés ou Länder d'une Europe dominée par l'Allemagne et encadrée par l'OTAN, supprimer l'Etat, la Nation et la civilisation de la France, et son peuple même : une fois encore le peuple français sut retrouver le non de toutes les Résistances dont nous devons perpétuer le souvenir. Bien qu'il soit aujourd'hui nié par les oligarchies et leur petit gouverneur actuellement « au pouvoir » (ou ce qui passe pour tel) , et que la Constitution Giscard soit redevenue légale par le tour de passe-passe de Lisbonne suivie d'une « voie parlementaire » ipso facto devenue illégitime, nous devons graver dans les mémoires le souvenir du 29 mai 2005 : à nous d'en faire la nouvelle fête nationale, qui a certes autant de sens que celle que l'on célébre dans les flonflons de juillet : le 29 mai prochain sera fête nationale parce qu'il sera fête de la souveraineté, premier bien du Bien Public ; nous devons être nombreux à le célébrer ce soir là, à 18h30, Place Saint Germain des Près en mémoire de tous les NON qui, de Jeanne jusqu'à Charles, surent réaffirmer contre la force brute de l'envahisseur la pérénité nécessaire des libertés de la France –la Légitimité, toujours, contre une légalité moribonde.
Ne sera pas davantage célébré cet autre mois de mai, celui de 1958 qui vit le retour au pouvoir du Général de Gaulle, que saluèrent sans ambages les pages de l'Action Française, journal qui, bien qu'il eut certes des choses à redire, et qui les redira, prouva à cette occasion qu'il savait échapper au sectarisme ; peu après, d'ailleurs, bien qu'il fut royaliste et justement parce qu'il était royal et savait discerner les exigences de la Res Publica selon Jean Bodin, souveraine et maîtresse d'elle-même contre les abandons des petits républicains en peau de lapin, notre journal allait faire voter oui à la Constitution du 4 octobre instituant une Vème République -d'ailleurs morte depuis longtemps dans d'affreux soubressauts, tant il est vrai que, en France, les Républiques finissent toujours fort mal. Mai 58, un Coup d'Etat ? Oui, sans doute –exactement ce que l'on appelait jadis un « Coup de majesté », quand l'action énergique de quelques uns parvient à substituer au désordre apparent l'ordre profond de la Nation.
Et certes, les Comités de salut public de ce mois de mai-là, ils ne les célébreront pas, devinant sans doute que, pour eux, le péril, loin de venir des élections qu'ils contrôlent de bout en bout désormais, ne peut venir que de la rue…
Vendredi 18 avril, Paris
Pour une fois tranquille chez moi, à Paris ; lecture : livre noir de la Révolution française, jean Malaurie que j'ai acheté cet après midi ; magnifiques programmes sur les chaine histoire -je ne sais plus laquelle je regarde, passant de l'une à l'autre… Sur la Chine du XXème siècle : lutte contre l'Occupant, sanglante ; règlements de comptes de Tank Gai etc… contre les rouges, affreux (exécutions sommaires de civils dans les rues de Shanghai, images atroces ; puis invasion japonaise : affres en série ; puis vient la revanche des communistes sur les nationalistes : sordides épuration ; suivent les différents épisodes du totalitarisme maoïste, le révolution culturelle qui fit des millions de morts… La valeur de la vie humaine n'existe donc pas dans ce pays –est-elle réservée à l'Europe ?
Puis, documentaire sur l' « orchestre rouge » : certes, les résistants allemands ne furent pas nombreux : mais ces coeurs vaillants, qui ont bravé la machine impérial-socialiste de l'intérieur méritent d'être à jamais célébrés - bien davantage que le groupe de Stolenberg qui ne commença à songer à la résistance qu'une fois cuites toutes les carottes : un attentat en juillet 44, de surcroit pour tenter de sauver quelques uns des acquis d'Hitler ! Surtout, ce fait : après la guerre, les rares survivants du réseau de résistance et leurs familles se sont tus : aux yeux des voisins, ils passaient pour de « mauvais allemands » !
