L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Nicolas Dupont-Aignan propose de "quitter l'Union européenne dans sa forme actuelle"



Dans une interview accordée au journal Le Monde, Nicolas Dupont-Aignan franchit le rubicon de la sortie de l'Union européenne et propose un traitement de choc pour éviter à la France de sombrer inévitablement dans le "scénario grec" annoncé : "Je propose plus que la sortie de l'euro. Je propose de quitter l'Union européenne, dans sa forme actuelle, en utilisant l'article 50 du traité de Lisbonne qui permet à tout Etat membre de s'en retirer volontairement. Ceci afin de créer l'électrochoc salvateur qui permettra de refonder l'Europe sur des bases saines en convoquant une conférence intergouvernementale des chefs d'Etat de neuf pays partageant le même modèle social. Je ne veux plus que la France joue dans ce système fou qui n'a rien à voir avec la belle idée européenne de départ. Ce système est celui du nivellement social et écologique par le bas, de la loi de la jungle mondialiste, du piège de la dette qui nous conduit tout droit aux scénarios espagnol et grec."




Nicolas Dupont-Aignan propose de "quitter l'Union européenne dans sa forme actuelle"
Quels sont vos objectifs pour cette campagne présidentielle ?

Libérer la France de sa tutelle extérieure et de ses féodalités internes, dire aux Français la vérité sur l'état d'impuissance publique qui explique les maux de notre pays : le chômage de masse, la pauvreté qui gagne, le détricotage de notre modèle social. On m'a appris à l'école qu'un problème bien posé était à moitié résolu. Les partis qui nous gouvernent depuis trente ans n'y arrivent pas parce qu'ils ne posent pas bien le problème de la France.

Pour vous, le problème principal, c'est l'Europe. Vous êtes le seul, avec Marine Le Pen, à proposer la sortie de l'euro. Comment est-ce faisable?

Je propose plus que la sortie de l'euro. Je propose de quitter l'Union européenne, dans sa forme actuelle, en utilisant l'article 50 du traité de Lisbonne qui permet à tout Etat membre de s'en retirer volontairement. Ceci afin de créer l'électrochoc salvateur qui permettra de refonder l'Europe sur des bases saines en convoquant une conférence intergouvernementale des chefs d'Etat de neuf pays partageant le même modèle social. Je ne veux plus que la France joue dans ce système fou qui n'a rien à voir avec la belle idée européenne de départ. Ce système est celui du nivellement social et écologique par le bas, de la loi de la jungle mondialiste, du piège de la dette qui nous conduit tout droit aux scénarios espagnol et grec.

Que faire de la dette ?

La dette est nourrie par l'euro. Les règles européennes interdisent à la Banque centrale de financer à taux zéro les Etats. Sortir de l'euro et recréer un système monétaire coordonné permettrait à chaque banque centrale de financer les Etats par des avances remboursables et d'échapper au surendettement cumulatif instauré pour le plus grand profit des banques. Dans mon programme économique, je réduis de 20 milliards d'euros les charges d'intérêts de l'Etat, d'ici à 2017, sur les 50 milliards que nous payons chaque année. Je redéploie cette diminution de dépenses, d'un côté, vers les PME, en divisant par deux l'impôt sur les société s sur les bénéfices réinvestis sur le sol français, et vers la reconstruction d'un Etat qui pourra investir massivement dans la recherche pour gagner la bataille de la mondialisation.

Comment éviter la spéculation sur la monnaie ?

A deux conditions : ne plus dépendre des marchés financiers pour emprunter et être raisonnable dans la gestion des dépenses publiques, car je ne veux pas utiliser la facilité monétaire pour raser gratis comme Mme Le Pen ou M. Mélenchon. Mon projet est à la fois révolutionnaire et réaliste. Révolutionnaire, car il libère la France du piège des marchés et du libre-échange déloyal. Réaliste, car il mêle la défense, c'est-à-dire le protectionnisme intelligent, et l'attaque, c'est-à-dire l'investissement dans l'avenir.

Qu'est-ce que ça veut dire, le protectionnisme intelligent ?

C'est ce que font toutes les nations qui réussissent dans la mondialisation. Elles sont en offensive commerciale, elles protègent leur marché intérieur et leurs bases technologiques. C'est ce qu'a su faire la France pour son industrie du cinéma  : avances sur recettes de l'Etat, quotas de diffusion, strictement interdits par Bruxelles aujourd'hui, et pourtant ouverture sur le monde, exportation et liberté d'aller voir, bien sûr, les films de tous les pays. Ce qui est fait pour les acteurs, les metteurs en scène et les producteurs, je veux le faire pour les ouvriers et les agriculteurs.

