L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE APRES LE NON, PORTAIL DE L'EUROREALISME

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Samedi 04 Juillet 2009
Actualité

Libertas accueille le futur président de l'Union européenne


Le Wall Street Journal n'en est toujours pas revenu : "Vous voulez savoir à quel point la politique dans l'UE est surréaliste ? Figurez-vous que le gouvernement irlandais s'est senti obligé de critiquer un autre chef d'Etat, parce que ce dernier était d'accord avec une majorité du peuple irlandais" (édition du 13 novembre 2008). Le Président tchèque Vaclav Klaus, au terme de sa visite d'Etat de trois jours en Irlande, était en effet l'invité d'honneur du dîner qu'organisait Declan Ganley, le bouillant président de "Libertas", ce 11 novembre à Dublin. Dîner auquel participait notamment Philippe de Villiers, pour la France. S'en sont suivis plusieurs jours de remous diplomatiques entre le gouvernement irlandais et la République Tchèque.



De g à d : Patrick Louis, Philippe de Villiers, Vaclav Klaus, Declan Ganley et Christophe Beaudouin
De g à d : Patrick Louis, Philippe de Villiers, Vaclav Klaus, Declan Ganley et Christophe Beaudouin

"Monsieur de Villiers, je suis très heureux de vous rencontrer. Je ne m’attendais pas à ce que la France puisse être représentée ici." Le Président de la République tchèque salue chaleureusement le leader du "non" français, au sortir de la conférence de presse commune qu'il vient de donner avec Declan Ganley dans la célèbre "Constitution suite" de l'hôtel Shelbourn à Dublin, là où fût signée la Constitution irlandaise en 1922. Une Constitution symbole de la "Libertas" par excellence, pour l'Irlande et désormais pour l'Europe, lorsqu'on sait que c'est elle qui obligea le gouvernement irlandais à soumettre le traité de Lisbonne à référendum, et de  constater une nouvelle fois que le supranationalisme européen ne résistait pas à l'épreuve démocratique.

Des "dissidents" du dispositif actuel de l'Union européenne

Lors de cette conférence de presse, le Président Klaus a déclaré "craindre que la liberté et la démocratie ne sortent pas grandies par la ratification du traité de Lisbonne, au contraire. Pour cet aspect des choses, je partage l'opinion de M. Ganley. Je dirais que les Tchèques partagent l'opinion des Irlandais", avant d'ajouter : "Mon prédécesseur Vaclav Havel aimait aussi rencontrer les dissidents dans différents pays, donc je rencontre aujourd'hui l'un des dissidents du dispositif européen actuel. Et je me considère comme l'un d'eux." 

A quelques centimètres d'un original sous-verre de cette Constitution, Philippe de Villiers a à son tour répondu aux journalistes : "Je suis à la disposition de Declan Ganley pour permettre à ce grand mouvement pan-européen d'être présent en France". Entre deux points presse à la tour Montparnasse sur la situation de la flotte du Vendée Globe, le « gouverneur » de Vendée avait repris pour la soirée sa casquette de président du Mouvement pour la France pour se rendre à Dublin, accompagné de son Secrétaire général, Patrick Louis et de moi-même.

"C'est encore pire que ce à quoi je m'attendais"

Le Président Klaus, très populaire en Tchéquie (70 à 80% de confiance), l’est beaucoup moins au sein des élites européennes qui lui reprochent son opposition farouche au traité de Lisbonne et aux incessants transferts de souveraineté vers la bureaucratie bruxelloise. Le chef de la diplomatie irlandaise, Michael Martin, dont le gouvernement a vainement plaidé pour un "oui" au traité de Lisbonne, a dénoncé au lendemain de ce dîner des "commentaires très clairement politiques" du Président Klaus. De tels propos constituent selon lui  "une intervention déplacée dans le contexte d'une telle visite d'Etat, particulièrement au moment où le gouvernement irlandais discute avec ses partenaires européens au nom du peuple irlandais", selon lui. Le président tchèque a répliqué sèchement en dénonçant "l'hypocrisie" du ministre irlandais. "Je pressens depuis longtemps d'immenses problèmes avec la démocratie en train de disparaître en Europe, mais quand je vois les réactions du ministre des Affaires étrangères de l'Irlande et d'une partie de la presse (irlandaise), je pense que c'est encore pire que ce à quoi je m'attendais", a-t-il ajouté.

Ce rendez-vous irlandais des leaders euroréalistes fit d'autant plus de bruit que c'est la République tchèque qui assumera la présidence de l’Union européenne au 1er janvier 2009, tandis que « l’Europe de Bruxelles », celle des traités, paraît de plus en plus caduque : enlisement des ratifications (Tchéquie, Allemagne, Pologne) depuis le « non » irlandais succédant aux « non » français et néerlandais, inertie manifeste des institutions européennes face à la crise financière, zone euro première à entrer en récession, violations directes et répétées de 13 articles fondamentaux des traités européens (y compris celui de Lisbonne) par les divers plans de sauvetage imaginés par les gouvernements.

