L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Le candidat de la 'rupture' cherche l'adoubement...à Bruxelles



Rompre. Mais surtout pas avec cette Europe qui marche si bien. Surtout pas avec son "oui" balayé le 29 mai par le suffrage populaire. Ne surtout pas rompre avec la Constitution européenne rejetée par 15,5 millions de Français (certainement plus encore aujourd'hui). Ne surtout pas rompre avec l'intégration supranationale et l'objectif d'une Europe fédérale. Continuer l'Europe de Monnet - qui échoue - plutôt que bâtir l'Europe de de Gaulle qui a fait ses preuves. Nicolas Sarkozy prône la rupture avec la Non, la rupture avec la Nation. Autorité, protection, souveraineté : les messages qui furent au coeur de ce que nous appelons la "charte de tous les non", de gauche à droite - passent donc par pertes et profits. L'Europe constitutionnelle, le super-Etat, il le fera, malgré les peuples. Avec Sarko, l'homme de la rupture, on continue la marche folle de l'Europe de la bureaucratie, des délocalisations, de l'impuissance publique et du tout-marché. Au moins, on sait à quoi s'en tenir. Le Président de l'UMP a même décidé une "visite d'Etat" cette semaine à Bruxelles pour y lancer la thématique européenne de sa campagne présidentielle. Il va y porter les "excuses" du peuple français, ces beaufs qui ont si mal voté, qui ont cassé le joujou institutionnel par lequel on gravait dans le marbre rien de moins que la fin de la souveraineté française. Le Ministre de l'Intérieur, peut-être flanqué de ses deux nouveaux conseillers politiques M.M Smet et Beausire (Johnny et Doc Gynéco), va donc à Bruxelles recevoir le sacrement européiste du Président de la Commission M. Barroso avant la bataille présidentielle, et faire allégeance aux huiles fédéralistes de deux Think-tanks ultra-subventionnés, en confirmant, dans un "grand discours-programme", que oui, lui, l'homme du oui, l'homme de la rupture avec le non (avec la France), il veut la sauver, cette Constitution européenne, du moins ses "principales dispositions", et la Cour de Justice fera le reste. Elle a déjà commencé d'ailleurs. Pour que la boucle soit bouclée et le funeste sort du "non" populaire scellé, Ségolène Royal en fera autant le 14 septembre.




Le candidat de la 'rupture' cherche l'adoubement...à Bruxelles



"Une constitution dès que possible"

Tout a commencé lundi avec cette déclaration du ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, affirmant que relancer le projet de constitution européenne sera l'une des priorités de l'Allemagne lorsqu'elle assumera la présidence tournante de l'UE à compter du 1er janvier 2007. "Il nous faut une constitution dès que possible", a dit Steinmeier devant une réunion du corps diplomatique allemand. "Nous avons besoin de cette constitution afin de bénéficier d'une meilleure représentation en matière de politique étrangère et de sécurité. La constitution améliorera l'UE", a-t-il estimé.

Son homologue Philippe Douste-Blazy (décidément on arrivera jamais à s'y faire), qui était présent à la réunion, a lui aussi déclaré devant le parterre de diplomates et de fonctionnaires du ministère allemand des Affaires étrangères que la France - il voulait probablement dire "son gouvernement", et non pas l'écrasante majorité du peuple français qui a voté "non" - voulait voir le projet de constitution "relancé", c'est à dire le vote de 55% des Français pourtant sensé faire loi, tout simplement effacé, éliminé, oublié.  

Mais les plus belles déclarations d'européisme béat anti-29 mai sont à venir, dans la bouche de Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle de 2007. Celui-ci vient de confirmer l'intention franco-allemande dans un entretien au Figaro Magazine paru le 2 septembre 2006. Après avoir estimé que "le moteur franco-allemand ne suffit plus", que "la Turquie n'appartient pas au Vieux continent" et qu' "il faut fixer des frontières à l'Europe" - un vrai programme Villiériste, du moins jusqu'ici, car le naturel du candidat UMP est revenu au galop en fin d'interview, lorsqu'il a promis carrément de relancer la constitution européenne : "Il faut encore doter l'Europe d'une Constitution et d'institutions qui fonctionnent, avec un président élu pour deux ans et demi, et dont ce sera la seule tâche". C'est ça, la rupture à la Sarko : une rupture avec la démocratie.  D'autant qu'il ne précise pas si les Français seront réinterrogés par référendum - s'il a lu les "Mémoires d'Espoir" de de Gaulle il n'ignore pas qu'un gaulliste ne peut se passer du vote du peuple pour faire adopter une Constitution - ou plus prudemment pour lui, par la ratification parlementaire.

