L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

Fondé en 2005 - Plus de 2 400 articles en accès libre

S'abonner
Rss
Twitter
Facebook




mon Email :






Recherche par mots-clés


L’Europe de Maastricht et Lisbonne à bout de souffle




Depuis quelques semaines, l’Europe est sous le feu de la rampe, mais rarement de manière très positive. Refus de Barack Obama de participer à un sommet européen, crise économique et financière. Le vieux Continent va mal. La faute à une construction européenne mal conçue.




L’Europe de Maastricht et Lisbonne à bout de souffle

L’euro, une catastrophe économique

Au début des années 90, on nous avait vendu la monnaie unique comme un moyen pour les européens de retrouver une forme de souveraineté monétaire face au dollar, d’avoir une croissance plus forte. Les dix dernières années montrent bien que l’euro est un très lourd boulet accroché aux pieds des économies européennes. Car l’euro est extrêmement surévalué, d’encore 25% aujourd’hui puisque les économistes estiment qu’il devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollars. La baisse récente est insuffisante.

La meilleure preuve est la comparaison des performances économiques de la zone euro et des Etats-Unis depuis deux ans. Alors que les Etats-Unis sortent de la récession vivement avec une croissance du PIB de plus de 5% en rythme annuel au 4ème trimestre, la zone euro atteint péniblement… 0,4% le même trimestre, le tout sachant que la récession a été plus violente de notre côté de l’Atlantique, où le PIB a baissé globalement de 4% en 2009, contre 2.5% aux Etats-Unis.

Il y a un immense paradoxe économique à ce que la récession soit moins violente outre-Atlantique alors que la crise financière y a été beaucoup plus dure, que le désendettement des ménages est plus violent et que des millions d’étasuniens ont été privé de logement et d’emploi. Comme le souligne Paul Krugman, la raison est simple : la sous-évaluation du dollar a donné une bouffée d’oxygène aux industriels, alors que l’Europe traîne la surévaluation de l’euro comme un boulet attaché au cou de ses industriels.

Pire, les crises irlandaises, espagnoles ou grecques montrent que la bonne croissance de ces pays pendant les années 2000 ne reposait que sur une bulle qu’ils paient bien cher aujourd’hui puisque le PIB de l’Irlande a baissé de 10% en deux ans, que le chômage atteint 20% en Espagne et que la Grèce est aujourd’hui soumise à un plan d’austérité draconien. Bref, au final, personne n’a vraiment profité de l’euro et chaque jour qui passe le démontre de manière de plus en plus clair.

Des institutions européennes ubuesques

Mais l’échec économique européen est complété par un échec institutionnel patent. Là encore, on nous avait vendu le Traité Constitutionnel Européen, puis le traité de Lisbonne, comme des moyens pour l’Europe de fonctionner de manière plus efficace. Las, même Daniel Cohn-Bendit finit par dénoncer le fonctionnement de l’Union Européenne avec des accents gaulliens, comme le note malicieusement Slovar.

Plus globalement, l’organisation de l’Europe est encore plus compliquée qu’avant puisqu’il y a désormais trois présidents : le président de la Commission Européenne, le président de la présidence tournante (l’Espagne en ce moment) et le nouveau poste de président de l’Europe, le belge Van Rompuy, Cette architecture compliquée est l’occasion de conflits dérisoires sur le lieu des sommets José-Luis Zapatero le voulant en Espagne alors que la présidence européenne préfère Bruxelles.

Sans doute lassé par cette organisation, Barack Obama a donc renoncé au sommet prévu au printemps, dans un geste assez humiliant pour l’Europe. Bref, l’Union Européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui handicape les pays européens, tant économiquement que diplomatiquement. Loin d’être le moyen de renforcer l’Europe, les évènements actuels montrent qu’elle nous affaiblit, comme le souligne justement Jean-Pierre Chevènement dans une interview à  la Tribune.

Le seul point positif de la situation est le fait que cela devrait théoriquement favoriser une prise de conscience des limites de la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Comme le souligne Edgar, cela pourrait provoquer un débat nécessaire sur la vocation ou non de cette Union à évoluer vers un modèle fédéral, ce qui permettrait enfin de trancher par la négative étant donnés les résultats actuels. Comme quoi, cette crise pourrait avoir des conséquences positives.

2010 sera peut-être le début de la fin pour cette Union Européenne d’inspiration fédéraliste et néolibérale. Son échec patent sur tous les fronts pourrait bien encourager les peuples à soutenir les partisans d’une autre Europe, plus respectueuse des peuples.

Laurent Pisolle

Son blog


Notez
Lu 4834 fois


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vos commentaires sont les bienvenus, pour peu qu'ils respectent la liberté d'opinion, la courtoisie la plus élémentaire et...la langue française. Ils sont modérés et ne doivent évidemment comporter aucun propos grossier, insultant, raciste ou diffamatoire.

Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5

A la Une | On avait pourtant dit Non | Analyse | Tribune | Document | En bref | Référendum 2005 | Souvenons-nous