L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Vers l'Europe des satrapes



"Notre Constitution est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d’une minorité, mais du plus grand nombre." (Thucydide) Cette citation, initialement placée en tête du projet de constitution européenne, en a été finalement retirée. Les raisons de ce retrait éclatent aujourd'hui au grand jour.




Vers l'Europe des satrapes

Les européistes sont, à n'en plus douter depuis le refus irlandais du Traité de Lisbonne, du bois dont on fait les fanatiques à défaut d'être de celui dont on fait les héros : à chaque fois qu'ils perdent, ils tentent le passage en force, contre ceux-là même dont ils sollicitent, l'on se demande bien dans quel but, les avis : les peuples. Entendons nous bien : nous ne saurions leur reprocher de défendre leurs idées, bien au contraire. De la confrontation des idées, pacifique ou passionnelle, naissent les progrès du genre humain. Encore faut-il que cette confrontation ne soit pas dénaturée par les manoeuvres d'une minorité. Des fanatiques disions-nous, prêts non à mourir (ils aiment trop l'argent et les plaisirs qu'il procure pour cela) mais plutôt à tuer pour leurs idées. Tuer métaphoriquement s'entend, tout au moins pour l'instant, encore que les nombreux suicides notamment d'agriculteurs à bout de nerfs et d'ouvriers licenciés, victimes collatérales de leur politique, devraient s'inscrire au passif de leur bilan. Tuer au sens d'interdire à l'adversaire d'exister.

"Vous avez voté non ? Eh bien ce sera oui quand même, ne vous en déplaise ! Le droit des peuple à disposer d'eux-même ? Où êtes vous aller chercher cette utopie ? Votre vote n'est pas un vote non, c'est un non-vote ! De toute manière, seules comptent les voix de ceux qui pensent comme nous. Nous nous parons des habits de la démocratie mais vous devriez savoir que l'habit ne fait pas le moine . Nous croyons fermement que les peuples n'existent pas, que n'existant pas, ils ne sauraient se donner des gouvernements nationaux, que la "main invisible" du marché suffit à faire le Bien Commun de l'humanité. Voyez vous, la diversité nous effraie. Alors, si vous voulez exister, soyez dans notre camp ! Celui de l'homme unique, de la langue unique, de la culture unique, de la monnaie unique, de la pensée unique, celui des sectateurs du Veau d'Or. À moins que vous ne préfériez être un dissident, un zek ! Auquel cas, nous ne pouvons rien pour vous..."

Le débat, puis le scrutin qui s'ensuit, ne les intéressent qu'aussi longtemps qu'ils y trouvent la victoire : que les alizés y soufflent contraires et les voici qui contestent, truquent, manipulent, intriguent, achètent, menacent; qu'un coup de tabac les secoue et c'est l'autisme. Ils se murent dans leurs certitudes et nulle force ne les en délogera. Curieuse est leur propension à percevoir un vote non comme toujours provisoire, susceptible d'entraîner un nouveau scrutin, alors qu'au contraire un vote oui est toujours présumé irrévocable et définitif. Étrange aussi est leur manie, sitôt l'encre d'un traité qu'ils avaient enfanté et présenté comme la huitième merveille du monde est elle sèche, de lui trouver des défauts, d'abord mineurs, puis de plus en plus insupportables. C'est ainsi que "l'excellent Traité de Nice" est devenu au fil des ans "le traité de Nice" et pour finir "le calamiteux traité de Nice". Dès lors qu'il est voué aux gémonies par ceux-là même qui naguère l'élevaient au pinacle, ses jours sont comptés.

Cette capacité qu'ils ont à brûler aujourd'hui, sans état d'âme aucun, ce qu'ils ont adoré hier est proprement fascinante. Que ne suis-je né comme eux ? J'aurais fait une fort belle carrière à Bruxelles. Dans quelques années, le traité de Lisbonne sera sans doute devenu "calamiteux" aux yeux de ses adorateurs d'aujourd'hui. En langage européiste, cela voudra dire qu'un n-ième projet de Traité (d'Ankara ?) sera sans doute prêt à nous être imposé, car, d'ici là, il ne sera bien sûr plus question de référendum, ce chien de peuple prenant un malin plaisir, c'est bien connu, à ne pas répondre à la question posée. Par delà les opinions divergentes, c'est là une différence fondamentale de nature entre les deux camps. C'est en vain que vous chercherez à les rendre attentifs, non au bien fondé de votre point de vue, mais simplement au fait que le leur est minoritaire et qu'en démocratie, la minorité ne doit pas opprimer la majorité. Autant essayer de persuader Hitler des bienfaits du sionisme ou Staline de ceux de la morale !

En 2005, ils ont été désavoués par deux fois et largement. Or, selon les règles qu'ils ont eux-même établies, un seul refus de ratification rendait la constitution européenne caduque. Ils ont alors imaginé le plan B, cette pantalonnade du "mini" traité. Pour que leur forfait ait quelque chance d'aboutir, ils ont changé l'étiquette du produit et bâillonné au passage 26 peuples européens sur 27. Initialement présenté comme "mini traité" pour faire voter le bon peuple à l'élection présidentielle française, mais de 350 pages quand même, une fois celle-ci passée et que le bon peuple s'aperçoit, mais un peu tard, qu'il a été roulé dans la farine. 100 pages de plus que la constitution mais resucée intégrale de celle-ci, présenté différemment. Une "constitution camouflée" pour reprendre les termes mêmes (forts pertinents) de Valéry Giscard d'Estaing; un succédané de constitution. Grâces en soit rendues au peuple irlandais, succédané ne fut point damné succès : le résultat est sans appel, malgré une propagande indécente des partis de gouvernement et de l'Union elle même, propagande en partie conduite avec des finances publiques, donc avec l'argent de leurs opposants. Sous la botte de Staline déjà, il fallait acheter la cartouche destinée à vous éliminer. Sans doute est-ce là la traduction européiste de cette pratique. Leur préoccupation actuelle est plutôt celle de Lénine : "que faire ?"