Mardi 15 avril, Bruxelles
M. Sarkozy annonce la pure et simple réintégration de la France dans l'OTAN. De la tribune de l'Assemblée, François Fillon accuse les rares protestataires « d'anti-américanisme primaire » ; mutatis mutandis il fait penser à ce que l'on disait aux temps jadis de ceux qui s'élevaient contre l'Union soviétique : « anti-communistes primaires » !…
5 avril 2008, Mirebeau
Tout le monde reste ici plus ou moins ébaubi devant la défaite qu'a subie, lors des dernières élections municipales, le sémillant maire de Mirebeau –pas tant le maire, d'ailleurs, dont le score personnel est enviable, que l'équipe municipale, plusieurs de ses colistiers ramassant de mémorables casquettes. Résultat, nous avons un nouveau maire, qui, élu depuis trois semaines, ne se signale guère. Diable, c'est qu'il n'est as facile par les temps qui courent d'être maire, ou d'exercer quelque responsabilité que ce soit. D'abord, l'autorité est diluée à l'extrême, : il faut faire leur part aux prérogatives des adjoints, au syndicat de communes et à ses responsables, aux associations diverses et nombreuses, au conseiller général du coin, aux préfets et ses directions départementales, etc…, tout en prenant sur soi tous les tracas des habitants, fort exigeants il faut dire –et peu réalistes. J'ai eu moi-même maille à partir avec le brave sortant à propos de l'état lamentable de ma rue, question en petite partie réglée –et, à la faveur de cette minuscule affaire, j'ai pu toucher du doigt de nouveau l'étendue de l'impuissance publique, due, cette fois, au mauvais vouloir des services municipaux, et d'employés tout disposés à n'en faire qu'à leur tête, c'est à dire fort peu… certes, pas facile d'être maire, dans un monde aussi profondément malade qu'est le notre…
D'ailleurs, balayons devant notre porte : tout marche au ralenti dans mes affaires aussi : Les Cahiers comme La Lettre de l'Indépendance trainent, le volume du courrier en retard s'épaissit, les questions matérielles sont sans cesse remises à plus tard, tout cela pour la seule raison que, depuis trois mois, je n'ai plus de secrétaire, l'excellente CB ayant été appelée à d'autres fonctions par un secrétariat général du parlement fort peu désireux sans nul doute de nous laisser bénéficier plus longtemps d'un aussi précieux renfort. Bref, plus de secrétaire, et tout s'enlise. L'avanie est redoublée par le temps que prend, à PP et EB surtout, la tache incroyablement difficile d'en recruter une autre – qui du moins sache écrire, comprendre ce que l'on dicte, accepte les horaires etc… les Français et les Français étant devenus fort capricieux ( je n'aimerais guère être chef d'entreprise !)… Bien entendu, les lecteurs râlent : que de retard ! Cette mauvaise humeur est flatteuse : on attend l'Indépendance ; mais, comme la prochaine livraison est celle des Cahiers, je ne comprends guère que ce soit ceux qui n'y sont pas abonnés qui se plaignent le plus… Si l'on savait quelles difficultés il faut surmonter pour sortir à peu près régulièrement, on serait peut-être plus enclin à consentir les dix euros trimestriels (à peine plus d'une place au cinéma, un plat au restaurant !) qui permettent d'obtenir l'abonnement complet, le seul qui, si il était largement souscrit, donnerait un minuscule confort à notre équipe, et serait gage de la pérénité de notre vaillante mais fragile entreprise… Nous avons atteint le millier, il en faudrait un peu davantage…
Lundi 31 mars - Thalys Paris-Bruxelles
Lecture des journaux, encore et encore, bien que l'on n'y apprenne que de petites choses, pour ainsi dire des anecdotes. Deux exceptions aujourd'hui, cependant : je m'avise que, désormais, dans le quotidien Le Monde, plus aucune page n'est consacrée à la politique française ; après les traditionnelles pages internationales, une séquence Europe-France disperse les actualités françaises dans l'ensemble de l'Europe (au même titre que l‘actualité allemande, ou bruxelloise, ou bien celle des régions, la PACA, la Lombardie etc…) ; puis viennent les pages économie, les pages société, etc… Deux mots sont doucement passés à l'as : la France ; la politique. Raffinements de l'idéologie anti-nationale, et anti-politique, de ce grand journal, idéologie qui a d'ailleurs triomphé depuis lurette : y-a-t-il trace quelque part d'une politique française ?