Adoubement européiste

Il n'en restera pas là. Il lui faut maintenant l'onction divine. Le Ministre de l'Intérieur vient prouver cette semaine à Bruxelles qu'il est bien ce candidat de la rupture, une rupture avec les 15,5 millions de Français qui ont rejeté la Constitution européenne.

Le Président de l'UMP en "véritable visite d'Etat" (sic!) selon les propres termes d'une dépêche Reuter du 5 septembre (qui ne semble pas étonnée plus que cela qu'un chef de parti fasse une "visite d'Etat"), vient en effet dans la capitale européenne recevoir le saint-sacrement de l'Europe divine. D'abord il rencontrera le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, puis son homologue Patrick Dewael, avant le dîner avec le président de la Commission européenne, M. Barroso, qui doit donc adouber le nouveau chevalier de l'Europe fédérale, le Sieur Sarkozy, en train de faire briller son armure pour la grande bataille de 2007. Ségolène Royale le suivra de quelques jours en Belgique, le 14 septembre, pour elle aussi recevoir l'onction sacrée de l'hôte en chef du Berlaymont (nom du mastodonte de verre et d'acier où siège ladite Commission). De sorte que quoiqu'il arrive en France en 2007, le Non du peuple français est bel et bien plié. Le ou la Président(e) élu(e) aura de toutes façons été adoubé et missionné(e) pour remettre sur les rails l'Europe constitutionnelle qui avait trébuché sur deux référendum. C'est, du reste, ce à quoi les élus européens UMP, Socialistes et Verts se sont engagés plusieurs fois, notamment en faisant passer deux résolutions au Parlement de Strasbourg - le Rapport Duff-Voggenhuber en janvier 2006 (Article du 24 janvier 2006) et la Résolution Leinen en juin (Article du 21 juin 2006).

Le candidat Sarkozy très anti-Turquie doit aussi dans la foulée rencontrer l'Allemand Hans-Gert Pöttering, chef du groupe PPE du Parlement européen où siègent les députés de son parti l'UMP, mais aussi, ce que l'on sait moins, et en tant qu'observateurs (pour le moment)... le Parti Turc "justice et développement" (AKP) majoritaire en Turquie, ainsi que le Parti de l'action démocratique (SDA) fondé par l'ancien président bosniaque Alija Izetbegovic. Sans vouloir lui gâcher son voyage, on rappelle aussi que le PPE a aussi toujours voté, avec la gauche, les crédits de pré-adhésion en faveur de la Turquie ou encore le Rapport Brok préconisant de faire du Turc une des langues officielles de l'Union (Article du Figaro, 24 mars 2005). Mais y-a-t-il un électeur français qui s'en soucie ?

Le Ministre de l'Intérieur rencontrera également, ce qui est bien normal, le commissaire européen Franco Frattini, chargé de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité. C'est lui qui est chargé notamment de la politique européenne d'immigration, dont on constate (Article du 7 mars 2006) qu'elle paralyse presque intégralement la marge de manoeuvre des Etats, du fait du mécanisme de la majorité qualifiée généralisé, par application du Traité d'Amsterdam (depuis le 1er janvier 2005 toutes ses dispositions sont en vigueur) voté par un célèbre député des Hauts-de-Seine en 1999 au Congrès du Parlement à Versailles. On rappelle enfin, que le Ministre Sarkozy est curieusement absent de Bruxelles où ses fonctions l'appellent pourtant de temps en temps, justement parce que depuis Amsterdam, il ne peut plus décider grand chose tout seul. En effet, M. Sarkozy ne participe plus aux réunions mensuelles des ministres de l'Intérieur des Vingt-Cinq depuis janvier dernier.

