L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
Libre forum des universitaires, journalistes, hauts fonctionnaires et citoyens pour l'Europe
Mardi 22 Janvier 2019

Contre une globalisation mortifère : les principes d'un juste échange


Avec 20 millions de chômeurs, 80 millions de pauvres, l’explosion du travail précaire, la stagnation des salaires et du pouvoir d’achat, l’apparition de travailleurs pauvres, l’effondrement des classes moyennes, le creusement des inégalités de revenus, les objectifs de plein emploi et d’amélioration du niveau de vie des européens ne sont pas atteints. Le "juste échange" auquel ce manifeste appelle serait fondé sur trois principes : la réciprocité pour éviter les concurrences asymétriques, l’équilibre structurel des échanges commerciaux, l’équité sociale, environnementale et sanitaire.


© Viktor Stoilov
© Viktor Stoilov

Manifeste européen pour un juste échange

Avec 20 millions de chômeurs, 80 millions de pauvres, l’explosion du travail précaire, la stagnation  des  salaires  et  du  pouvoir  d’achat,  l’apparition  de  travailleurs pauvres, l’effondrement des classes moyennes, le creusement des inégalités de revenus, les objectifs de plein emploi et d’amélioration du niveau de vie des européens ne sont pas atteints. Cette situation menace la cohésion sociale et la paix sociale au sein de l’Union.
 
Avec les surendettements publics (environ 10.000 milliards d’euros), financés aux 2/3 par des non-résidents, les déficits extérieurs de la majorité des pays de l’Union et les réserves de change colossales accumulées par certains pays émergents comme la Chine (plus de 3.000 milliards de dollars), l’objectif de croissance économique équilibrée de l’Union Européenne  n’est  pas  atteint.  Cette  situation  menace  la  cohésion  économique  et territoriale de l’Union et son indépendance économique vis-à-vis des pays tiers.
 
De tous ces maux, le chômage est le plus intolérable. Atteinte majeure à la dignité, à l’égalité  des  chances  et  à  la  liberté,  le  chômage  est  la  première  cause  d’exclusion sociale, de pauvreté,de précarité et de désespérance, en particulier pour les plus jeunes et les chômeurs de longue durée. Le premier devoir économique et social des pouvoirs publics est de créer les conditions du plein emploi et de l’amélioration du niveau de vie de tous les citoyens.
 
De tous ces maux, l’énorme accumulation de réserves de change par la Chine, au détriment de sa demande intérieure, est le plus dangereux. En effet elle entraîne des risques de tensions et de conflits internationaux majeurs car elle offre à la Chine la capacité de contrôler,dans le monde entier:
-des ressources énergétiques et minières et des terres agricoles dont son territoire ne dispose pas en quantités suffisantes et qui seront nécessaires à son développement futur
-le capital d’entreprises occidentales susceptibles de lui apporter rapidement des marques, des réseaux de vente et d’après-vente et des technologies complémentaires
-des réseaux logistiques nécessaires à ses besoins d’importation et à sa capacité d’exportation (voir les Nouvelles Routes de la Soie).
 
Les dirigeants européens ont essayé de limiter ces maux et de maintenir la paix sociale par un recours massif aux déficits et aux surendettements publics mais la dégradation des finances publiques qui en est résultée compromet le maintien des systèmes de protection sociale des Etats membres,leurs politiques en matière d’éducation, de santé ou de logement et leurs objectifs en matière de développement durable et de protection de l’environnement.
 
A court terme,les mesures de discipline budgétaire prises par les Etats surendettés ont aggravé les problèmes sociaux, sans parvenir à améliorer leur situation financière.
 
Cette concurrence mondiale asymétrique, déséquilibrée et aggravée par le protectionnisme monétaire chinois, fragilise les progrès sociaux, environnementaux et sanitaires des pays développés
 
LA CONCURRENCE ENTRE LES ENTREPRISES DES PAYS DEVELOPPES ET LES ENTREPRISES DE CERTAINS PAYS EMERGENTS EST LA CAUSE PRINCIPALE DE CETTE SITUATION.
 
En effet cette concurrence mondialisée est asymétrique,déséquilibrée,renforcée par le protectionnisme monétaire de la Chine et inéquitable,freinant ou remettant en cause les progrès sociaux,environnementaux et sanitaires des pays développés.
 
CONCURRENCE ASYMETRIQUE.
 
