L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

Dimanche 19 Mai 2013

Bruxelles particulièrement inquiète pour l'Espagne, pourtant élève-modèle de la gouvernance européenne  11/04/2013

Désormais chargée de surveiller une batterie d'indicateurs pour prévenir de problèmes économiques afin d'éviter qu'un pays malade ne contamine les autres, la Commission européenne a publié hier l'analyse détaillée de la situation économique de 13 pays qui présentent, selon elle, des "risques macroéconomiques". Parmi ceux-ci, l'Espagne et la Slovénie souffrent de "déséquilibres macroéconomiques excessifs". Trois autres : la France, l'Italie et la Hongrie ont besoin de réformes "décisives", tandis que la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, Malte, les Pays-Bas, la Finlande, la Suède et le Royaume-Uni nécessitent de la surveillance et de "l'action". A propos de la France, le Commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn a fait part de son inquiétude. "La France est un membre important de la zone euro et a un impact direct sur elle. Le poids trop important de sa dette publique et la détérioration de ses exportations accroissent donc la vulnérabilité de toute la zone", a-t-il déclaré. Le rapport décrit une économie qui a perdu 11,2 % de ses parts de marché à l'exportation de 2006 à 2011 et qui a une dette publique trop lourde. L'exécutif européen salue les réformes engagées par le gouvernement Ayrault, mais s'empresse d'ajouter qu'elles "ne seront pas suffisantes pour résoudre le problème de compétitivité" de l'économie et que "d'autres réponses seront nécessaires". Concernant l'Allemagne, Olli Rehn dit refuser de céder aux sirènes des Américains, du FMI ou d'autres dirigeants sur la nécessité d'une relance. Mais ce sont l'Espagne et la Slovénie qui ont été particulièrement montrées du doigt, la Commission européenne s'inquiétant vivement de la situation de ces deux pays. Elle leur a demandé de lui soumettre un programme "complet et détaillé" afin de redresser la barre. Concernant l'Espagne, sans grande surprise, c'est l'endettement qui inquiète le plus la Commission. En Slovénie, Bruxelles pointe l'extrême fragilité du secteur bancaire et demande une réponse "urgente". Selon le FMI, le secteur bancaire slovène croulerait sous environ 7 milliards d'euros de mauvaises créances. (La Tribune)


La BCE pointe de forts écarts de patrimoine en zone euro  10/04/2013

Seulement devancé par le Grand-Duché du Luxembourg, Chypre, encore au bord du naufrage financier il y a un mois, serait le pays qui compte les ménages les plus aisés en zone euro. L'Allemagne figurerait de son côté comme la moins bien dotée. La Banque centrale européenne (BCE) a publié hier ce constat détonnant, qui fait ressortir que les ménages des pays périphériques de la zone, soutenus financièrement par d'importants plans de secours, ont un patrimoine (net des dettes) plus élevé que ceux des pays qui ont participé à leur sauvetage, l'Allemagne en première ligne. En raison d'une dispersion énorme des richesses moyennes - un ménage luxembourgeois est assis sur un patrimoine près de 10 fois supérieur à celui d'un slovaque -, le document met l'accent sur les valeurs médianes, qui départagent les 50% les plus riches des 50% les plus pauvres. L'Allemagne figure ici bonne dernière de la liste, avec un patrimoine médian de 51.400 euros. Parmi les pays de la zone bénéficiant d'un plan d'aide, Chypre affiche une richesse cinq fois supérieure (267.000 euros), l'Italie et l'Espagne se situant près de 3,5 fois au-dessus. (Les Echos)


Pas d'accord en vue avec la troïka  08/04/2013

Les discussions entre le premier ministre grec, Antonis Samaras et les représentants de la troïka - commission européenne, BCE et FMI - se sont terminées, hier, sans accord. Selon le site Enet.gr, la troïka est restée sceptique sur la nécessité de fusionner la National bank et Eurobank, et des évaluations supplémentaires seront menées sur la question. Les deux parties n'ont pas non plus trouvé de compromis sur le nombre de postes de fonctionnaires à supprimer, et les créanciers d'Athènes s'interrogent sur la capacité du gouvernement de combler le trou du déficit public avec les recettes d'une nouvelle taxe immobilière. (Les Echos)


Pourquoi le débat entre croissance et austérité gêne-t-il tant Monsieur Schäuble ?  08/04/2013

Berlin veut clore un débat qu'il juge "sot" et entend affirmer qu'il n'y a "pas d'austérité". Pourtant, les faits plaident contre la stratégie allemande qui est d'abord le fruit des intérêts de la première économie européenne, estime Romaric Godin dans La Tribune. Selon lui, cette hâte à vouloir cesser la discussion prouve avant tout que l'Allemagne a perdu la bataille de la communication. Désormais, il n'y a plus que les Allemands et leurs plus proches alliés pour défendre cette idée que l'équilibre budgétaire et la dévaluation interne est le gage de la croissance future et qu'il ne faut surtout rien faire pour entraver ce "rééquilibrage". Même le Conseil européen et la BCE reconnaissent qu'il faut une stratégie de croissance.