Aussi, ceci : pour la première fois, l‘annuaire pontifical, publié par les services du Vatican, note que, dans le vaste monde, le nombre des musulmans (19,2% de la population mondiale) dépasse celui des catholiques (17,4%). Encore ces chiffres ne disent-ils rien de l'essoufflement du catholicisme dans ses foyers les plus traditionnels, et d'abord celui d'Amérique latine, où il cède le pas aux nouvelles religions dites « évangéliques » et n'est plus que de façade, pour ne rien dire de l'Europe où même cette facade craque de toutes parts) ; rien, non plus, sur les puissantes énergies qui, de toutes part, servent l'expansion que l'on pourrait juger durable, de la religion musulmane, grand instrument de la revanche sociale universelle : la faveur dont jouit cette religion rudimentaire est un élément marquant, ainsi qu'un facteur d'accélération notoire, de l'involution générale de l'humanité, grand sujet du jour à mes yeux, pour ne pas dire le seul –j'écris involution de l'humanité, après avoir hésité à parler plutôt d'un immense reflux de l'amour, qui dit mieux ce que je veux dire, mas ne serait que très rarement compris, j'imagine.
Ceci encore, qui n'est peut-être pas seulement anecdotique : à la demande des Etats-Unis, M. Sarkozy, qui, il faut dire, n'a rien à leur refuser, envoie un millier de soldats supplémentaires en Afghanistan, aux fins de pourchasser ceux des Afghans que l'on juge, à Washington, trop musulmans ; ce faisant, des musulmans également très musulmans prospèrent en Europe…
Jeudi-Saint, 20 mars. Train Paris-Chatellerault
Habituels tourments du ciel tout au long de la semaine sainte. Lectures amoncelées : de Gaulle et l'Histoire de Pognon, lue avec une infinie lenteur, et force notes dans les marges (notamment : question de la légitimité) ; ouvrages sur la Russie, notamment l'Apocalypse russe de J-F. Colosimo ; feuilleté aussi les quatre ouvrages reçus hier des Editions de Paris – l'un d'eux, signé Jacques Trémollet de Villers particulièrement sympathique.
Relu tout à l'heure le chapitre du Coté de Swann consacré aux « Noms de pays », passages écrits au moment où, sur l'autre rive de la Seine, un jeune homme se faisait de son nom, par là de lui-même et de son destin, une certaine idée, point sur lequel le petit Marcel a vu quelques petites choses : la résonnance en soi des noms, etc… Par quel miracle, par quel signe du ciel celui qui allait prendre en charge la légitimité nationale la trouva en somme dès son berceau, par son nom, celui du plus ancien nom de la France, précédé de l'un des deux principaux prénoms des dynasties nationales, au point d'avoir été l'éponyme de l'une d'elle ? Je crois me souvenir que Pierre Nora a écrit des choses assez fortes sur le sujet, mais où ? Recherches et sinuosités en perspective…
Pourtant, au milieu de tant et tant de pistes éparpillées dans mon pauvre cerveau, un grand sujet domine tout : comment l'extraordinaire reflux de l'amour depuis quarante ans (de l'amour : je veux dire de la foi, pour moi son autre nom), a laissé le champ libre, extraordinairement libre, aux inlassables, inépuisables figures du Diable ; tandis qu'on met à mort le Christ, j'entends le Diable ricaner tout alentours, de part en part à travers l'univers. Une pitié extraordinaire me prend tout au long du jour, avec des sortes de tremblements, que je tente de conjurer en m'emmitouflant dans le grand manteau bleu de D. –je suis de surcroît salement malade et lutte de toutes mes forces, en écrivant ces lignes, pour ne pas m'abandonner à la fièvre…
Annulé le déjeuner prévu avec Matthieu Grimpret, qui vient tout de même prendre un café, et m'apporte notre ouvrage collectif dirigé par Chantal Delsol et lui-même, « Oublier mai 68 », qui a l'air de bonne facture –l'ai trouvé charmant, cultivé et gai, d'une lucidité amusée et désolée comme je m'étonne d'en trouver encore tant de jeunes hommes capables autour de moi –très jeunesse française, en somme ; je pense à tant de jeunes gens rencontrés ces dernières années, qui pensent droit, dans le carnage : comment comprendre qu'il existe encore, malgré tout, une jeunesse française ?