De nombreux pays émergents imposent des restrictions à leurs importations (sous forme de  parts  locales,compensations,apports  de  technologies,  obligations  de  production locale, fermeture des marchés publics) ou des restrictions aux  investissements étrangers (autorisation  d’investissement,  obligation  d’association  avec  un  partenaire  local  et limitation du pourcentage de participation).
 
CONCURRENCE DESEQUILIBREE ET RENFORCEE PAR LE PROTECTIONNISME MONETAIRE DE LA CHINE.
 
Les pertes d’emplois occasionnés par cette concurrence mondialisée auraient pu être compensées partiellement si les échanges de l’Union Européenne avec les pays émergents avaient été équilibrés : malheureusement ils sont très déséquilibrés avec certains pays,notamment la Chine, qui ont fondé leur croissance sur leurs exportations au détriment de leur demande intérieure et du pouvoir d’achat de leurs concitoyens, et qui ont préféré accumuler des réserves de change colossales en vue de leur développement futur.

La non-convertibilité du yuan et la fixation arbitraire de sa valeur par les dirigeants chinois aggravent la situation : la sous-évaluation du yuan constitue un protectionnisme   de fait puisqu’elle revient à taxer les importations et à subventionner les exportations. Résultat : tous les pays européens sont en déficit avec la Chine.

Cette stratégie permet à la Chine d’accumuler des réserves de change colossales (plus de 3.000 milliards de dollars).Comme nous l’avons souligné plus haut (situation économique et sociale de l’Union Européenne),cette accumulation poursuit plusieurs objectifs stratégiques.Mais ces objectifs,parfaitement compréhensibles du point de vue chinois,entrent en contradiction avec les intérêts fondamentaux des peuples européens car ils font peser de lourdes menaces sur l’indépendance économique de l’Union Européenne et sont porteurs de risques majeurs de tensions et de conflits mondiaux.

Face à cette stratégie, l’Europe doit prendre toutes les initiatives et toutes les mesures nécessaires, dans le domaine commercial et dans le domaine monétaire, pour que les échanges commerciaux avec la Chine et les autres pays émergents soient structurellement équilibrés.
 
CONCURRENCE INEQUITABLE.
 
Des  normes  sociales(salaires,protection  sociale,droit  du  travail),environnementales  et sanitaires radicalement différentes:
-entraînent des coûts du travail de 8 à 20 fois inférieurs dans certains pays émergents (avec une productivité industrielle équivalente),d’où des délocalisations,des fermetures  d’usines,une  désindustrialisation  massive  et  des  pertes  d’emploi  massives dans l’Union Européenne.
-freinent,voire remettent en cause,les progrès sociaux,environnementaux et sanitaires des pays développés,compte tenu de la pression de la concurrence mondiale.
 
En effet,comme l’écrit Jean Tirole,prix Nobel d’Economie,«La globalisation met en concurrence, dans les secteurs non protégés (ceux soumis à la concurrence internationale),les salariés des pays à bas salaires et ceux des pays développés,offrant une chance aux premiers de sortir de la pauvreté,mais exerçant une pression à la baisse sur les salaires des seconds».
 
Il faut ajouter que cette « pression à la baisse »:
-touche également les salaires dans les secteurs protégés par effet d’entraînement
-s’exerce aussi sur la protection sociale(assurance maladie, retraites,politique familiale,etc..) et sur les biens publics essentiels(sécurité intérieure et extérieure,éducation,santé, infrastructures, environnement,etc..) des pays développés,puisque leur financement dépend,en grande partie,du niveau des salaires.
-est renforcée par la mondialisation qui a entraîné,compte tenu de ses règles actuelles,un chômage de masse dans la plupart des pays développés,et notamment en France,chômage qui touche notamment les personnes les moins qualifiées et pénalise à la fois le pouvoir d’achat et les dépenses publiques.
-est renforcée,à l’intérieur même de l’Union, par la concurrence des travailleurs détachés,des travailleurs clandestins et des travailleurs au noir et par l'ubérisation de certains services » .
 
PREMIERE PROPOSITION: FONDER LES ECHANGES COMMERCIAUX INTERNATIONAUX SUR TROIS PRINCIPES

Le juste échange sera fondé sur trois principes:
-le principe de réciprocité permettra de lutter contre les conséquences économiques et sociales de concurrences asymétriques
-le principe d’équilibre structurel des échanges commerciaux permettra de lutter contre les conséquences économiques et sociales de concurrences déséquilibrées et du protectionnisme monétaire
-le principe d’équité sociale,environnementale et sanitaire et de progrès dans ces trois domaines permettra de lutter contre les conséquences économiques et sociales de concurrences inéquitables.
 