Sauver l'Euro coûterait 350 milliards de transferts annuels  08/04/2013

Dans un entretien croisé accordé à Atlantico, l'économiste Jacques Sapir répond à la question "Finira-t-on par être obligé de sacrifier l'euro pour sauver l'Europe ?". Selon Sapir, "Le pire ennemi de l’Europe aujourd’hui est l’Euro lui-même. L’Allemagne a imposé des solutions pour les pays connaissant de graves difficultés où ceux-ci doivent financer eux-mêmes les plans de sauvetage. On dit que cette politique est celle de Madame Merkel, ce qui est exact. Elle a saisi l’occasion de la crise chypriote pour préciser cette nouvelle doctrine. Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, a d’ailleurs confirmé le samedi 6 mars que les grands déposants des banques européennes pourraient souffrir si une banque venait à faire faillite. En fait, il faudrait, pour que la zone Euro fonctionne, que l’on transfère vers les 4 pays du Sud un minimum de 260 milliards par an, plus environ 90 milliards pour les autres pays et pour assurer l’équilibre des balances commerciales. On aboutit à 350 milliards de transferts annuels, dont l’Allemagne devrait couvrir environ 200, voire 250 milliards, soit de 8% à 10% de son PIB. L’Allemagne, qui profite de l’existence de l’Euro à hauteur de 3% de son PIB, se refuse bien entendu à une telle solution. Donc, l’application de la nouvelle « doctrine » va conduire à une aggravation rapide de la crise dans ces pays et, en fin de compte, ne leur laissera pas d’autres alternatives qu’une sortie de l’Euro ou d’être définitivement ruinés. Ceci va empoisonner les relations au sein de l’Union Européenne. Il vaudrait mieux que l’on en tire rapidement les leçons et que l’on mette fin à cette tragique expérience qui s’appelle l’Euro. C’est d’ailleurs l’opinion de Hans-Olaf Henkel, ancien Président de la Fédération des industries allemandes, dans la revue Europe’s World. (lire l'ensemble de l'entretien avec Paul Goldschmit et Philippe Waechter)


Chypre soumet son plan B et la BCE impose un ultimatum  22/03/2013

"Une certaine panique semble régner” en Europe au sixième jour de la crise chypriote, écrit Catherine Chatignoux dans Les Echos. Ce sentiment de panique se lit dans les titres des journaux qui parlent de possible faillite. Le présentateur du JT de France 2 parle de « forte, de très forte tension » dans la zone euro. Ce, alors que la première banque du pays, la Bank of Cyprus, a déclaré jeudi que le pays est au bord de la ruine. Le même jour, la BCE a menacé le pays d’un ultimatum. L’institution n’assurera plus les approvisionnements en liquidité si aucun accord n’est trouvé avec l’Eurogroupe d’ici à lundi. Les Echos note toutefois que la menace de la BCE n’a pas conduit à un mouvement de panique dans les marchés qui croient toujours que la BCE fera tout pour sauver l’euro. Dans on analyse de l’ultimatum de la BCE, Jean-Philippe Lacour cite l’économiste Holger Schmielding qui explique que la BCE ne fait que se plier à ses propres règles. En autorisant, la banque centrale chypriote à assurer un financement d’urgence et en permettant donc à l’économie de rester sous assistance respiratoire, la BCE a déjà outrepassé ses règles. Le Monde parle toutefois d’arme de persuasion massive et souligne que Jorg Asmussen a déjà brandi cette menace le weekend dernier lors de la réunion de l’eurogroupe afin de forcer le président Nicos Anastasiades à accepter l’accord. Pendant ce temps, le gouvernement chypriote a soumis un plan B à son parlement et à l’eurogroupe. Ce plan prévoit la création d’un fonds d’investissement de solidarité qui permettrait de lever 5,8 milliards d’euros. Le président de l’eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a toutefois indiqué, jeudi, que la taxe sur les dépôts serait probablement inévitable. Un économiste chypriote auprès du président Marios Mavrides indique également dans Le Figaro que la mesure aurait dû être adoptée. Au contraire, La Croix indique dans son éditorial que la taxe est choquante et une erreur tactique. Mais il faudrait penser plus tard à l’aide que pourraient apporter les épargnants au redressement du pays, ajoute l’éditorialiste Guillaume Coubert. Pendant ce temps, l’ancien président chypriote Dimitris Cristofias dénonce l’approche ultralibérale et néocoloniale de l’Europe qui les mène vers une abîme social. (interview accordée à Humanité Dimanche).