Quels moyens utiliseriez-vous pour favoriser le produire en France ?

La sortie de l'euro pour éviter la surévaluation monétaire qui pénalise nos producteurs ; des droits de douane lorsqu'il y a dumping social et environnemental avéré, à l'exemple des panneaux solaires de Chine  ; la séparation des banques d'investissement et de détail pour que les dépôts bancaires servent aux PME ; la baisse des charges pour les entreprises qui investissent en France.

Quelle est votre position sur le budget européen ?

Nous pouvons économiser les deux tiers des 7 milliards d'euros de contribution nette et garder un potentiel de 2 milliards pour de vraies actions de solidarité européenne. Encore une fois, si l'on ne pose pas la question de vérité à nos partenaires, l'Europe se défera dans la haine, dans les divisions et la récession économique. Je pense être beaucoup plus européen que tous ces eurocrates qui sont en train de laisser le continent s'effondrer. Les peuples d'Europe n'en peuvent plus de leurs dirigeants. Ils sont comme les vieilles cours des monarchies en 1787, totalement déconnectés des peuples qui grondent. L'Europe du XXIe siècle sera à plusieurs cercles et à la carte ou ne sera plus.

Quelles conditions posez-vous à la renégociation de la politique agricole commune ?

Le droit de veto de la France. Je veux rétablir un prix garanti du lait et maintenir les quotas. Ce qui s'est passé avec la PAC prouve que ceux qui dirigent l'Union européenne aujourd'hui détestent l'Europe puisqu'ils ont cassé le seul outil de protection, d'autosuffisance et de qualité alimentaire qui existait. Ce n'est que par l'épreuve de force que nous nous en sortirons positivement, pas seulement pour la nation française mais pour toutes les nations d'Europe.

Qu'est-ce, pour vous, qu'un Etat fort ?

C'est un Etat démocratique qui tire sa légitimité du peuple, un Etat ferme et un Etat juste. Je veux reconstruire l'Etat républicain par une politique de la sécurité et de la justice, en remplaçant les départs en retraite de policiers, de gendarmes, de douaniers, qui sont aujourd'hui impuissants face à la criminalité, en arrêtant le laxisme judiciaire qui fait qu'on sort de prison au bout de six ans après avoir tué quelqu'un.

Vous parliez des féodalités intérieures. Qu'est-ce que cela désigne ?

Je suis en faveur de l'initiative privée quand il y a concurrence mais pour un contrôle public quand il y a monopole privé. Je veux rendre aux Français le bien public qui leur a été confisqué. Cela concerne les entreprises énergétiques, EDF et GDF, qui devront être refusionnées et 100 % publiques. Et Total, qui devra être remis au service de la France. Comment préparer la transition énergétique française, investir massivement dans les énergies nouvelles si les profits de ces deux entreprises sont gaspillés dans des opérations hasardeuses, comme les 15 milliards dépensés en pure perte par EDF pour racheter en Angleterre des centrales nucléaires pourries ? Il est temps de remettre ces grandes entreprises au service des Français. De même, je propose la réquisition des autoroutes au prix auquel elles ont été bradées en 2006. Il n'est pas normal que nous soyons revenus sous l'ancien régime de l'octroi, avec des taux de profit abracadabrantesques en raison des conflits d'intérêts permanents entre Bercy et des sociétés privées. Le taux de profit de Cofiroute est de 24 %. Je réclame une commission d'enquête parlementaire sur les conditions de prolongation des concessions. C'est cela aussi défendre le pouvoir d'achat des Français. Si celui-ci a diminué, c'est parce que les dépenses contraintes, énergie, transports, logement, ont explosé.

Comment envisagez-vous les relations de la France et de l'OTAN  ?

Dans cette campagne électorale, on se dispute sur le financement du permis de conduire et on ne parle pas de l'essentiel : la place de la France dans le monde. Le retour dans le commandement intégré de l'OTAN n'a pas produit le résultat escompté. Notre pays est muet, parce qu'il n'est plus libre. Je veux sortir du commandement intégré tout en restant dans l'Alliance atlantique. Nous devons éviter à tout prix la construction du bouclier antimissiles sur l'Europe, qui met en péril notre dissuasion et nous place sous la domination industrielle des Etats-Unis. Il faut bâtir une alliance forte avec la Russie et rééquilibrer notre politique au Moyen-Orient en reconnaissant l'Etat de Palestine. Il faut aussi, et c'est tout l'enjeu, lancer un "plan Marshall" vers l'Afrique, avec nos amis espagnols et italiens, pour reconstituer la belle idée de l'Union pour la Méditerranée. Le développement du Maghreb et de l'Afrique est vital pour stabiliser les révolutions arabes et permettre la croissance des deux continents.


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