Vers un second référendum au Printemps ?

C'est en tout cas ce que plaident ardemment les eurodéputés à Strasbourg et Bruxelles. Et un récent sondage pourrait leur donner un argument supplémentaire. Ce sondage publié le 17 novembre dans l'Irish Times montre que les Irlandais pourraient dire "oui" au traité si un deuxième référendum était organisé, à condition qu'il soit assorti de garanties spécifiques concernant le commissaire, l'avortement ou la neutralité militaire de l'Irlande. Selon ce sondage réalisé par l'institut Rmbi, 43 % des électeurs voteraient "oui" et 39 % "non" à un deuxième référendum, et 18% d'indécis. Il s'agirait en réalité d'un traité remanié pour garantir à l'Irlande "son" commissaire européen - que Bruxelles menace aujourd'hui de supprimer en guise de punition pour le "non" - sa faible imposition des sociétés,  sa protection contre toute légalisation de l'avortement ainsi que la neutralité militaire du pays. Quel pays acceptera de renoncer à son Commissaire permanent par exemple, pendant que l'Irlande garderait, elle, le sien? 
Enfin, rappelons que les instituts de sondage comme Rmbi ont presque constamment donné le "oui" gagnant avec 18 points d'écart et que dans les rares pays où furent organisés des référendums, l'opinion bascula en faveur du "non" dans les deux dernières semaines, au moment où les citoyens ont commencé à vraiment s'intéresser à l'enjeu. "Je ne doute pas une seconde que les Irlandais rejetteraient Lisbonne une nouvelle fois si le gouvernement était assez lâche pour se laisser intimider" à organiser un deuxième vote, a déclaré Declan Ganley. La résurrection du traité de Lisbonne, suivant un modèle "à la Frankenstein", "serait loin de remporter la majorité parmi les Irlandais, ni d'ailleurs nulle part en Europe", a-t-il ajouté. 

Libertas pour l'Europe, une idée née en Vendée

Il y a un peu moins d’un an, ce jeune entrepreneur bousculait l’establishment avec son Mouvement Libertas pour défendre le « non » au traité de Lisbonne qu’il juge « anti-démocratique ». « J’ai commencé à lire le projet de traité en homme d’affaires avec un a-priori favorable, je l’ai fini en père de famille inquiet » raconte-t-il. Depuis, celui qui se dit fièrement "pro-européen" n'a cessé de batailler en faveur d'une "Europe des démocraties, de la responsabilité et de la transparence", trois qualités qui font grandement défaut au système actuel.

Après sa victoire contre le traité de Lisbonne, il était allé en famille se ressourcer en Vendée où Philippe de Villiers lui avait fait découvrir le Puy du Fou, l'oeuvre de sa vie. C'est sans doute ici, au milieu des 14000 spectateurs, devant la fresque historique reconstituée par les 500 figurants sur un scénario de Villiers lui-même et la fabuleuse musique de Glennie Smith, que les deux "entrepreneurs" ont réalisé qu'ils partageaient les mêmes valeurs. C'est peut-être ici, à l'instant où le mot "Liberté" s'inscrivait sur le château du Puy du Fou, qu'est vraiment né le projet d'un Libertas à l'échelle de l'Europe. Quelques mois plus tard, Ganley était reçu dans l'enthousiasme par quelques 700 militants du Mouvement pour la France, à Paris. Au balcon, des jeunes scandaient déjà « Libertas, Libertas ! ». « Est-ce-que c’est toujours une ambiance aussi fervente chez vous ? » nous demande-t-il, avant d'évoquer, encore supris, une sensation de temps suspendu lorsqu'il lança, devant le MPF : « la France est leur cœur battant de l’Europe » ! et de mimer avec gourmandise les mines les respirations figées qu'il avait perçu dans la salle.

Ganley a visé juste. En faisant partager son ambition d'être acteur de la "renaissance européenne" qu'il appelle de ses voeux, c'en était fini de la petite famille de pensée se vivant retranchée sur son patriotisme, son anti-européisme et ses valeurs chrétiennes, définitivement minoritaire face au politiquement correct. Après avoir loué successivement Jeanne d’Arc, de Gaulle et pourquoi pas Monnet, le sémillant Irlandais avait trouvé les mots simples que notre armée de souverainistes n’eût plus osé prononcer. Maintenant que "le traité de Lisbonne est mort" comme il l'avait répété en Français, devant le Président Sarkozy venu le rencontrer à Dublin en juillet, les partisans de l'autre Europe peuvent être à l'image du chef de file de Libertas : des Européens fiers et sans complexe, conscients qu'ils sont la voix de la majorité des peuples, et capables d'adapter leur discours et leur stratégie au service d'un seul objectif, qui peut paraître fou, mais qui est certainement le seul qu'il faille viser : l'alternance au Parlement européen en juin 2009.

Christophe Beaudouin
L'Observatoire de l'Europe


Mardi 18 Novembre 2008

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