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Mardi 25 Mai 2010

Vertu ou névrose allemande ?



La posture actuelle de l’Allemagne : des excédents commerciaux sur tout le reste de la zone euro, l’exigence austère que tous imitent sa rigueur, ne peut que raviver les vieux complexes vis-à-vis d ’une Allemagne tenue pour un modèle de vertu , alors que « nous Français », «nous latins » sommes si facilement portés au dévergondage, à l’indiscipline et au péché suprême : l’inflation. Et, ajoute-t-on, quitter l’euro serait la solution de facilité, le retour aux dévaluations calamiteuses d’antan.
Combien ce discours tient de la mythologie ou du fantasme, c’est ce que nous voudrions démontrer.


Vertu ou névrose allemande ?

La puissance économique allemande est avérée depuis longtemps, mais le rapport entre l’Allemagne et la France n’a pas bougé depuis  1958.  En gros, la France a les 2/3 du PIB allemand et la  moitié  de son industrie. Les taux de croissance à long terme  sont  plutôt  meilleurs  en  France ou en   Italie, au moins jusqu’à   l’entrée dans l’euro. Mais globalement, nos économies voguent de conserve et  leur rapport demeure grosso mode celui de leur population. Or c’est  cela qui compte : l’économie réelle.  Les signes monétaires ne sont qu’un instrument.  Ne vaut-il pas  mieux, cela va de soi, un pays à la croissance  forte et à l’inflation à deux chiffres, comme  le Japon des trente glorieuses,  à un pays à la monnaie forte  mais stagnant comme  le Portugal de Salazar. 

Que faites-vous, dira-t-on,  de ces   dévaluations incessantes  d’antan ?   Si l’on considère  toujours  la longue  durée, le franc  ne s ‘est dévalué que par rapport  au mark, il s’est maintenu ou réévalué par rapport à toutes les   autres grandes  monnaies : le dollar -, la livre sterling,  la lire, la pesta, le yen.  Par rapport à ce groupe de monnaies  dont l’évolution  est à peu près parallèle,  il y a une évolution aberrante – au sens statistique  -, celle du mark.

Le discours commun est que cela tient à la vertu   allemande. Non : nous disons qu’il s’agit d’une névrose allemande, une obsession de la sécurité   propre à ce peuple, la  même crainte de l’avenir qui explique sa  natalité catastrophique. Cette crainte   s’explique   par les   drames que l’Allemagne a   traversés  mais surtout par le fait que,  seule des grands pays d’Europe, elle  a connu au XXe siècle , à deux reprises,  en 1923 et en 1947,  l’inflation galopante. La France, elle,  a vu  une inflation soutenue,  parfois à deux chiffres,  mais c’est tout à fait différent. Nous  n’avons  plus connu l’inflation galopante   depuis  le Directoire  - et, d’ailleurs cet épisode  explique  l’exceptionnelle stabilité du franc germinal au XIXe siècle.

Si l’on compare l’inflation à l’alcool, l’Allemagne est  l’alcoolique repenti  qui  a du faire une  cure de désintoxication et ne peut donc  se permettre aucun écart, là où les autres peuvent prendre un peu de vin tous les jours sans risquer de sombrer. Comme le vin, l’inflation n’est pas forcément mauvaise à dose modérée !  

L’euro aggrave   les inégalités

Loin d’aplanir les  singularités  nationales, l’euro  les a exacerbées. Le taux d’inflation « naturel » est, on l’aura compris,  une  donnée culturelle profonde propre à chaque peuple, qui ne préjuge pas de son  économie réelle.  Comme  dans une course cycliste,  imposer à  tous les  coureurs   le même braquet  est le meilleur moyen de faire éclater le peloton.

En   principe tous les pays d’Europe sont entrés dans l’euro  à égalité, mais l’Allemagne,  s’est imposée d’emblée une politique de déflation (5 % environ de baisse des alaires réels et 5 % de TVA sociale) qui lui  a permis de gagner  un avantage compétitif  substantiel sur ses  partenaires.  
Jusqu’en 200O, chaque fois que la rigueur allemande lui conférait  une balance positive, la dévaluation rendait à ses partenaires  la compétitivité et permettait de rétablir l’équilibre. Ce mécanisme n’existe plus. Les déséquilibres s’accroissent non seulement au détriment  de la Grèce mais de tous les autres pays.  Et avec  ces déséquilibres l’amertume réciproque : celle des pays  déficitaires vis-à-vis de  l’Allemagne, mais encore davantage  celle de l’Allemagne vis-à-vis des pays  qu’elle appelait  le  Club Méditerranée,  et qu’elle appelle maintenant, de façon  encore plus méprisante,  les Piges ( Portugal, Irlande, Grèce, Espagne ).  Il est évidemment illusoire de croire que la rigueur    généralisée rétablira l’équilibre : pour continuer dans la métaphore sportive, dans un  marathon, ceux qui ont pris du retard  à mi-course    le rattrapent rarement.

L’Allemagne suit son intérêt,  dira-t-on,  elle  peut ainsi  accumuler  des réserves. Mais qu’en fait-t-elle ? Les prêter à ses partenaires  - ou aux Etats-Unis qui ne les lui rendront  jamais En réalité, ce ne sont pas ses intérêts  qui la guident, c’est sa  névrose. 

« Pour l’Allemagne, la culture de la stabilité n’est  pas négociable » (Angela Meckel).  Moins  que jamais, l’Allemagne ne semble  prête  à  modifier son comportement, différent, non seulement de celui de la France mais de tous les pays du monde – Chine exceptée. Qui peut croire que l’euro y survivra ?

Roland HUREAUX
Son blog
(publié dans Le Figaro, 24 mai 2010)
Mardi 25 Mai 2010

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