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Jean Delaunay

Quels sont les enjeux économiques du second tour des élections présidentielles en France ?

Les analystes s’accordent à dire que les risques budgétaires pour la France augmenteraient si le Rassemblement national de Marine Le Pen obtenait la majorité absolue, même si les derniers sondages suggèrent que ce résultat est peu probable.

Les Français se rendent dimanche aux urnes pour le second tour décisif des élections législatives. Ce scrutin déterminera la composition de l’Assemblée nationale, où 577 sièges sont à pourvoir, dont 289 pour obtenir la majorité absolue.

Alors que les électeurs se préparent à voter, les enjeux sont élevés quant à l’orientation future du paysage législatif et économique de la France.

Derniers sondages : l’extrême droite ne devrait pas obtenir la majorité absolue

Dans une manœuvre tactique visant à empêcher la division des votes au détriment de l’extrême droite, l’alliance centriste de Macron et le Nouveau Front populaire de gauche ont retiré plus de 200 candidats des scrutins de second tour cette semaine, créant ce qu’on appelle en France le front républicain.

Les projections basées sur cinq sondages récents indiquent que le Rassemblement national (RN) d’extrême droite et ses alliés devraient obtenir entre 190 et 250 sièges. Cela ne suffirait toutefois pas à atteindre le seuil de 289 sièges nécessaire pour faire passer les lois sans problème.

Dans une interview à la chaîne de télévision française CNews, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a mis en garde contre le risque d’impasse politique : « Si personne n’obtient la majorité absolue, et nous sommes les seuls à le pouvoir, aucun projet de loi ne sera voté. »

Le Nouveau Front populaire de gauche devrait remporter entre 140 et 200 sièges, tandis que le groupe centriste de Macron devrait obtenir entre 95 et 162 sièges.

Les résultats du second tour des élections auront une grande influence sur les politiques économiques et les perspectives du marché français, comme le suggèrent les analystes et les économistes.

Parlement sans majorité absolue ou majorité absolue du RN : quelles conséquences pour l’économie française ?

« L’absence de majorité absolue pourrait considérablement limiter la mise en œuvre par le parti de son programme politique radical. Cela devrait éviter une crise budgétaire de type Liz Truss/Royaume-Uni », ont écrit Bill Diviney, économiste principal d’ABN Amro, et Sonia Renoult, stratège en matière de taux.

Même si le RN obtient la majorité absolue, ABN Amro estime que la dynamique du marché et la réglementation européenne permettraient d’éviter le pire. Ils reconnaissent toutefois que les dérapages budgétaires seront plus importants que ceux de l’administration actuelle.

Après le premier tour, l’écart franco-allemand à 10 ans s’est réduit d’environ 5 points de base à 75 points de base, mais ABN Amro s’attend à ce qu’il s’élargisse à nouveau au cours des prochains trimestres.

Selon Alexandre Stott, stratège de marché chez Goldman Sachs, l’objectif immédiat de tout gouvernement nouvellement formé sera le budget 2024.

Le gouvernement sortant avait pour objectif de réduire le déficit à 5,1 % du PIB contre 5,5 % en 2023, avec une réduction des dépenses de 0,3 % du PIB annoncée en février.

Un parlement sans majorité absolue pourrait entraîner un léger dérapage budgétaire par rapport à ces prévisions. En revanche, un gouvernement majoritairement RN devrait rapidement mettre en œuvre une proposition de réduction de la TVA sur l’énergie, qui coûterait environ 0,4 % du PIB par an sans mesures de compensation des recettes, ce qui entraînerait une pression accrue sur les finances publiques.

« Une majorité absolue à l’Assemblée nationale donnerait au RN le pouvoir discrétionnaire de mettre en œuvre certaines des propositions coûteuses de son programme, comme la révocation de la réforme des retraites de 2023 », écrit Stott.

Goldman Sachs estime que la dette publique de la France pourrait dépasser 115% du PIB d’ici 2026, sous une majorité absolue d’extrême droite.

Selon Stott, il existe une incertitude importante autour de la politique budgétaire en 2026 et au-delà, car une impasse politique dans un parlement sans majorité absolue pourrait conduire à de nouvelles élections législatives et à un gouvernement différent au cours du second semestre de 2025.

En outre, la perspective des élections présidentielles de 2027 pourrait affaiblir la volonté de tout gouvernement de procéder à un assainissement budgétaire substantiel.

Stott décrit trois canaux potentiels par lesquels les élections pourraient influer sur l’inflation. Tout d’abord, la réduction de 14,5 points de pourcentage de la TVA proposée par le RN sur les produits énergétiques (qui représentent 10 % du panier de l’indice des prix à la consommation harmonisé) pourrait temporairement réduire l’inflation globale française jusqu’à 1,4 point de pourcentage.

Deuxièmement, l’impact nul ou négatif attendu sur la demande globale dans les deux scénarios possibles pourrait légèrement réduire l’inflation sous-jacente.

Troisièmement, certaines des propositions du RN en matière de politique de concurrence et d’immigration, bien que partiellement en conflit avec le droit des traités européens, pourraient accroître l’inflation sous-jacente.

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