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L'impuissance face à la crise



À défaut de prendre des mesures concrètes susceptibles de remédier à la crise financière et bancaire actuelle, le mini-sommet européen de samedi dernier a eu le mérite de mettre un terme à la cacophonie qui s’était installée au sein des principaux partenaires économiques de l’Union. Pendant ce temps, les faillites continuent de se succéder à une cadence infernale, et la crise, qui était au départ financière, menace aujourd’hui d’atteindre l’économie réelle après avoir déstabilisé le système bancaire mondial.




L'impuissance face à la crise

Selon les grands médias français, le mini-sommet organisé à l’Elysée samedi 4 octobre a réussi à rétablir l’unité des « grands » de l’Europe (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie) concernant les réponses à apporter à la tempête financière et bancaire venue d’outre atlantique.

Pour Nicolas Sarkozy il s’agit d’une réussite. On le comprend. Pour rappel, Paris avait semé le trouble ces derniers jours en proposant un « plan Paulson à l’européenne », d’une ampleur allant de 300 à 350 milliards d’euros, destiné à sauver les banques européennes, finalement bien plus intoxiquées qu’on ne le pensait.

Le gouvernement Allemand – avec le soutien de la Banque Centrale Européenne (BCE) – avait aussitôt refusé cette solution.

Les Allemands, ayant rétabli l’équilibre de leurs comptes publics – contrairement à la France – craignent que la planche à billets ne soit nécessaire pour alimenter ce genre de fond. Depuis Maastricht déjà (1992), l’Allemagne a toujours refusé l’idée d’un pilotage commun de l’économie, privilégiant les « actions nationales » comme l’a récemment rappelé la chancelière Angela Merkel.

Jean-Claude Trichet, l’intransigeant président de la BCE, a indiqué que les institutions de l’UE n’étaient pas adaptées pour un tel plan de sauvetage calqué sur le plan américain. Selon lui, cela « ne correspond pas à la structure politique de l’Europe », car en effet l’Union ne dispose pas d’un « budget fédéral ».

Conscient du danger que pourrait semer ce vent de discorde, Nicolas Sarkozy a multiplié les démentis, martelant qu’il n’avait « jamais » eu l’intention de créer un fond de garantie alimenté par les 27 états-membres de l’UE.

L’apparence de l’unité désormais restaurée après ce « G4 européen » à l’Elysée, les mesures concrètes seront renvoyées au Conseil européen du 15-16 octobre. Car, à l’exception d’avoir fait accepter l’idée d’un « assouplissement » du pacte de stabilité et de croissance européen pour cause de « circonstances exceptionnelles », aucune décision concrète n’a été prise durant cette réunion.

Pourtant il serait temps. L’économie mondiale, et européenne, semble s’enfoncer jour après jour dans une crise que les dirigeants semblent incapables à endiguer.

Depuis l’éclatement de la crise des subprimes et de la bulle spéculative immobilière aux USA à l’été 2007, les prodromes ne manquaient pas. Cependant, à l’instar du nuage de Tchernobyl qui devait « contourner » les frontières de la France, la tourmente était censée « épargner » l’Europe.

Au lieu de cela, le sauvetage in extremis de Fortis et Dexia – recapitalisées à temps par les pouvoirs publics sous l’égide de la BCE – a montré à quel point les établissements de crédit européens étaient aussi touchés. Evitée la panique bancaire en Belgique. Ecarté le naufrage du système bancaire européen. Oui, mais Cui Bono ?

Après l’euphorie libérale du « tout marché » voilà que la régulation est de nouveau au goût du jour. Néanmoins, s’effarant des dérives du capitalisme financier, les dirigeants – et à fortiori Nicolas Sarkozy qui s’est retrouvé en première ligne après ses déclarations iconoclastes à l’ONU – ne font que mettre des rustines sur un système qui court droit à sa perte, comme en 1929.

Il semblerait que les mots de Roosevelt pendant la Grande dépression soient toujours d’actualité : « Nous avons des banques en mauvais état. Certains banquiers se sont montrés soit incompétents soit malhonnêtes, ont utilisé les fonds qui leur avaient été confiés pour spéculer et faire des prêts déraisonnables ».