Discours-programme devant la crème du fédéralisme

Le "clou de la visite" du candidat Sarkozy, c'est le "discours-programme" - de "rupture" on imagine - de celui qui fut le chef de file du "oui" à droite en 2005, devant le public conquis de deux Fondations bien connues - "Les Amis de l'Europe" et la "Fondation Robert Schuman" - qui sont à la pointe du combat pour l'Europe constitutionnelle, l'intégration à vocation fédérale et donc la disparition des Etats-nations européens. Ces fondations prestigieuses et riches vivent très aisément, rappelons-le, de copieuses subventions publiques, dont le contribuable n'a même pas idée, tout cela, au service de l'idéologie supranationale. En clair, ces Think tanks subventionnés sont les laboratoires idéologiques du fédéralisme européen.

Sur ce choix de Nicolas Sarkozy, qui surprend pour quelqu'un qui se réclame sans arrêt du gaullisme, même l'agence Reuter en est obligée d'admettre que "La sélection des cénacles devant lesquels Sarkozy prononcera son discours sur "L'Europe de demain: une nouvelle vision française" constitue un choix délibéré. "Les amis de l'Europe" et la Fondation Robert Schuman sont les deux "think tanks" les plus fédéralistes que l'on puisse trouver à Bruxelles, où Sarkozy aurait pu dénicher des dizaines de forums moins marqués par la pensée des "pères fondateurs". Le premier est une émanation des amis Jacques Delors, l'ancien président socialiste de la Commission européenne. "Ce n'est pas du tout innocent", dit-on dans son entourage." C'est la première fois qu'un candidat déclaré et "bien placé" juge utile de commencer sa campagne présidentielle à Bruxelles, ce qui réjouit M. Barroso, même si son porte-parole, M.Laitenberger a dû toutefois immédiatement rappeler, en rougissant, "la neutralité politique de l'UE"... C'est ça.

Ainsi, pour tous ceux qui s'apprêtent à voter Sarkozy, maintenant c'est clair : le "candidat de la rupture" veut surtout ne pas rompre avec l'intégration supranationale, ne pas rompre avec la Constitution européenne massivement rejetée, ne pas rompre avec l'Europe des commissaires, des juges et des banquiers, ne pas rompre avec la "clubocratie" des bien-pensants de l'Europe unique dans un monde unique, ne pas rompre avec cette idéologie post-nationale nauséeuse qui a plusieurs fois mené l'Europe et ses peuples dans l'impasse. Nicolas Sarkozy veut rompre avec le gaullisme, rompre avec le projet d'une Europe des Etats souverains, rompre avec le vote populaire du 29 mai 2005.

Gaullistes : de Malraux à Doc Gynéco

Est-ce là l'effet secondaire, sur le bouillant Président de l'UMP, du récent encartement de la famille Hallyday ? On se souvient de l'affolement de notre Johnny national l'année dernière, qui lui faisait un peu perdre les pédales de la moto, alors qu'il était membre du comité de soutien au "Oui" de Jack Lang : « Si le Non l'emporte, il y aura plein de gens qui quitteront la France. (...)Je me sens européen, je suis bien partout en Europe : en Italie, en France, en Espagne, au Maroc ». (France Info, 03 mai 2005). Et c'est vrai, le Non l'ayant l'emporté, Johnny lui-même s'apprêtait à fuir le pays. Notre rockeur-militant pour une Europe de Bruxelles à Ouarzazate, s'est finalement vu refuser la nationalité belge. Quitte à devoir continuer de payer son impôt à l'Etat français (dirigé par qui-vous-savez), autant finir à l'UMP pour préparer "la France d'après" la France.