Cela étant dit, j'ai du coup pu suivre depuis mon lit, à 13 h., le journal de la mi-journée de France Inter . Ce journal, hors annonces, dure 28 minutes ; sur ces 28 minutes, 18, soit pas moins des deux tiers, ont été consacrées à un seul sujet : le décès d'une dame encore inconnue de tous voici huit jours, une certaine Chantal Sébire. Atteinte d'un mal terrible et douloureux (un mal, qui cependant, ne la vouait pas à une mort certaine, et qui était curable, dont on pouvait retarder l'évolution, une de ces maladies dont tant de personnes sont atteintes), elle avait refusé l'opération qui pouvait la guérir ou la soulager durablement, pendant qu'il en était encore temps ; puis elle avait refusé tout soulagement, ce que l'on appelle aujourd'hui les « soins palliatifs », préférant à la morphine, si secourable, recevoir chez elle des caméras de télévision, se mettant ainsi en scène pour le service d'une cause unique, obsessionnelle chez elle : la légalisation de l'euthanasie. Cas limite et inouï, qui eut éberlué les gens sensé il y a quelques années encore : non seulement cette dame refusait tout soulagement, mais elle refusait aussi le suicide, d'une façon plus ou moins douce. Au lieu de ces solutions humaines, elle choisit la plus inhumaine de toutes : demander à la société de l'assassiner, charger en somme les autres de sa mort, par là faire reconnaître ce que l'on appelle pudiquement le « droit de mourir dans la dignité », c'est à dire en bon français, le droit de tuer les malades.
Or, ce chantage est d'autant plus affreux que, comme l'on pouvait s'y attendre, l'officialité médiatique (je veux dire les journalistes les plus patentés, institués arbitres de toutes choses) prend appui sur l'affaire pour donner à entendre qu'une médecine, et une religion, qui refusent d'accéder à la demande de la dame sont inhumaines : en somme, le crime consiste ici, non point à tuer, mais refuser de tuer. C'est un renversement complet du fondement même de la civilisation chrétienne –la préférence à la mort.
Le journal de France Inter que je viens de suivre avec consternation chante à tue-tête cette préférence-là ; on ne donne la parole qu'à ses partisans ; pas une seule voix discordante, de la voisine de la dame qui dit sans ambage, par téléphone, « sa joie » de la savoir « enfin soulagée », jusqu'au médecin qui la suivait. Mais celui que l'on entend le plus longuement est un autre personnage, un certain Jean-Luc Romero. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que c'est lui, en tant que nouveau président de l'ADND (Association pour le droit de mourir dans la dignité) qui s'est depuis le début saisi de cette affaire, ayant compris combien elle était faite pour disposer l'esprit public à ses vues. Il est manifeste qu'il a rencontré la dame et l'on suppose que c'est lui qui lui a suggéré "d'alerter l'opinion" par différentes lettres retentissantes envoyées ces derniers jours à plusieurs autorités, et fort orchestrées de toutes parts (on a vu des titres tels que "La justice refuse la mort douce à Chantal Sébire" ou encore "Chantal Sébire ne pourra pas mourir en France". Et certes, M. Romero sait tirer les ficelles. Je l'ai connu jeune homme ; il n'avait en tête que de se faire élire ici ou là. N'ayant jamais rencontre de succès électoral, il compta sur un « créneau porteur », la lutte contre le sida, lutte au service de laquelle il sut mobiliser les élus locaux ; mais cela ne suffisait pas à son bonheur, c'est-à-dire à sa notoriété. Il écrivit un livre pour annoncer urbi et orbi qu'il était lui-même atteint du VIH. Allant de grande cause en grande cause, il se spécialisa dans l'action en faveur du mariage homosexuel, et voilà qu'on le retrouve militant de la généreuse "aide à partir". Tout ce cursus lui a valu de nombreuses entrées dans les médias, ce qui explique la place immense que vient d'accorder à ses considérations le journal de France Inter. Tout au long, je n'ai cessé de penser au titre d'un récent livre de René Girard : « Je vois Satan tomber comme la foudre ». Comme Satan sait prendre de visages !
