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Les conclusions du G20 à l’épreuve des faits



Nicolas Sarkozy n’a pas été le dirigeant le moins enthousiaste pour vendre les résultats du sommet du G20, n’hésitant pas à parler de « nouveau monde » et de « changement considérable ». Une analyse détaillée des conclusions du sommet amène à modérer très fortement ce jugement.




Les conclusions du G20 à l’épreuve des faits
La force des symboles

Pour être honnête, tout n’est pas à rejeter dans la réunion de la semaine dernière. En effet, le périmètre de la réunion représente un immense progrès dans la coopération internationale. Le G20 remplace en effet avantageusement un G7 qui ignorait beaucoup trop les pays émergents. Il est bon que les affaires du monde impliquent la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie ou l’Afrique du Sud. La nouvelle géographie esquissée par ce sommet représente un vrai pas en avant qu’il convient de saluer avec enthousiasme.

Mais du coup, alors que ce sommet consacre un nouveau monde, multipolaire et moins centré sur les Etats-Unis, quel paradoxe de voir la France rejoindre pleinement une organisation du passé, l’OTAN, qui ne cherche qu’à pérenniser une hyper puissance Américaine datée ! En outre, on peut s’interroger sur le choix des villes où se réunit le G20 : Washington, Londres, demain New York, les trois villes qui représentent l’ordre néo-libéral. Comment ne pas y voir une admission de la soumission à cette idéologie ?

Une refondation ratée du capitalisme

Ce sommet n’est pas un nouveau Bretton Woods. Il se traduit essentiellement par une augmentation des moyens du FMI, la seule mesure un peu forte. Les moyens du Fonds vont donc tripler, de 250 à 750 milliards de dollars, pour venir à l’aide des pays en difficulté. Le problème est que le FMI a été un des principaux promoteurs des politiques de déréglementation qui ont abouti à la crise, comme le montre Joseph Stiglitz dans « La grande désillusion » et qu’il n’est pas une institution démocratique.

Mais outre le fait de renforcer l’organisme qui a toujours défendu la déréglementation la plus absurde, ce sommet refuse toute réflexion un peu plus globale sur les racines de la crise. Alors que le débat fait rage sur les questions monétaires et commerciales et que de plus en plus d’économistes réclament une refonte globale du système économique mondial, le G20 a totalement ignoré les questions monétaires et a refusé fermement toute remise en cause d’un libre-échange pourtant de plus en plus questionné.

Quelques mesurettes sur la finance

L’examen précis des mesures prises pour réguler la finance peut faire soit rire, soit pleurer. Après avoir dénoncé le danger de la titrisation, cette technique qui permet aux banques de revendre les créances qu’elles détiennent, créant opacité et irresponsabilité, le G20 a décidé de les contraindre à conserver une partie de leurs créances : 5% !!! Le ridicule de cette mesure n’a pourtant pas été relevé par la plupart des analystes… La réforme des normes prudentielles et des bonus promet…

Enfin, la « fin du secret bancaire » annoncée reste assez lointaine. Faire de la publication d’une nouvelle liste des paradis fiscaux un événement est assez révélateur vu qu’il en existait déjà une… Pire, son contenu est désespérément tiède : à peine trois pays en liste noire (Costa Rica, Malaisie, Philippines), la Suisse, le Luxembourg, le Liechtenstein ou Monaco en liste grise, Jersey en liste blanche… On imagine qu’ils tremblent déjà en attendant la liste des sanctions promises…
Bref, le G20 renforce l’ordre néo libéral plus qu’il le réforme, à quelques ajustement près, et qui ne vont pas forcément dans le bon sens (FMI). Cette crise n’a pas suffi à provoquer une véritable refondation du capitalisme. Il faudra malheureusement attendre la prochaine et se préparer.

Laurent Pinsolle
Son blog

Source : Le Monde samedi 4 avril

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