La fumeuse affaire qui perdit John Dalli  22/03/2013

Selon une tribune de Jean Quatremer dans Libération les accusations de corruption par le lobby du tabac visant l’ex-commissaire européen reposeraient sur des mensonges. Quatremer se demande si José Manuel Barroso a été « l'instrument, conscient ou non, de l'industrie du tabac lorsqu'il a viré avec perte et fracas son commissaire chargé de la santé, le 16 octobre, en l'accusant de corruption? » Barroso a refusé de rendre public le rapport de l’Olaf, se contentant d’affirmer que les preuves étaient solides. Cinq mois après, aucune preuve corroborant les accusations contre Dalli, que ce dernier nie avec vigueur, n'a jamais été rendue publique. Toutes les demandes du Parlement européen visant à vérifier la validité de cette accusation se sont heurtées à un refus.


Londres et Paris : deux politiques d'austérité opposées, deux échecs  22/03/2013

Dans Les Echos, Eric Le Boucher compare les politiques d'austérité en France et au Royaume-Uni, deux méthodes opposées pour un même résultat: l'échec. La Grande-Bretagne sabre dans les dépenses et soutient le business, pendant que la France taxe les entreprises et croit à l'intervention de l'Etat. Mais cinq ans après le début de la crise, aucun des deux pays n'a trouvé la bonne politique. Londres vient de présenter un nouveau plan d'austérité, qui comprend 13 milliards d'euros de réductions de dépenses publiques pour le budget de l'exercice 2013-2014. Parallèlement, l'impôt sur les sociétés va tomber à 21% en 2014 puis 20% en 2015. Mais dans son éditorial de Une, Le Monde souligne que l'impitoyable politique d'austérité budgétaire conduite par David Cameron depuis 2010 n'a pas plus rétabli la croissance qu'elle n'a assaini les finances de l'Etat. Pourtant le ministre britannique des finances George Osborne - qui incarne l'austérité et est devenu le bouc émissaire des Britanniques (Le Figaro) - a décidé de maintenir le cap. En France, les dernières prévisions de l'Insee anticipent une croissance nulle au premier trimestre et de 0,1% au deuxième trimestre 2013. La nouvelle prévision de Bercy pour l'ensemble de 2013 sera proche de celle de 0,1% établie par Bruxelles, prédit Les Echos.


Faillite de la zone euro : le rapport dont personne ne parle  20/02/2013

Ce sont deux juristes américains qui ont été les architectes de la restructuration de la dette de la Grèce. Contrairement à ce que les dirigeants européens ont promis, Mitu Gulati et Lee Buchheit -qui a conseillé quasiment tous les Etats en faillite au cours des trente dernières années-, sont persuadés que la Grèce ne restera pas un « cas unique et exceptionnel ». Selon eux, il faut restructurer les dettes d'autres Etats, c'est à dire imposer des pertes aux créanciers, plutôt que de laisser les contribuables de la zone euro payer la facture.  « La principale raison qui a poussé les Européens à utiliser l'argent public pour rembourser intégralement les investisseurs privés qui détenaient la dette des Etats en difficulté est qu'ils redoutaient de faire face à une situation du type de celle de l'Argentine, qui s'est retrouvée piégée par des créanciers récalcitrants (« hold-outs ») », concluent-ils dans l'article qu'ils ont présenté lors d'une conférence à Chypre. C'est donc ce problème des « hold-outs » qui doit être traité. Les spécialistes préconisent d'amender le Traité qui instaure le Mécanisme de stabilité européen (MES) afin d'empêcher qu'un créancier floué ne puisse saisir les actifs d'un Etat membre qui bénéficie d'un programme d'assistance financière européen (et qui restructure sa dette). Il s'agit en somme d'immuniser temporairement les biens et les revenus des pays aidés. « En mettant des bâtons dans les roues des investisseurs prêts à traîner les Etats devant les tribunaux, cet amendement réduira l'espoir qu'ils ont de gagner de l'argent en ne participant pas à la restructuration ». Une proposition qui intervient, ce n'est pas un hasard, après la saisie rocambolesque d'un navire argentin par le fonds Elliott, qui a toujours refusé de participer au plan de réduction de la dette de l'Argentine. Au passage, les auteurs fustigent la manière dont les dirigeants ont géré la crise. Notamment Nicolas Sarkozy, qui avait affirmé que « les Européens payaient toujours leurs dettes ». « C'est bien mal connaître l'histoire de l'Europe », assènent-ils. Ils accusent surtout la Banque centrale européenne d'avoir plaidé pour qu'on n'inflige pas de pertes aux investisseurs. Leur proposition d'amendement a circulé dans les cercles officiels, mais le sujet est trop explosif pour être débattu publiquement. (* « The problem of holdout creditors in Eurozone sovereign debt restructurings », Lee Buchheit, Mitu Gulati, Ignacio Tirado, 22 janvier 2013)