La crise s’installe donc, et le contribuable paye toujours les pots cassés pour « la folie de Wall Street » et ses avatars européens. La paralysie du marché promet de se diffuser dans l’économie réelle. Aux Etats-Unis, après des décennies de laissé faire en matière de crédit, le contre coup de la crise va provoquer un credit crunch (pénurie de crédit).

Selon Jean-Claude Trichet, après avoir longtemps « sous-estimés les risques », les marchés les « surestiment » aujourd’hui. L’on voit désormais des subprimes partout.
De ce fait, la croissance, souvent entretenue artificiellement par le recours au crédit et à l’emprunt, va se retrouver en berne face à un réajustement brutal.
Les résultats néfastes de la crise sur l’économie réelle ne devant pas se faire attendre.

Sans crédit pas de consommation ou d’investissement, les ventes chutent, les entreprises réduisent leurs coûts de production et les ajustements se font par le facteur travail, d’où une progression du chômage. Les faillites et fusions de banques ont déjà coûté des dizaines de milliers d'emplois. La spirale infernale ne fait que débuter.

La promulgation par le président Bush vendredi dernier du plan Paulson, suite à son adoption par la Chambre des Représentants le même jour – après l’accord deux jours auparavant du Sénat américain, devrait rétablir la confiance. Mais selon les experts, les effets de ce plan ne se feront sentir que dans 2 ou 3 ans.

C'est définitif, l’ombre d’un scénario identique à celui de 1929 s’est bel et bien profilé aux USA, et si celui-ci a été évité, les USA n’échapperont pas à une sévère récession avec un système bancaire en « déconfiture » pendant 10 ans.
Selon M. Trichet, les événements actuels « sont probablement les plus graves depuis la seconde guerre mondiale ».

Tous les indicateurs sont dans le rouge. L’INSEE prévoit en France un recul de la croissance de 0,1% au 3e et au 4e trimestre. Les chiffres du chômage progressent partout. Aux USA il y a eu 160 000 nouveaux demandeurs d’emploi en septembre, un record depuis 2003, ramenant le taux de chômage national de 6,1%.

L’euro quant à lui, qui avait atteint un record historique le 15 juillet où un euro s’échangeait contre 1,46 dollars, s’est retrouvé jeudi dernier à son plus bas niveau depuis le 7 septembre 2007 à 1,37 dollars. La dépréciation de la monnaie unique, longtemps souhaitée afin de rétablir l’équilibre des balances commerciales déficitaires au sein de la zone euro, inquiète alors.

Le Dow Jones a perdu 21% et le Nasdaq 25% depuis le début de l’année. Les chiffres ne sont guère mieux en Europe et en Russie, dans les pays émergents d’Asie et d’Amérique du Sud, ainsi qu’en Israël.
Censés rehausser le moral des ménages, les pressions inflationnistes qui s’atténuent, et les prix des matières premières qui plongent aussi vite que la situation économique se dégrade, sont en fait des signes avant-coureurs de la récession.

Pour ce qui est de l’UE, le seul organe de régulation demeure la BCE. Après un changement de discours spectaculaire ces derniers jours, M. Trichet en est revenu à son habituelle orthodoxie monétaire en expliquant que l’option d’une baisse des taux avait été envisagée.
Les « gardiens » ont donc choisi « à l’unanimité » de conserver le principal taux directeur à 4,25%.

M. Trichet a expliqué que les risques inflationnistes avaient « diminué », mais « pas disparu ». Il a motivé sa décision par la persistance du risque de spirale inflationniste prix/salaires.
L’inflation en zone euro, revenue à 3,6% après un pic à 4% en juillet, reste raisonnable en comparaison de ses scores à deux chiffres dans les années 1980.
Quant au prix du baril de pétrole, il est passé de près de 150 dollars à moins de 100 dollars en quelques semaines.

Alors, pourquoi attendre à l’aune de l’urgence de la situation ? Il semblerait, malgré «l’assouplissement» du pacte de stabilité décidé lors du G4 du 4 octobre à l’Elysée, que M. Trichet en soit resté à des problèmes qui menaçaient l’Europe et la France il y a 30 ans.

Quand l’idéologie monétariste et l’orthodoxie dogmatique prennent le pas sur la realpolitik économique il ne faut plus s’étonner de rien.

Guillaume Borrione
pour Guysen International News

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