|
Lundi 8 Février 2010
Une "communauté de nations"
"La communauté nationale ne pourra prendre tout son sens et toute sa portée qu’au sein d’une communauté de nations. Une communauté de nations sera l’ensemble de plusieurs nations formant un tout géographique continu et limité, ayant des qualités ethniques similaires et un patrimoine commun, historique et spirituel à défendre. La communauté des nations aura pour fonctions d’assurer la sécurité, la prospérité et l’épanouissement du bien commun. Cette conception, qui semble plus naturelle que celle d’un universalisme abstrait, tend à une division du monde en zones d’influences économiques. Ces zones peuvent permettre, le cas échéant, aux nations en communautés de vivre en autarcie aussi complète que possible, chacune des zones étant ordonnée au bien commun de sa communauté de nations. L’Europe est un ensemble de nations qui pourraient réaliser une communauté qui n’est aujourd’hui que virtuelle. Nous voulons lui donner ses institutions et ses moyens d’existence. Toute communauté comporte un ensemble d’obligations réciproques. Aussi les institutions dont il s’agit ne sont-elles viables que si les États constituant la communauté délèguent volontairement une part de leur souveraineté – non pas à un État qui exercerait une hégémonie – mais au profit d’un ordre communautaire concrétisé par des institutions fédérales. Celles-ci auront pour attributions de gérer chacun des éléments constituant la part de souveraineté déléguée." Extrait de Vers la Révolution Communautaire, Paris, 1943 Il s'agit des actes d'un séminaire de réflexion sur l'identité nationale un ordre communautaire, réuni par le régime de Vichy. J'ai trouvé cet extrait fort intéressant dans le livre de Bernard Bruneteau, Histoire de l'idée européenne à travers les textes. Pas mal de choses y sont : le patrimoine spirituel de l'Europe (en 1943 on ajoutait "spirituel et ethnique", c'était plus clair ; en 2010 on se contente de vouloir renvoyer aux racines chrétiennes et de rejeter la Turquie). Le rejet d'un universalisme abstrait, qui permet notamment d'inscrire la subordination à l'OTAN dans le texte du Traité de Lisbonne (l'universalisme abstrait devrait conduire à rejeter cette prise en compte abrupte et veule de la réalité de la supériorité américaine). L'organisation du monde en zones d'influences économiques ressemble au protectionnisme économique qui n'est pas non plus universaliste, juste le cache-misère d'un sauve-qui-peut réactif. Irai-je jusqu'à dire que l'Europe est un projet pétainiste ? Peut-être pas. Mais dans sa version technocrate et anti-démocratique, elle en est tout cas parfaitement compatible avec les idées du Maréchal et de sa clique modernisatrice. Ironie de l'histoire, et trop vaste sujet : sans doute écoeurés par la collaboration français au pétainisme (Uriage etc...), certains français d'aujourd'hui estiment-ils que l'Europe permet de rompre avec cet héritage funeste. Pas de bol, les pétainistes les ont précédés sur ce chemin... Voulant me renseigner ensuite sur les participants à ces journées, je suis tombé sur un papier d'Antonin Cohen, "Vers la révolution communautaire, rencontres de la troisième voie au temps de l'ordre nouveau". En voici la conclusion : "bien que la cohérence des différentes positions et prises de position qui ont été les leurs ne puisse être comprise qu’au prix de la réinscription chronologique de leurs différentes significations dans leurs époques différentes, on remarquera néanmoins l’avenir improbable du cercle choisi de cette avant-garde qui transportera avec elle l’idée d’une Europe «communautaire» et « fédérale» du Mont-Dore à La Haye. Bon nombre des hommes qui ont ainsi pu se trouver dans le cercle restreint de ces sociétés de pensée qui prendront part aux différentes mobilisations en faveur d’une révolution nationale «communautaire», à la recherche d’une troisième voie, pourront en effet se compter parmi les premiers à se mobiliser à nouveau en faveur d’une «communauté européenne» au lendemain de l’Occupation, et notamment dans le sillage du mouvement fédéraliste français La Fédération ou dans l’entourage de Jean Monnet." Food for thought... Edgar La lettre volée
Notez
Lu 2583 fois
Nouveau commentaire :
Dans la même rubrique :
UE : les douloureux élargissements à venir - 09/01/2012Tout empire périra - 15/12/2011Jacques Sapir annonce la fin de l’Euro à court terme - 26/09/2011Les Français plebiscitent le protectionnisme - 05/07/2011L'intégration européenne, oeuvre assumée de la CIA - 23/03/2010De Gaulle - Monnet : le duel du siècle - 20/03/2010Euro : l'analyse qui donne froid dans le dos - 17/03/2010Sauver la Grèce : à quel prix ? - 15/03/2010La vision européenne du général de Gaulle - 27/01/2010Pour l'Histoire - 07/01/2010L'Europe politique "à l'agonie" ? - 05/12/2009Paroles d'Européens : ils ont osé le dire - 19/11/2009De Staline à Gorbatchev : comment finit un empire - 18/11/2009Qu'est ce qu'une nation ? - 03/11/2009Jürgen Habermas, Sur l'Europe - 30/10/2009"Je suis démocrate donc souverainiste" - 20/10/2009Peine de mort : Lisbonne provoque la polémique - 22/09/2009La "fin de l'Euro" est-elle inéluctable ? - 07/09/2009A la Une | Document | Analyse | Tribune | En bref | Souvenons-nous |
Vue de France et d'Allemagne : deux grands constitutionnalistes imaginent "l'Europe d'après"
31/01/2012
L'Union européenne, pigeon du libre-échangisme mondial, se rebiffe...
31/01/2012
Chevènement rappelle le "vice constitutif" de la monnaie unique et réclame un référendum
15/12/2011
Juppé prépare l'opinion française à la perte du triple A
15/12/2011
Le projet européen "n'a tenu aucune de ses promesses"
15/12/2011
SOUVENONS-NOUS
Choquant, amusant, étonnant ou éclairant : l'unification européenne a été source de diverses inspirations tout au long de l'Histoire...
|
|
|
Reproduction autorisée avec mention de la source et du lien
Dir : Christophe Beaudouin, Groupe Europe des Libertés et Démocraties au Parlement européen (DF), 60 rue Wiertz 1047 Bruxelles - redaction@observatoiredeleurope.com |
||






Une "communauté de nations"







