L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
Forum européen des universitaires, chercheurs, journalistes et hauts-fonctionnaires pour un débat libre










S'abonner
Rss
Twitter
Facebook
Google+
Pinterest
LinkedIn
Yahoo! Buzz
Mobile
Mercredi 7 Décembre 2011

"Repenser l'Europe" selon Jimmy (Goldsmith)



"C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt" disait Marguerite Yourcenar. Les combattants du conformisme intellectuel ne le savent que trop bien. "Milliardaire libéral anti-mondialisation et écologiste", Jimmy Goldsmith avait été élu en 1994 au Parlement européen sur la liste de Philippe de Villiers. Chantre lui aussi, d'un protectionnisme européen et du "juste-échange", partisan d'une "Europe des nations" sur le modèle gaulliste, adversaire résolu du traité de Maastricht au nom même des libertés, Jimmy est sans doute un peu dépité s'il observe, là où il se trouve pour toujours, que ses mises en garde répétées en compagnie de son "cher ami Philippe", n'ont jamais été entendues par les partis qui se sont succédés au pouvoir dans toute l'Europe. Homme d'expérience et de convictions, Jimmy avait prévenu que « sans une révolution d'idées, nous allons droit dans le mur », le conduisant à poursuivre sa croisade sur le continent. Voilà Jimmy, ça y est, on est dans le mur. Sir James porta outre-manche le Parti du référendum sur les fonts baptismaux. Un Parti dont est issu notamment le UKIP, mouvement de l'indépendance du Royaume Uni dirigé par le bouillant Nigel Farage, présidant aujourd'hui le seul groupe eurosceptique du Parlement européen (Europe of Freedom and Democracy) où siège toujours Philippe de Villiers. Dans un petit essai lumineux publié en 1992 et qui n'a pas pris une ride - "Le Piège" - Jimmy Goldsmith avait jeté noir sur blanc les bases d'une vraie alternative à l'euromondialisme technocrate et marchand, abordant tour à tour croissance, europe, énergie, agriculture, libre-échange, éducation, santé... L'Observatoire de l'Europe en propose ici quelques extraits, histoire de rappeler que "le piège" qui est en train de se refermer sur l'Europe, avait été annoncé il y a vingt ans, par quelques courageux, dans l'incrédulité générale.


"Repenser l'Europe" selon Jimmy (Goldsmith)

« Le piège », par Jimmy Goldsmith, Entretiens Avec Yves Messarovitch - Editions Fixot, 1994, Editions Pocket, 1995 (image ci-contre)

NOTES DE LECTURE 1 : "REPENSER L'EUROPE"


La civilisation européenne est bien supérieure aux nouveautés envahissantes émanant surtout d’Amérique du Nord
. Mais l’Europe est fragile face aux problèmes qui s’amplifient du fait de la croissance démographique, de la déstabilisation des populations du globe et de la détérioration de l’environnement. Dispersés nous sommes faibles. Nous avons besoin d’une Europe forte et saine.
 
Maastricht est basé sur du faux. Il nous pousse à aller vers une union politique, un Etat centralisé, semblable aux Etats-Unis. Les USA sont partis de zéro. Nous sommes tout le contraire. Nos populations ont de profondes racines nationales qui constituent une merveilleuse force. Ce sont la communauté de culture, l’identité et les traditions d’une nation qui constituent son héritage et dressent le pilier vital de sa stabilité. Résurgence violente des nations réelles lorsqu’elles ont été submergées dans des Etats artificiels comme l’Union soviétique, l’Afrique du Sud, la Yougoslavie. Ne pas comprendre la différence entre espace peuplé, Etat et nation conduit à des politiques qui créeront la débâcle sociale, misère et conflit ethnique.
 
Le monde moderne a cru au gigantisme. Un pays n’est pas plus fort s’il est de grande dimension, à partir du moment où des structures politiques et sociales compromettent sa stabilité. Oui il existe des contraintes de taille, pour les marchés libres, pour la défense ou la diplomatie. Après la décolonisation, on a cherché à croire que les vraies nations n’existaient pas et qu’on pouvait créer de grands Etats artificiels avec une population homogénéisé. Les faits ont contredit partout ces idées. Souvent, les frontières dessinées et imposées par l’ancienne administration coloniale a condamné des pays à la guerre chronique. Chaque peuple doit pouvoir se développer selon ses propres traditions et ses propres racines. C’est la diversité qui fait la beauté.
 