Mariage homosexuel : la procréation médicalement assistée et les mères porteuses s'imposeront de facto via le droit européen  20/02/2013

C'est ce qu'expliquent dans une tribune Anna Zaborska, députée slovaque au Parlement européen, présidente de l'intergroupe « Famille, droits de l'enfant et justice entre les générations » et Grégor Puppinck, docteur en droit, expert auprès du Conseil de l'Europe. Selon eux, le vote du mariage pour tous en France entraînera automatiquement l'adoption de la PMA, conformément aux juridictions européennes. En effet, ils rappellent que "deux décideurs clés sont totalement omis du débat français" : la CEDH et l'Union européenne. "Le premier est la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), organe du Conseil de l'Europe rassemblant 47 États. Elle veille au respect de la Convention européenne des droits de l'homme. La Cour a créé un droit à la non-discrimination fondée sur l'orientation sexuelle en vertu duquel il faut un motif particulièrement grave pour justifier une différence de traitement entre un couple de même sexe et un couple de sexe opposé. Sur ce point, la Cour ne laisse guère de marge d'appréciation aux États. Le second acteur est l'Union européenne regroupant 27 États. Sa Charte des droits fondamentaux a déjà renoncé à l'altérité sexuelle tant dans la définition du mariage que dans celle des droits de l'enfant, qui sont rangées au chapitre «Égalité », sans mention du père ou de la mère. Le terrain est préparé de longue date. La Commission européenne, qui exerce le pouvoir exécutif, déclare vouloir faire disparaître toute discrimination à l'encontre des homosexuels, c'est-à-dire en fait toute distinction entre les personnes et entre les couples. Elle a déjà mis en place un important arsenal d'instruments politiques et juridiques à cette fin".(...) Il faut donc restituer la loi française dans son contexte juridique européen. Pour la CEDH, le législateur ne doit pas rester au milieu du gué. S'il choisit d'autoriser le mariage homosexuel, tout doit suivre au nom d'une exigence de cohérence interne du droit national. Ainsi, si le gouvernement n'a pas l'audace politique d'aller au bout de ses réformes de société, il peut espérer que la Cour européenne le fera pour lui. Nous comprenons maintenant l'insistance des promoteurs de cette loi pour le « mariage » et non pour une « union civile ». Le « mariage » permet automatiquement de bénéficier de l'arsenal juridique européen pour imposer « de l'extérieur » la révolution sociétale recherchée. Il est ainsi vain de souhaiter le mariage sans la PMA, ou avec la PMA mais sans la GPA. C'est tout ou rien : qui dit mariage dit adoption, PMA et peut-être aussi GPA, car la finalité du mariage est la fondation d'une famille, il en est le cadre institutionnel. (...) "Il semble certain qu'ils n'ont pas tous compris que, par le simple vote de l'article 1, le samedi 2 février 2013, si cette loi devait être promulguée, le « mariage pour tous » inclurait de facto l'adoption, la PMA et ouvrirait la voie aux mères porteuses." concluent-ils.


