L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Faut-il craindre le nationalisme européen ?



Une question qui en amène une seconde : le centrisme serait-il un extrémisme comme les autres ? Des questions pas si incongrues. Et la personnalité qui nous conduit à les poser est loin d'être une "marginale" de la politique. Dans un discours prononcé à Berlin, l'eurodéputée Modem Sylvie Goulard propose à l'Allemagne rien de moins que de "prendre la tête" de la "création d'une entité européenne unie", qu'il faut, dit-elle, penser de manière "globale et centralisée". Ancienne patronne du puissant "Mouvement européen - France"*, cette ancienne conseillère de Romano Prodi (alors Président de la Commission européenne), diplômée de Sciences Po et de l'Ena, est députée européenne du Sud-ouest et Professeur au prestigieux Collège de Bruges (qui forme les eurocrates)**. Madame Goulard et son parti militent donc honnêtement et ouvertement pour la reconstitution d'une sorte d'"empire" multinational européen, pour reprendre le terme de José-Manuel Barroso***. "Un empire non impérial" avait-il précisé, pour ne point effrayer ceux qui ont fait un peu d'Histoire en classe, puisque cette fois, l'empire européen serait "démocratique" et associerait les peuples (comme après les référendums en France, aux Pays-Bas et en Irlande ?). Sans évidemment employer le mot, ce genre de plaidoyer aux accents euronationalistes glace quand même le dos. A commencer par celui d'un observateur aussi averti que notre ami Edgar.




Faut-il craindre le nationalisme européen ?

L'eurodéputée Sylvie Goulard vend l'Europe à l'Allemagne

Cette députée européenne, fédéraliste fervente, a prononcé le 8 février dernier un discours à l'Université de Humboldt (Berlin). Elle y vend le projet européen à l'Allemagne. Dans les deux sens : elle leur fait l'article pour leur faire miroiter les avantages de la construction européenne qui nous rend chaque jour plus forts mais aussi elle leur offre les clés de l'Union européenne, le pilotage de l'ensemble. Après tout, les partisans de l'Union ont renoncé à la démocratie, pourquoi pas en plus confier les clés du fourgon cellulaire à l'Allemagne - je serais Allemand, je ne serais pas forcément flatté...
Face donc à une certaine réticence allemande devant l'actuelle intensification du projet européen, elle leur propose un deal : acceptez un renforcement de l'intégration (et de vos responsabilités européennes) et vous aurez la première place au sein du nouvel ensemble.  
 
Extraits de ces arguments :
 
La pilule à avaler :
Dominique Strauss-Kahn a déjà souligné – en tant que Directeur Général du FMI -, que l’UE avait besoin d’un agenda piloté de manière centrale, avec des politiques communes et un budget digne de ce nom. Aussi provocateur que cela puisse paraître en Allemagne, il a raison. 
...
Un peu de flatterie : 
En tant qu’Etat membre le plus riche et le plus puissant de l’UE, l’Allemagne peut assez aisément imposer ses vues au Conseil européen et au Conseil des Ministres, au besoin contre la volonté des autres.
...
La carotte : 
Le « long chemin de l’Allemagne vers l’Occident » (Winkler) ne doit pas s‘arrêter à Karlsruhe. Il peut mener l’Allemagne à prendre la tête d’un processus de création d’une entité européenne unie.
...
Nous devons admettre une faute commise ces dernières années. Sans doute n’est-ce pas un hasard si l’Allemagne se détourne de la méthode communautaire quand la Commission, avec ses 27 Commissaires, dont un grand nombre venant de pays plus petits que certains Bundesländer, a changé de nature. A l’avenir, nous devrions cesser de pratiquer le « politiquement correct » et réformer les institutions pour redonner à chacun le poids qui lui revient.
 
Pour quelle finalité ?
L'objectif de  Sylvie Goulard est qu'entre France et Allemagne chacun appporte à l'autre, via l'Europe, ses qualités : "les Allemands pourraient peut-être aussi admettre, au contact des Français, la nécessité de penser parfois de manière plus globale et centralisée."
 

Je crois que cette dernière phrase est sans doute la plus extraordinaire.  Au fond, ce que Goulard propose à l'Allemagne c'est de prendre la tête d'une Europe impériale. Elle veut créer un pouvoir centralisé à vocation globale. Elle croit se référer à Monnet et Schuman, elle est quasiment napoléonienne dans son expression.

Voilà une personnalité qui se moque de l'expression du suffrage, préoccupée qu'elle est de construire un pouvoir global et centralisé.

N'est-ce pas de ce nationalisme européen que nous devrions avoir peur ?



Edgar

La lettre volée





* Le Mouvement européen fut créé et financé par la CIA pendant la guerre froide (lire l'article de Rémi Kauffer), aujourd'hui par des subventions du contribuable européen.



** source : wikipédia



*** Conférence de presse du Président Barroso, le 10 juillet 2007 à Strasbourg



*


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1.Posté par Maximilien le 10/05/2011 15:22 | Alerter
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argumentaire et conclusion bidons
qui méconnait totalement le fonctionnement de l'Union
il suffit de regarder la répartition par pays dans les différentes institutions de l'Union
il est impossible qu'un pays prenne la tête a lui tout seul.

2.Posté par Olivier le 14/05/2011 14:40 | Alerter
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Je ne suis pas un européiste, mais si j'en étais un, j'aurais proposé cette solution depuis un bail. L'Europe s'est construite dans le passé par l'hégémonie d'un pays sur un autre, les européistes des années 40 firent de même avec l'Allemagne. Mais venant d'une centriste, c'est un constat d'échec pour le système démocratique. Elle est assez lucide.

3.Posté par casquette burberry le 28/07/2011 05:58 | Alerter
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En tant qu’Etat membre le plus riche et le plus puissant de l’UE, l’Allemagne peut assez aisément imposer ses vues au Conseil européen et au Conseil des Ministres, au besoin contre la volonté des autres.

4.Posté par RBMarine le 25/07/2013 21:09 | Alerter
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Non mais l'Europe doit être unis avec des nations souveraines
http://fn-alsace.miniville.fr .

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