Aidons les donc à y voir clair ! La prochaine étape (le Plan C) pourrait être de museler le dernier peuple à avoir pu s'exprimer librement et revenir triomphalement annoncer l'entrée en vigueur d'un texte rejeté par tous ceux qui auront eu la parole. Ce qui fait peu de monde, certes, mais à qui la faute ? Le plan D serait d'éradiquer tous les partis politiques rebelles, si nécessaire en redécoupant les circonscriptions électorales de manière idoine, en généralisant les machines à voter, garantie absolue d'opacité, ou encore en écartant d'une presse désormais sous leur contrôle total tout journaliste soucieux de d'objectivité (lequel d'entre vous a dit que c'était en train de se faire ?) Le plan E de créer à la place un parti unique, plus exactement d'organiser un bipartisme de façade où deux vrais faux-partis, chacun étant le faux-nez de l'autre feraient semblant de s'affronter devant une presse aux ordres, dans un parlement national fantoche devenu inutile, les décisions étant prises ailleurs, tout en votant comme un seul homme à Bruxelles ou à Strasbourg. Parti unique oblige, des ministres de chacune des deux branches seront présents au gouvernement (des fielleux prétendent que c'est déjà le cas). Le plan F d'inventer un nouveau crime ou "europhobie" équivalent européen de l'agitation antisoviétique de sinistre mémoire (c'est fou ce qu'il y a comme prétendues phobies sanctionnées par la loi ces derniers temps). La phobie, rappelons le, est un état mental altéré et donc justifie un internement psychiatrique. Une fois que les 300 millions de malade mentaux qui doutent de l'Europe (peut-on douter de l'Europe, franchement!) auront été mis hors d'état d'empêcher d'européiser en rond, restera une nomenklatura qui pourrait réaliser quoi donc ? Le plan G bien sûr : manœuvrer en vue d'intégrer des pays qui n'ont rien d'européen hormis le fait de favoriser les dessins de ceux qui, en coulisse, tirent les ficelles qui font s'agiter Barroso et consorts: l'Otan et l'Oncle Sam. L'Otan exige l'adhésion de la Turquie : la France obtempère en ce moment même, en dépit des fanfaronnades de la campagne présidentielle et, accessoirement d'un vote du Congrès en 2005. Il sera sans doute intéressant de dresser et de publier à cette occasion, la liste des marionnettes qui auront, en 2008, déjugé leur vote de 2005. Gageons qu'elle sera fort longue. Et ceci en prélude au plan H : un gouvernement mondial obéissant aux seules lois du marché (de Sarkozy à Cohn-Bendit en passant par Delanoë, tout le monde revendique aujourd'hui sa conversion à cette nouvelle religion) sous contrôle américain (raison pour laquelle l'anglais est en train de devenir lingua franca de l'Europe et l'Otan son cadre politique) ainsi qu'en rêvaient naguère Rockfeller, Roosevelt et Monnet ou qu'en rêvent aujourd'hui leurs disciples. Irréaliste mon scénario ? L'alphabet ne s'arrêtant pas à la lettre H, je crains d'être en deçà de la réalité.

Ceux qui contestent le verdict des urnes dès lors que celui-ci leur est défavorable, bien qu'acquis lors un scrutin régulier, sont des ennemis de la démocratie et des ennemis du peuple; la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 nous prescrit dans un tel cas de nous unir en vue résister à leur oppression. Je crois toujours en une Europe des Nations, seule à mon avis à pouvoir satisfaire des peuples aux visées pas toujours strictement identiques, fort heureusement d'ailleurs. Je n'ai jamais cru en revanche à une Europe supranationale, raison de mon vote négatif à Maastricht. Malheureusement, le fanatisme européiste d'une minorité va définitivement tuer les deux conceptions de l'Europe. Bientôt, les peuples échaudés ne voudront plus ni de l'une ni de l'autre et le feront savoir (par la violence s'ils continuent à être ainsi déconsidérés). L'idée même d'Europe leur sera devenue insupportable: "L'Europe nous méprise ? Rendons lui la pareille ! Achevons la, à coups de talon si besoin est". Ce serait fort regrettable d'en arriver là.

Et pourtant, par la faute d'idéologues extrémistes, il y a péril aujourd'hui, hélas, à imaginer même une Europe des Nations : si par maladresse ou par calcul, son texte fondateur venait à manquer de la nécessaire exigence de respect de la volonté des peuples et de son corollaire, la souveraineté des nations, vous la verriez bientôt se métamorphoser sous vos yeux, victime de l'influence, du noyautage, de la phagocytose, de la subversion métastasique d'affairistes de tout poil, soucieux au premier chef de s'enrichir au delà du raisonnable bien plus que du Bien Commun et qui n'auraient de cesse de la voir transformer en une version laissez-fairiste et atlantiste de l'ex-URSS. L'européisme, comme naguère le communisme ou le fascisme est intrinsèquement pervers, parce que porteur des gènes d'un totalitarisme larvé, d'autant plus redoutable qu'il avance masqué. Le mot de la fin est avis d'expert: celui de l'ancien dissident de l'Union Soviétique, Vladimir Boukovsky. Il a récemment écrit, à l'adresse des peuples européens : "j'ai vécu dans votre futur et ça n'a pas marché".

Hervé BROCHART

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