Arrogance, salaires mirobolants, pouvoir sans contrôle : les accusations qui dépriment les Eurocrates  18/02/2013

Le correspondant du journal Libération à Bruxelles, Jean Quatremer, a publié le 12 février sur son blog un article détaillant les salaires des fonctionnaires européens. Il y récapitule ce que gagne un fonctionnaire européen. Cette publication fait suite à un premier excellent papier du 8 février sur le malaise des fonctionnaires européens. Il y dénonce "des secrétaires mieux payées que des profs de fac". "Les salaires vont de 2 600 à 4 400 euros brut pour le personnel d’exécution (secrétaires, assistants) et de 4 400 à 18 400 euros brut pour les agents de «conception», les rémunérations les plus élevées étant réservées à une poignée de hauts fonctionnaires (la moyenne salariale tourne autour de 7 000 euros). Si l’on y ajoute une prime d’expatriation de 16% et des allocations familiales de 365 euros par enfant, on comprend que beaucoup de citoyens européens s’étranglent à l’heure des coupes sombres dans les pays membres. Et pourtant, "les 56 000 «eurocrates» se sentent mal aimés" en général et à Bruxelles en particulier. «Il faut reconnaître que les fonctionnaires européens ont participé à cette "différenciation", analyse le sociologue Didier Georgakakis, professeur de sciences politiques à Paris-I, qui a dirigé un ouvrage collectif sur le Champ de l’eurocratie. Ils se pensaient comme une élite à part.» Et cela a fini par jouer contre eux. Les reproches adressés à l’eurocratie - arrogance, irresponsabilité - ne sont pas infondés. «Depuis la crise de la zone euro, nous avons des pouvoirs importants dans le domaine des politiques économiques et budgétaires nationales, raconte un haut fonctionnaire belge de la Commission. J’ai assisté à une rencontre entre nos agents et la direction du Trésor français. C’était hallucinant : ils se comportaient comme un maître d’école expliquant à un mauvais élève ce qu’il devait faire. J’ai été très admiratif du directeur du Trésor qui a gardé son calme. On ne parle pas ainsi à un gouvernement démocratiquement élu : à force d’être irresponsables, nos fonctionnaires ont perdu tout sens politique.» Il faut aussi voir comment se comportent les représentants de l’institution bruxelloise dans les troïkas (Commission, Banque centrale européenne et FMI) chargées de concocter des programmes de rigueur dans les pays de la zone euro en difficulté : «Le FMI semble gauchiste à côté de nous tellement nous sommes coupés des réalités», se désespère un fonctionnaire roumain. C’est tout le problème d’une Commission très peu démocratique : elle ne peut être renversée que par une supermajorité au Parlement européen (deux tiers des membres). De plus, même si ses propositions de loi doivent être adoptées par le Conseil des ministres et le Parlement, elle dispose de pouvoirs extrêmement importants (monopole de l’initiative législative, régulation de la concurrence…). Aucune administration nationale ne flotte dans un tel no man’s land politique. C’était admissible quand la Commission s’occupait de distribuer les aides agricoles, cela ne l’est plus lorsqu’elle s’immisce au cœur des souverainetés nationales. (...) «Un poisson pourrit par la tête», soulignent des hauts fonctionnaires. Autrement dit, la nomination de présidents de la Commission faibles et sans influence politique (Jacques Santer, Romano Prodi, José Manuel Barroso) et de commissaires souvent médiocres a autant concouru à affaiblir l’institution que les réformes. «Elle n’est plus une force d’impulsion», reconnaît un fonctionnaire. «On voulait des eurocrates dont la nationalité serait la supranationalité», rappelle Fabrice Andreone.(...) Chaque année, 150 agents portent plainte pour harcèlement moral, signe d’un «malaise administratif», selon Zorbas, ancien haut fonctionnaire. Démotivation et abattement touchent de plus en plus de fonctionnaires. Démissions et alcoolisme seraient, selon les syndicats, des maux courants. Arrogante, l’eurocratie ? Plutôt au bord de la dépression." (Coulisses de Bruxelles )


Le Conseil d'Etat fait respecter la directive de 2011 autorisant la vente de médicaments en ligne  17/02/2013