Pour comprendre les effets d’une monnaie unique imposée uniformément à des régions riches et des régions pauvres, prenons l’exemple de l’Italie et de l’Allemagne. C'est l'exemple de la Cassa del Mezzogiorno.

Disparité géographique. Or, pas d’ajustement monétaire possible
  • donc chômage dans la région pauvre  > migration vers la région riche (souvent dans les périphéries urbaines) = déracinement familial, isolement, désolidarité, malheur, délinquance ;
  • subvention par la région riche > rancoeurs, corruption, gaspillage et inefficacité
= division de la société et destruction
 
L'UE vit dans l'ignorance du fonctionnement des sociétés humaines. On subventionne la mobilité géographique (Fonds social européen).  Maastricht accepte l’idée reçue selon laquelle ce serait aux gens d’aller vers l’emploi et non à l’emploi d’aller vers les gens.
 
Nous avons besoin d’une Europe construite sur le socle de ses nations. Respecter les forces, les cultures et les traditions de chaque nation. Que chacune conserve la très grande part de son pouvoir pour se gouverner. L’Europe doit être capable de défendre son territoire et ses intérêts vitaux à l’étranger. Protéger son économie contre les blocs américain et asiatique, les PVD, où le coût de la main d’œuvre est une fraction du nôtre. Elle doit établir une politique de l’environnement à l’intérieur et qui influence les normes mondiales.
 
Le principal objectif doit être d’augmenter le contentement des populations, maintenir les cultures et les traditions des nations, protéger sa stabilité sociale et son environnement.
 
Ce n’est pas aux gouvernants de déterminer les libertés des citoyens, c’est aux citoyens de fixer les pouvoirs des gouvernants. De même, c’est aux nations de délimiter les pouvoirs de l’Europe et non l’inverse. Principe élémentaire de la Liberté.
L’Europe ne doit faire que ce que les nations ne suffisent pas à faire ensemble. Les nations autant que possible, l’Europe autant que nécessaire. A Bruxelles : défense, diplomatie, protection de l’environnement, pouvoirs pour garantir un marché libre à l’intérieur de l’Europe.
 
Seules doivent être transférées les responsabilités qui ne peuvent être assumées par les nations : principe de subsidiarité. La centralisation serait désastreuse. Les vastes rassemblements multinationaux de peuples divers gouvernés par de grandes administrations centrales ne sont pas stables (URSS).
 
Il faut une défense européenne pour protéger notre territoire face aux grandes migrations. Nombre immense de peuples en voie de déracinement. Pourquoi pas une organisation militaire inspirée des structures de l’OTAN pour protéger les intérêts vitaux de l’Europe.
 
La diplomatie pour influencer les choses qui nous concernent réellement : le commerce mondial car il faut se protéger contre le libre-échangisme et l’environnement car erreurs et accidents affectent tout le monde.
 
Il faut un marché européen libre à l’intérieur où puissent circuler sans restriction marchandises, services et capitaux. Seules les forces du marché peuvent assurer une concurrence faisant pression sur les prix d’une part, l’exigence d’innover et d’élargir l’éventail des choix d’autre part. La principale responsabilité économique des autorités européennes est de veiller à l’intégrité et à la liberté du marché à l’intérieur des frontières de l’Europe, protéger la concurrence européenne contre les cartels et autres accords. Il faut cesser la folie de la bureaucratie européenne sur la forme physique des concombres ou les conditions de fabrication et de vente de nombreux fromages, l’emballage du lait etc.
 
La Monnaie unique empêche d’ajuster la valeur de sa monnaie aux réalités de son économie. Résultat : soit transfert de subventions vers le pays en difficulté, soit transfert de chômeurs de ce pays vers d’autres plus prospères. L’un et l’autre sont inefficaces.

Il faut l’euro et nos monnaies nationales.
Chacune serait convertible selon une parité convenue. Ainsi chacun garde la possibilité d’ajuster sa monnaie.
L’Euro monnaie commune européenne aurait vocation à être une monnaie de réserve internationale. Recours si le dollar ne peut plus remplir ce rôle. Il est préférable d’ailleurs que la monnaie de réserve internationale ne soit pas en même temps une monnaie nationale car les besoins sont différents.
L’Euro serait géré par le Système européen de Banques Centrales et la BCE.