PRINCIPE DE RECIPROCITE.
 
Tout pays est en droit de restreindre l’accès à son marché à un autre pays qui restreindrait l’accès à son propre marché (restrictions aux échanges commerciaux ou aux investissements étrangers).
 
PRINCIPE D’EQUILIBRE STRUCTUREL DES ECHANGES COMMERCIAUX ET DE REGULATION MONETAIRE INTERNATIONALE.
 
L’absence d’un Système Monétaire International, définissant un étalon monétaire et régulant les valeurs relatives des différentes monnaies par rapport à cet étalon, impose le principe d’équilibre structurel des échanges commerciaux .
 
PRINCIPE D’EQUITE SOCIALE,ENVIRONNEMENTALE ET SANITAIRE ET DE PROGRES DANS CES TROIS DOMAINES.
 
La politique commerciale de l’Union Européenne devra tenir compte des différences radicales de ses normes sociales,environnementales et sanitaires avec celles des pays émergents pour ne pas entraver les progrès de l’Union dans ces trois domaines.

DEUXIEME PROPOSITION:  INSTAURER UNE NOUVELLE POLITIQUE COMMERCIALE DE L’UNION EUROPEENNE RESPECTANT LES TROIS PRINCIPES ENONCES CI-DESSUS
 
La nouvelle politique commerciale commune consistera à taxer ou à contingenter les importations dans l’Union Européenne ou à imposer une obligation de fabrication dans l’Union Européenne de certains produits ou services provenant de pays: qui pratiquent des restrictions à l’importation ou aux investissements étrangers dont les Balances de paiements courants avec l’Union sont structurellement excédentaires ou qui pratiquent un protectionnisme monétaire et qui ne respectent pas :
-les normes sociales fixées par l’ONU et par l’OIT
-et des normes sociales,environnementales, sanitaires et juridiques comparables à celles de l’Union.
 
Cette proposition restera en vigueur aussi longtemps que les conditions ci-dessus subsisteront et qu’un nouveau Système Monétaire International ne sera pas mis en œuvre,mettant un terme à l’arbitraire chinois en matière monétaire et à l’hégémonie du dollar.
 
Les normes sociales auxquelles il sera fait référence sont la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (articles 23 à 26) et le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels (articles 2 à 15) de l’ONU et les 8 Conventions Fondamentales de l’OIT.
 
Ces normes concernent notamment la liberté syndicale, la limitation de la durée du travail, les congés périodiques, les assurances sociales, l’éducation obligatoire et gratuite, le travail forcé, l’âge minimum d’admission à l’emploi, le travail des enfants.
 
Cette  proposition  rejoint  celle  de  Maurice  Allais,prix  Nobel  d’Economie,pour  un « protectionnisme raisonnable et raisonné ».
 
Rappelons aux européens qui refuseraient un tel protectionnisme que la Chine est bel et bien,et de très loin,le pays le plus protectionniste du monde. et que d’autres grands pays,dont les Etats-Unis, ne s’interdisent pas d’appliquer des mesures protectionnistes.
 
La reconstruction de l’Europe au lendemain de la 2ème guerre mondiale démontre qu’il est possible de contribuer au développement des pays émergents sans nuire à l’emploi des pays développés. Dans le cadre du Plan Marshall, les américains avaient transféré aux pays européens des capitaux et des technologies pour leur permettre de se reconstruire et de se hisser, en quelques années, à un haut niveau de développement. Mais ils avaient maintenu des barrières douanières pour ne pas ouvrir leur pays à une concurrence inéquitable (tout en y trouvant l’opportunité de favoriser leur croissance et leur emploi et de conquérir des positions durables dans l’économie européenne).

Gilbert Ribes

Notez
Lu 501 fois


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vos commentaires sont les bienvenus, pour peu qu'ils respectent la liberté d'opinion, la courtoisie la plus élémentaire et...la langue française. Ils sont modérés et ne doivent évidemment comporter aucun propos grossier, insultant, raciste ou diffamatoire.

Dans la même rubrique :

L'étroit destin - 05/04/2016

Le grand malentendu - 23/01/2017

1 2 3 4 5 » ... 6

A la Une | Analyse | Tribune | Document | Campus