Le Conseil d’État vient de suspendre le texte limitant la vente en ligne aux médicaments en accès direct dans les pharmacies. De fait, au moins provisoirement, tous les produits disponibles sans ordonnance peuvent être vendus sur Internet. C’est un retour à la case départ pour le ministère de la Santé. Le 14 février 2013, le Conseil d’État a suspendu une des deux dispositions prises fin 2012 pour encadrer la vente de médicaments sur Internet. C’est l’article L5125-34, qui limite la vente sur Internet aux 455 médicaments que les pharmaciens ont le droit de présenter en accès libre dans leur officine, que le juge des référés a retoqué. Il estime qu’il n’est pas conforme à la directive européenne relative à la sécurité de la chaîne d’approvisionnement des médicaments. Celle-ci stipule en effet que seuls les médicaments de prescription sont à exclure de la vente par Internet. Sous-entendant, a contrario, que tous les médicaments ne nécessitant pas d’ordonnance pouvaient être commercialisés sur le Web. Cette décision de suspension a été prise dans le cadre d’un référé, c’est-à-dire en urgence, à l’initiative d’un pharmacien disposant d’un site de vente par Internet. Un jugement sur le fond sera rendu dans quelques mois. D’ici là, c’est la directive européenne qui s’applique. En clair, tout pharmacien peut vendre sur Internet la totalité des médicaments disponibles sans ordonnance, sans restriction. À condition d’avoir eu l’aval de l’Agence régionale de santé. Car l’article qui soumet l’ouverture d’un site à cette autorisation n’a pas, lui, été suspendu par le Conseil d’État. (Quechoisir)


En plein scandale sur la viande de cheval, Bruxelles autorise le retour des farines animales  17/02/2013

Un scandale peut en cacher un autre… Alors que l’affaire de la viande de cheval fait rage, la Commission européenne autorise la réintroduction des farines de porc et de volaille pour les élevages de poissons. Elle sera effective à compter du 1er juin prochain. Une décision prise en juillet 2012, mais annoncée cette semaine. Pour le moins maladroit, la Commission pourrait chercher à camoufler cette décision au beau milieu de ce grand tapage autour de la viande de cheval. Dans les années 1990, les farines animales avaient été considérées comme probables responsables de la crise de la vache folle. L’Union européenne les avait alors prohibées en 1997 pour les ruminants, étendant l’interdiction quatre ans plus tard à tous les animaux de consommation.Pourtant, à partir du 1er juin prochain, une partie de ces farines animales seront réintroduites pour les élevages de poissons afin de soulager l'aquaculture. Il s’agit des protéines animales transformées (PAT), constituées des parties pauvres de l’animal : les plumes, le sang, les os, le gras, les pattes, etc. Ces farines resteront en revanche interdites pour les ruminants. La Commission européenne affirme prendre en compte les opinions scientifiques les plus récentes, indiquant que le risque de transmission de l’ESB (encéphalopathie spongiforme bovine, autrement dit la vache folle) est négligeable dès lors que le “cannibalisme” est évité.Dans un rapport rendu public en 2011, l’Agence française de sécurité alimentaire (Anses) s’était pourtant prononcée contre la réintroduction des PAT, justement parce qu’il est actuellement impossible de garantir l’espèce d’origine des PAT d’un bout à l’autre de la filière. Le consommateur n’a donc en aucun cas la garantie de l’absence de cannibalisme. Selon une enquête réalisée en 2011 par Familles Rurales, 86,7% des Français sont hostiles à la réintroduction des farines animales, même en l’absence de risque sanitaire et environnemental. (avec Euronews)


Un scandale de matchs de football truqués révélé hier par Europol  06/02/2013

Tous les journaux relatent le scandale de matchs de football truqués révélé hier par Europol. "C'est un réseau de matchs truqués présumés d'une ampleur jamais vue auparavant", a indiqué Rob Wainwright, le directeur de l'office européen de police Europol, lors d'une conférence de presse lundi matin à La Haye. Le responsable a en effet annoncé que son organisation était en train d'enquêter sur 680 matchs suspects, ayant amené plus de 8 millions d'euros de gains sportifs illégaux. 425 personnes (joueurs, arbitres, criminels) ont déjà été identifiées dans plus de 15 pays. Europol a dénombré 380 rencontres en Europe et 300 rencontres suspectes en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ayant eu lieu entre 2008 et 2011. Des matchs des championnats allemand, turc et suisse seraient particulièrement visés. "Nous avons les preuves qu'un groupe criminel basé à Singapour est impliqué de près dans ces matchs truqués", a déploré Rob Wainwright, tout en se refusant à citer les noms de joueurs ou de clubs actuellement sous surveillance. "Déjà profondément abîmé par le dopage, le sport de haut niveau le sera plus encore par les affaires de corruption - semblables à celles mises au jour hier par Europol - si aucune décision politique n'est prise rapidement, " indique Libération dDans son éditorial. "Cible principale, l'Europe ne dispose aujourd'hui d'aucune règle commune sur les paris illégaux (...) Devant ce constat, la communication d'Europol avait pour objectif de réveiller les consciences et mettre les pouvoirs publics européens et les fédérations sportives devant leurs responsabilités", ajoute le quotidien.