A moins que ce ne soit les joints du nouvel ami de Nicolas, Bruno Beausire, alias "Doc Gynéco", invité-vedette de l'atelier "la Nation, une idée d'avenir" - non non, ça n'est pas une hallucination - aux Universités d'Eté de l'UMP. A défaut de trouver un avenir à la Nation, les participants à l'atelier ont probablement chanté avec le Doc un "Viens voir le docteur" où il se propose de devenir l'amant d'une mineure de 15 ans, ou "Nirvana" sur le trafic de drogue, le suicide comme Bérégovoy, les "tournantes" de "meufs" dans les cages d'escalier des cités, ou encore "Dans ma rue", chanson antisémite, disant que "dans ma rue on vole, on viole", on "mange du dégueulis de toxicos" et confirmant qu'il y a "autant de flics que de mecs cocus", mais encore "Première consultation" gentiment pornographique, ou "Ma salope à moi", tout est dans le titre, et pourquoi pas "L'homme qui ne valait pas 10 centimes", qui se termine ainsi "dans le foot, les affaires, le rap, les ministères, c'est toujours un gangster qui contrôle l'affaire". "L'avenir de la nation" imaginé par les nouveaux militants-vedettes de l'UMP, ça a même décoiffé Jean-François Copé : "Que Doc Gynéco soit là, ça montre que quelque chose est en train de bouger" s'est réjoui, l'inénarrable porte-parole du Gouvernement, présent au fameux atelier.

Pour conclure et bien que cela soit vain, nous offrons volontiers à Monsieur Sarkozy, avant qu'il ne monte dans le Thalys pour son adoubement européen pré-présidentiel, cet extrait d'un texte - hélas visionnaire -, dont il pourra toujours faire une cocotte en papier, pour faire rire le petit Louis devant l'objectif d'un photographe de Match. Décidément, on a envie de faire de la politique.



Christophe BEAUDOUIN

L'Observatoire de l'Europe

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Extrait des "Mémoires d'Espoir"

"L'opération, indépendamment de sa très grande portée économique, se trouve enveloppée d'intentions politiques caractérisées et qui tendent à empêcher la France de disposer d'elle-même.

C'est pourquoi, tandis que la Communauté se bâtira dans les faits, je serai, à plusieurs reprises, amené à intervenir pour repousser les menaces qui pèsent sur notre cause.

La première tient à l'équivoque originelle de l'institution

Celle-ci vise-t-elle – ce qui serait déjà beaucoup ! – à l'harmonisation des intérêts pratiques des six Etats, à leur solidarité économique vis-à-vis de l'extérieur et, si possible, à leur concertation dans l'action internationale ?

Ou bien est-elle destinée à réaliser la fusion totale de leurs économies et de leurs politiques respectives afin qu'ils disparaissent en une entité unique ayant son Gouvernement, son Parlement, ses lois, et qui régira à tous égards ses sujets d'origine française, allemande, italienne, hollandaise, belge ou luxembourgeoise, devenus des concitoyens au sein de la patrie artificielle qu'aura enfantée la cervelle des technocrates ?

Il va de soi que, faute de goût pour les chimères, je fais mienne la première conception.

Mais la seconde porte tous les espoirs et toutes les illusions de l'école supranationale.

Pour ces champions de l'intégration, l' « exécutif » européen existe déjà bel et bien : c'est la Commission de la Communauté économique, formée, il est vrai, de personnalités désignées par les six Etats, mais qui, cela fait, ne dépend d'eux à aucun égard.

A entendre le chœur de ceux qui veulent que l'Europe soit une fédération, quoique sans fédérateur, l'autorité, l'initiative, le contrôle, le budget, apanages d'un gouvernement, doivent désormais appartenir, dans l'ordre économique, à ce chœur d'experts, y compris – ce qui peut être indéfiniment extensif – au point de vue des rapports avec les pays étrangers.

Quant aux ministres « nationaux », dont on ne peut encore se passer pour l'application, il n'est que de les convoquer périodiquement à Bruxelles, où ils recevront dans le domaine de leur spécialité les instructions de la Commission.

D'autre part, les mêmes créateurs de mythes veulent faire voir dans l'Assemblée, réunissant à Strasbourg des députés et des sénateurs délégués par les Chambres des pays membres, un « Parlement européen », lequel n'a, sans doute, aucun pouvoir effectif, mais qui donne à l' « exécutif » de Bruxelles une apparence de responsabilité démocratique

A quelle profondeur d'illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que des nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d'être elles-mêmes et n'en plus former qu'une seule ?

A quelles vues sommaires répond la comparaison, souvent brandie par des naïfs, entre ce que l'Europe devrait faire et ce qu'ont fait les Etats-Unis, alors que ceux-ci furent créés, eux, à partir de rien, sur une terre nouvelle, par des flots successifs de colons déracinés ?



(Charles de Gaulle, "Mémoires d'Espoir", Plon, 1970)



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