Les parités d’échanges entre les monnaies nationales et l’Euro seraient établies par une sorte de SME mais plus flexible. Il faut que les monnaies retrouvent leur liberté de dévaluer, de réévaluer mais interdire les dévaluations compétitives qui faussent le marché.

La monnaie unique est figée, incapable de s’ajuster aux réalités ; la monnaie commune est souple et peut répondre aux variations économiques nationales. (V. proposition du « hard » écu au R.U) Les objectifs de convergence économique pour chaque nation doivent être maintenus car pour bien fonctionner, un marché libre doit couvrir une région constituée d’économies plutôt homogènes.

Dans ce monde, quand les choses vont mal, plutôt que de régler les problèmes, on en accommode les symptômes.
 
L’Europe doit reposer sur un principe fondamental : la subsidiarité. Les Institutions européennes doivent limiter leurs initiatives et leur autorité aux questions qui les concernent, c'est-à-dire à celles que les nations leur confient. Elle a dégénéré en « Léviathan centralisé ». Pour veiller à cette subsidiarité, il faudrait un Sénat constitutionnel européen (Sénat et Cour suprême), peut-être élu par magistrats et sénateurs des nations membres et une dose nommée par les gouvernements.
 
Le Parlement européen doit voir son rôle repensé. Il ne faut pas étouffer les institutions démocratiques des nations constituantes que sont leurs Parlements et leurs gouvernements. Il devrait nommer certains représentants dans les institutions européennes, débattre de lois ne se rapportant qu’aux responsabilités européennes et qui ne deviendraient définitive qu’après approbation des Parlements nationaux et du Sénat constitutionnel européen.
 
Il faut cesser d’accumuler les pouvoirs sans réfléchir à la structure de l’Europe que nous voulons.
 
La Commission européenne a un instinct corporatiste. Les mandats de ses membres devraient être annuels mais renouvelables.
 
La stabilité des pays de l’Est est la condition de la nôtre. Nous partageons le même continent et en partie la même histoire. Pas de Plan Marshall.
Ce que recherchent les pays de l’Est, c’est être dans un même marché avec nous, une ouverture pour leur production et leur commerce.

Si l’on ouvre sans condition et brutalement, risque d’un choc d’importation suivi de délocalisation de nos industries à haute teneur en main d’œuvre. Il faut les inciter à constituer un marché commun entre eux.

Un marché libre ne fonctionne valablement que s’il est constitué d’économies relativement homogènes. La CEE traiterait avec ce bloc pour créer une ouverture valable pour chacun. Négocier les produits que nous pouvons absorber. Appliquer un tarif stabilisateur variant dans le temps, pour créer un équilibre sain dans le commerce proposé. Ces sommes perçues par l’Ouest seraient réinvesties à l’Est. Non sous forme de subventions ou d’œuvres de charité, mais d’investissement décentralisé par le secteur privé. Taxes d’importation recyclée à l’Est sous forme d’investissement commercial valable.

Progressivement, on augmenterait le volume d’échanges, on réduirait les tarifs stabilisateurs, pour évoluer vers une certaine homogénéité, puis si l’on veut, créer un grand espace européen.

Il faut la Grande Europe. Mais le gigantisme, pour les corporatistes, est un but en soi. Il ferait de Bruxelles une ville-administration. Ils n’ont pas compris que les entreprises géantes, les mastodontes créés par les bureaucrates se sont révélés inefficaces. Pour eux, pas grave, l’Etat réparera les dégâts. La grande différence entre un corporatiste et un libéral est que le premier croit au monopole, le second à la diversité.


***

Prochaines Notes de Lecture : "Les pièges du libre-échange" (in, "Le Piège", de Jimmy Goldsmith)
Mercredi 7 Décembre 2011

Notez
Lu 4128 fois



1.Posté par Dornach le 20/12/2011 11:39 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Facebook
L'europe un piège tendus par les banksters :

La crise un complot politico-financier : http://wp.me/p1WnGr-3X ?

2.Posté par Dornach le 08/02/2012 10:11 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Putin a lancé un mandat international contre G. Soros pour terrorisme international :

http://wp.me/p1WnGr-9e

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vos commentaires sont les bienvenus, pour peu qu'ils respectent la liberté d'opinion, la courtoisie la plus élémentaire et...la langue française. Ils sont modérés et ne doivent évidemment comporter aucun propos grossier, insultant, raciste ou diffamatoire.

Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 7

A la Une | Analyse | Tribune | Document | Campus