"La zone euro doit renoncer à mourir guérie"  06/02/2013

Moins d'activité produisant moins de recettes fiscales, les prochains mois devraient confirmer que les objectifs officiels de réduction des déficits ne seront pas tenus par de nombreux pays, affirme Adrien de Tricornot dans Le Monde Eco. Quelle sera alors la réaction des gouvernements européens ? « Le niveau de chômage n'est socialement pas supportable à terme, en Espagne, au Portugal ou en Grèce et peut produire des conséquences catastrophiques. A un moment ou un autre, cette réalité s'imposera dans les politiques économiques », pronostique M. Bezbakh de Paris-Dauphine. Après quatre ans de crise ravageuse, le Fonds monétaire international, lui-même, s'interroge sur les effets des politiques d'austérité. Mais cette prise de conscience vient trop tard, et ne va pas assez loin. La zone euro doit renoncer à mourir guérie et rejoindre les autres pays du G7 qui ont pour objectif principal de relancer l'activité et l'emploi. Les responsables de la zone euro relâcheront peut-être les rênes de l'austérité, laisseront la Banque centrale européenne mener une politique de taux zéro et de rachats de dettes publiques ou bien favoriseront un rattrapage des salaires dans les pays du Nord : toutes décisions qui auront pour effet de faire baisser l'euro


74% des Européens craignent le pouvoir du lobbying en Europe  06/02/2013

Les trois quarts des Européens interrogés craignent le pouvoir excessif des lobbyistes, révèle un sondage commandé par des associations oeuvrant pour davantage de transparence et d’éthique. Selon un sondage réalisé par TNS Opinion, les trois quarts (73 %) des personnes interrogées craignent le pouvoir excessif des lobbyistes représentant les entreprises dans le processus décisionnel européen. Un business lucratif puisque 2 500 agences de lobbying et plus de 15 000 lobbyistes essaient tous les jours d’influencer les directives européennes, sans que l’on sache réellement pour quels intérêts ! La Commission européenne, régulièrement secouée par des scandales de conflits d’intérêts, n’est pas la seule visée. Le Parlement européen, où plusieurs députés se sont littéralement vendus à des intérêts privés, est également concerné. A quand de véritables règles ? L’influence des lobbies sur les institutions européennes est un sujet sur lequel souffle régulièrement un vent de scandale. Parmi les treize commissaires européens qui avaient quitté la Commission en février 2010, six avaient rejoint le secteur privé. L’un deux, Günther Verheugen, ancien tout puissant commissaire à l’industrie, avait même poussé le bouchon jusqu’à fonder en avril 2010 un cabinet de conseil en lobbying, « European Experience Company », où il monnayait ses contacts et son entregent. En 2012, c’est la démission forcée du Commissaire européen à la santé et à la protection des consommateurs, John Dalli, qui relance le débat. Ce récent scandale montre que le lobby de l’industrie du tabac a eu un accès privilégié aux principaux décideurs de l’UE. En mars 2011, des journalistes du Sunday Times s’étaient fait passer pour des lobbyistes. Plusieurs députés avaient accepté de l’argent en échange de dépôt d’amendements législatifs. L’euro-député autrichien, Ernst Strasser, et le socialiste slovène Zoran Thaler ont dû démissionner. L’eurodéputé socialiste roumain Adrian Severin, expulsé du groupe socialiste européen, continue d’agir en tant que député indépendant. Quelques jours plus tard, l’euro-député espagnol, Pablo Zalba, se faisait prendre la main dans le sac. Il sera blanchi par l’Office européen anti-fraude (OLAF), le 19 mai 2012. Tous nient avoir commis des actes répréhensibles.  (Bastamag )


"Capitalisme vert" : ArcelorMittal engrange 24 millions grâce à la fermeture de Florange  06/02/2013