Diabolique, je ne vois pas d'autre mot en effet pour qualifier une entreprise qui excite la compassion générale à partir d'un cas précis pour "libérer" la société de ses scrupules au moment où se pose de toutes parts la question du coût de l'hôpital, c'est-à-dire tranchons le mot du coût des grands malades, dont on nous dit qu'il pèse très lourd dans les charges de la Sécurité sociale ; à quoi s'ajoutent d'innombrables discours sur le quatrième âge et autres considérations toujours distanciées sur les charges que représentent les improductifs pour nos comptes sociaux. Et certes, il fallait bien s'attendre à ce que notre incapacité à résoudre des problèmes, évidemment insolubles, comme le complet reversement de la proportion des actifs et des pensionnés dans le cadre du système public de retraites dites "par répartition" finisse par poser pas à pas, en n'ayant jamais l'air de rien, la question des déficits par le plus mauvais bout qui soit, et même le plus horrible. Au lieu de faire ce que tout notre héritage civilisationel nous indique simplement, mettre en place une politique nataliste qui permettrait le soutien des plus âgés par de plus jeunes venus à leur tour sur le marché du travail, c'est-à-dire au lieu de choisir la solution de la vie, c'est celle de la mort, déguisée en "aide à partir" et autres masques de langage que nous sommes en train de faire tout doucement. Car il faut être bien naïf pour ne pas croire que, à partir du cas si caricatural de Chantal Sébire, le service public et sa longue orchestration donnera, nolens volens un jour ou l'autre un fondement à une législation dite plus souple qui autorisera les familles, les médecins et pourquoi pas, les institutions hospitalières à "aider à partir" les pauvres personnes dont on aura jugé le cas désespéré et que l'on se sera résigné à, n'est-ce pas ?, à « aider à partir ». Il y a en France des centaines de milliers et sans doute plus de personnes déliées de l'impératif absolu qui préside la civilisation depuis des siècles la préservation de la vie. Tout cela ne consonne que trop avec une société entièrement organisée autour des impératifs de la Marchandise : de même que l'avortement "délivra les femmes" d'une antique fonction qui avait le malheur de les mettre à l'écart du système de production et de consommation, le "droit à mourir dans la dignité" mettra tôt au tard à l'écart, sans coût excessif, ceux qui décidément ne peuvent plus rien produire, et ne font plus que coûter.
Feue Chantal Sébire a-t-elle seulement réfléchi à la cause, ou plutôt aux causes qu'elles a épousées ? Le voyeurisme d'abord –elle ne se doutait sans doute pas que les journalistes qu'elle autorisait à filmer son visage et ses tumeurs revendaient ensuite leurs images, bien entendu fort cher, à de nombreuses télévisions à travers le monde… Plus grave, elle n'a sans nul pas mesuré le renversement qu'elle appelait de ses vœux, et dont son cas ne fut qu'un pauvre prétexte : en demandant à la médecine, non qu'elle la soigne ou la soulage mais qu'elle la tue, ce que n'ont fait jusqu'à présent que des médecins de très fâcheuse mémoire, elle retournait le sens de la science médicale, laquelle est déjà tentée par des dérives dont elle n'avait sans doute nulle conscience. Le cancérologue qui l'a un temps examinée, et dont elle n'a jamais voulu entendre les conseils, a cru déceler chez cette personne « un blocage psychologique, voire peut-être idéologique », ce que tend à confirmer la constance avec laquelle elle rappelait farouchement sa volonté de faire plier les dogmes religieux. C'est que, aujourd'hui, le fanatisme n'est pas du coté des croyants, mais des athées, et, pire, de ceux qui estiment avoir raison parce qu'ils souffrent –légitimes en somme non parce qu'ils sont puissants mais parce qu'ils sont misérables, nouveau modèle d'un monde morbide ; le fanatisme est passé du coté de la mort. Il y a grande tristesse, et grand péril, à vivre dans un tel monde.
