MEP Jordan Bardella at the EP Plenary session in Brussels, 15 February 2023

Jean Delaunay

Les opposants à Macron envisagent des réformes qui pourraient bouleverser les relations France-UE

Des coupes budgétaires aux réformes de l’immigration, les politiques du Rassemblement national et du Nouveau Front populaire pourraient remettre en cause les engagements de la France envers l’UE.

En cas de victoire au second tour, les adversaires politiques du président français Emmanuel Macron pourraient provoquer des tremblements dans l’Union européenne.

Alors que l’extrême droite ne parle plus de « Frexit » ou de sortie de la zone euro, certaines propositions du Rassemblement national (RN) sont contraires au droit européen.

Eric Maurice, analyste au European Policy Centre, a mis en avant plusieurs propositions controversées du leader du RN Jordan Bardella. Bardella a suggéré d’obtenir une soi-disant « remise » sur une partie de la contribution de la France au budget du bloc – à hauteur de 2 milliards d’euros – ce qui, selon Maurice, « remettrait en question l’engagement de la France envers l’UE ».

Le projet de Bardella de négocier une réforme de la liberté de circulation au sein de l’espace Schengen, en la réservant aux ressortissants de l’UE, pourrait également faire sourciller Bruxelles.

En outre, Bardella a proposé un renforcement des contrôles sur l’immigration, éventuellement soutenu par un référendum qui donnerait la priorité au droit français sur le droit européen. Une telle mesure serait « en contradiction flagrante avec le droit européen », a déclaré Maurice à L’Observatoire de l’Europe.

Le Rassemblement national propose également une réduction de la TVA sur l’énergie, ce qui est contraire aux règles de l’UE puisque les décisions fiscales nécessitent une approbation unanime.

En outre, le parti souhaite revenir sur la réforme des retraites adoptée par la majorité de Macron. Bien que cette réforme ne relève pas de la compétence de l’UE, la Commission européenne la recommande pour contrôler le déficit public.

Maurice a pointé les subtilités de la démarche du Rassemblement national : « C’est plus pervers que ça, d’une certaine manière. Ce n’est pas une sortie de l’Union européenne, mais c’est une remise en cause de certaines politiques européennes, en tout cas de la participation de la France aux politiques européennes ou des engagements de la France. »

Nouveau Front populaire : l’UE va bien, ses politiques peuvent ne pas l’être

Les partis de gauche, réunis sous la bannière du Nouveau Front populaire, ne remettent pas en cause l’engagement de la France dans l’Union européenne. Toutefois, des tensions pourraient surgir sur des questions budgétaires.

Les programmes économiques et sociaux du Nouveau Front populaire impliquent des coûts importants, estimés entre 150 et 200 milliards d’euros.

Cela suscite des inquiétudes sur « la maîtrise du déficit et de la dette publique, ainsi que sur la convergence ou la divergence de l’économie française » avec ses partenaires européens, a expliqué Maurice.

Laisser le déficit et la dette devenir incontrôlables serait en contradiction avec l’engagement de la France de les réduire dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance.

Il y a quelques semaines à peine, la Commission européenne a recommandé des mesures disciplinaires contre la France et six autres pays pour avoir dépassé les limites du déficit budgétaire de l’UE, fixant aux sept pays une date limite pour réduire leur déficit en novembre.

Le Nouveau Front populaire propose également de réviser les priorités politiques de l’UE, comme la fin des traités de libre-échange et la réforme de la politique agricole commune (PAC).

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