L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
Dimanche 14 Mars 2010
Actualité

Bruxelles embarrassée par une nouvelle affaire de corruption


La Commission européenne a ouvert depuis le mois de juin un registre d'inscription volontaire pour "les représentants d'intérêts" afin de contrôler leurs agissements et tenter de mieux réglementer les contacts souvent flous entre fonctionnaires européens et intérêts privés.



Bruxelles embarrassée par une nouvelle affaire de corruption
(AFP)

La Commission européenne est confrontée à des allégations très embarrassantes de corruption visant l'un de ses hauts fonctionnaires, qui aurait donné des informations confidentielles en échange de promesses d'avantages financiers.

Le journal britannique Sunday Times a affirmé dimanche détenir un enregistrement compromettant d'un fonctionnaire de la Commission européenne, travaillant à un poste de haut rang dans les services du commissaire européen au Commerce, le Britannique Peter Mandelson. Il aurait révélé des informations sensibles à des journalistes se faisant passer pour des lobbyistes représentant un homme d'affaires chinois.

L'homme aurait notamment divulgué des éléments sur des décisions que M. Mandelson s'apprête à prendre en matière de politique antidumping envers la Chine. Il leur aurait aussi donné le nom de sociétés chinoises qui devraient être autorisées à payer des taxes antidumping moins élevées dans le cadre d'enquêtes en cours. En échange, les lobbyistes lui auraient proposé de l'argent, 600.000 euros pour un contrat d'un an.

Selon le journal, le fonctionnaire aurait envisagé la possibilité de recevoir de l'argent, suggérant même qu'il lui soit versé sur un compte bloqué auquel il n'aurait accès qu'une fois à la retraite, mais il n'aurait jamais vraiment accepté ces paiements, se contentant de dire: "Nous en parlerons quand vous aurez des résultats".

La Commission a annoncé avoir ouvert une enquête administrative interne, qui "sera menée aussi promptement que possible", a dit son porte-parole lundi. Elle sera aussi complétée par une enquête préliminaire distincte annoncée lundi par l'Office européen antifraude (Olaf).

Le fonctionnaire impliqué, qui a un temps joué un rôle-clé dans la politique anti-dumping de l'UE, est en congés, a précisé la Commission. Selon une source européenne, l'homme s'est absenté juste après la révélation des accusations. Cette affaire est potentiellement d'autant plus embarrassante pour la Commission européenne qu'elle intervient alors que l'UE vient de lancer une initiative pour tenter de mieux contrôler l'activité des innombrables groupes de pression à Bruxelles, dans un souci de transparence.

La Commission européenne a ouvert depuis le mois de juin un registre d'inscription volontaire pour "les représentants d'intérêts" afin de contrôler leurs agissements et tenter de mieux réglementer les contacts souvent flous entre fonctionnaires européens et intérêts privés.

Cependant, seulement "un peu plus de 300" entreprises et associations se sont inscrites sur ce registre depuis cette date, a indiqué lundi la Commission, qui juge ce chiffre "décevant". C'est peu au regard des quelque 15.000 lobbyistes qui bourdonneraient autour des institutions de l'UE.
Pour l'association Alter-EU, qui milite pour une plus grande transparence des relations des institutions européennes avec les groupes d'intérêt, l'affaire n'est qu'une illustration supplémentaire des insuffisances du système. "Nous avons besoin d'un système obligatoire, pour être sûrs" que les contacts entre les responsables européens et les lobbyistes restent "propres", a indiqué à l'AFP Jorgo Riss, un de ses responsables.

"Plus généralement, nous sommes préoccupés par ce que nous considérons comme une corruption systématique du processus de décision européen", a-t-il dit, mettant en cause "les contacts très proches entre des lobbyistes et des responsables européens".
Autre problème: le nombre croissant de fonctionnaires de l'UE qui, après leur carrière européenne, partent travailler pour des entreprises liées à leur domaine d'activité, ou des groupes de pression. Un "pantouflage" qui "pose des questions", selon Alter-EU.

Mardi 9 Septembre 2008

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