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30/06/2008 20:24
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Selon un sondage publié ces 20 et 21 juin par le quotidien les Echos et France Inter, les Français...
30/06/2008 20:12
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Le chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer, a affirmé que si des changements venaient à être...
30/06/2008 20:06
Campagne pour le respect du "non" à la Constitution européenne
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Comme des milliers d'autres citoyens d'autres pays européens, c'est devant...
12/05/2008 20:20
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Télécharger la Requête à signer et renvoyer à la Cour européenne de Strasbourg...
22/12/2007 10:34
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La veille de la signature à Lisbonne du nouveau Traité européen, le mensuel...
04/12/2007 17:37
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C'est aussi sur Facebook, réseau social qui connaît une croissance phénoménale,...
01/12/2007 18:15
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L'écrivain et député au Parlement européen Paul Marie Coûteaux, le journal...
04/10/2007 17:14
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Après les 200.000 cartes-pétitions distribuées dans toute la France et devant...
02/05/2007 19:10
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Le prochain Président de la République ainsi que le Parlement élu en juin se...
05/04/2007 21:44
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En essayant d'attraper, chacun à sa façon, une partie des camps des NON, les...
04/04/2007 21:34
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A Berlin ce week-end pour les célébrations du cinquantenaire du Traité de Rome,...
26/03/2007 15:06
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par Paul-Marie Coûteaux*...
22/03/2007 19:23
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D'après un sondage réalisé à la demande du Think tank anglais Open Europe, les Irlandais sont fermement opposés à un nouveau vote sur le traité de...
04/08/2008 10:12
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Dans un communiqué du 8 juillet et à deux jours de la présentation par Nicolas Sarkozy du programme de la présidence française devant le Parlement de...
08/07/2008 13:08
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Le président allemand Horst Köhler a annoncé lundi qu'il attendrait, avant de promulguer la loi portant ratification du traité de Lisbonne, l'avis de...
03/07/2008 02:04
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Sarkozy croit-il lui-même aux ambitions affichées pour sa présidence du Conseil européen ? Le correspondant UE de The Economist ironise sur les...
02/07/2008 12:40
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A partir d'aujourd'hui, et pour une durée de 6 mois, deux Conseils européens (15-16 oct et 11-12 déc) et les réunions du Conseil de l'UE seront...
01/07/2008 12:50
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Le Président Sarkozy qui prend aujourd'hui la tête de l'Union européenne a estimé lundi soir (France 3) que "la première priorité pour nous est de...
01/07/2008 08:38
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Du "coût de l'Europe" pour la France, on s'est jusqu'à présent contenté d'évoquer le « solde net » budgétaire, c'est à dire la différence entre la...
30/06/2008 21:46
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Selon un sondage publié ces 20 et 21 juin par le quotidien les Echos et France Inter, les Français ont une confiance toute modérée dans la présidence...
30/06/2008 20:12
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Le chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer, a affirmé que si des changements venaient à être apportés au Traité de Lisbonne suite au "non" irlandais...
30/06/2008 20:06
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Dans une chronique intitulée "Europe : tous perdants" (Le Figaro Magazine, 27 juin), Eric Zemmour livre une analyse fine et juste, comme d'habitude,...
30/06/2008 19:53
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