Pendant que les métallos de Florange se démènent pour sauver leur emploi et que l’Etat indemnise leurs périodes de chômage partiel, ArcelorMittal engrange des profits grâce à l’arrêt de ses hauts-fourneaux lorrains. Leur fermeture définitive pourrait rapporter 19 millions d’euros en 2013. Tel est le miracle permis par le « capitalisme vert » et la vente de droits à polluer sur les marchés carbone. L’arrêt définitif des hauts-fourneaux est toujours prévu en mars 2013. Il entraînera la suppression de 1 500 emplois, sous-traitants compris. Mais rapportera des millions d’euros à ArcelorMittal grâce aux miracles du « capitalisme vert». Car Florange fait partie des quelques 10 000 sites industriels européens qui ont été intégrés au système d’échange de quotas d’émissions de CO2 mis en place en 2005. Comment cela fonctionne-t-il ? Les gouvernements allouent à chacun de ces sites un quota d’émissions de CO2. Pour le site de Florange, il est de 4 millions de tonnes de CO2 par an. En fin d’année, si le site industriel le dépasse, il doit acheter des « droits à polluer » sur le marché carbone pour compenser ses émissions. S’il n’utilise pas tout son quota, il peut engranger et accumuler ses permis d’émissions pour ensuite les revendre à des entreprises qui ont dépassé leurs propres quotas (lire également : les marchés carbone, ou comment gagner des millions grâce à la pollution). D’après un document que s’est procuré le magazine Terra Eco auprès du cabinet londonien Carbon Market Data, ArcelorMittal n’a pas dépassé son quota annuel en 2009, 2010 et 2011, économisant environ 4,7 millions de tonnes de CO2. Et ce, en partie grâce à la mise en sommeil de ses hauts-fourneaux de Florange. Même si le cours du CO2 s’est effondré sur les marchés, ce surplus de droits à polluer représente une belle aubaine. A environ 5 euros la tonne, ArcelorMittal pourrait empocher près de 24 millions d’euros s’il décidait de les vendre. Pendant ce temps, les salariés du site ont multiplié les périodes de chômage partiel, en partie indemnisées par l’État. (Basta )


"Ma ville se travestit pour être aux normes européennes"  29/01/2013

"Marseille, capitale déculturée". C'est le constat amer du marseillais André Suarès dans une tribune publiée sur Causeur  : "Marseille capitale européenne de la culture en 2013, pour beaucoup, cela a des allures de blague. Marseille, la ville qui compte moins de librairies qu’un seul arrondissement de Paris et qui n’abritait, jusqu’à l’inauguration du (splendide) MuCEM, pas un seul musée digne de ce nom, se retrouve soudainement propulsée au rang de capitale européenne de la culture… Excusez du peu. Moi-même marseillais et chauvin comme pas deux, je comprends volontiers que cela surprenne. Mais au fond, ce qui pose problème n’est pas tant ce curieux paradoxe que l’incroyable capacité qu’a Marseille à se renier elle-même. Car Marseille n’est même pas capable de commémorer ses propres génies. Suarès, Daumier, Puget, Artaud, Dubout : tous sont oubliés. Même son de cloche pour Saint-Pol-Roux, Monticelli, d’Urfé ou Rostand. Ne parlons pas des grandes figures de la culture provençale, comme Frédéric Mistral, prix Nobel de Littérature et fer de lance du Félibrige, ou Victor Gélu… C’était pourtant l’occasion d’exhiber à l’Europe, et même au monde, les joyaux de la culture locale ; mais non : on préfère servir un genre de soupe cultureuse et branchouille, qui ravira tous les bobos de la ville (souvent des parisiens qui ont vu en Marseille un eldorado après la mise en service de la ligne du TGV Méditerranée) (...) "Ces allures modernes que se donne Marseille depuis quelques années ne font que farder les profondes incohérences d’une ville minée par l’incurie de ses élites. Songeons par exemple aux ravages de la promotion immobilière, dans le quartier du Rouet notamment, où les opérations de logements, toutes plus vilaines les unes que les autres, surgissent des décombres des anciens habitats populaires. À quelques centaines de mètres de là, un immense complexe sportif dédié à la « glisse » demeure désert. Du côté du Vieux-Port, l’argent des Saoudiens et des fonds de pension américains a été nécessaire pour rénover la si jolie rue de la République. Les pauvres ont été foutus dehors, les façades ravalées, puis on a encouragé les grandes enseignes à s’y installer. Le résultat ? Quelque chose de très propre, mais sans une once d’âme. À tel point que personne ou presque n’y met les pieds. Voilà l’œuvre du triumvirat Gaudin-Caselli-Guérini. Bien aidés par un aréopage sidérant d’incompétence, ils font se vautrer Marseille dans tous les pièges possibles." (29/01)


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Choquant, amusant, étonnant ou éclairant : l'unification européenne a été source de diverses inspirations tout au long de l'Histoire...