La Banque centrale européenne est presque certaine d’augmenter ses taux d’intérêt jeudi, les investisseurs évaluant cette décision avec une probabilité quasi totale, mais la décision est plus délicate que ne le suggèrent les chiffres, car l’inflation est presque entièrement tirée par l’énergie et les pressions sous-jacentes s’atténuent.
Francfort bougera presque certainement jeudi.
Les probabilités du marché estiment qu’une hausse d’un quart de point est proche de la certitude, ce qui ferait passer le taux de dépôt de la Banque centrale européenne de 2,25 % à 2,5 %.
Ce qui rend cette décision difficile n’est pas de savoir si la BCE agit, mais pourquoi, et si le raisonnement survit au contact avec les données.
Le chemin a été resserré lorsque la BCE a relevé ses taux le 11 juin pour la première fois en trois ans, faisant passer le taux de dépôt de 2 % à 2,25 % en réponse au choc énergétique provoqué par la guerre en Iran, puis a maintenu ses taux en juillet tandis que Christine Lagarde pointait vers septembre d’une manière belliciste.
Les chiffres de l’inflation d’août ont levé tout doute restant, l’inflation de la zone euro atteignant 3,3 %, contre 2,9 % en juillet et son plus haut niveau depuis septembre 2023, tandis que l’inflation énergétique a bondi à 14,3 % contre 10,3 %.
L’inflation ne se propage pas
Regardez sous l’inflation globale et l’image s’inverse.
L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie, l’alimentation, l’alcool et le tabac, est en fait tombée à 2,4 % contre 2,5 %. L’inflation des services, la composante la plus étroitement liée aux salaires et à la demande intérieure, est tombée à 3 %, contre 3,3 %.
En d’autres termes, il y a encore peu de preuves qu’une énergie coûteuse se répercute sur tout le reste. C’est ce que les économistes entendent par « effets de second tour », et leur absence constitue le principal argument contre le resserrement.
Les propres recherches de la BCE soutiennent également cette distinction.
Dans un document publié mardi, les économistes de la BCE ont constaté que des facteurs défavorables en matière d’approvisionnement énergétique, dus aux tensions géopolitiques, étaient responsables d’environ 90 % de la hausse de l’inflation énergétique entre janvier et mai.
« Cette fois, le choc de l’offre énergétique domine, tandis que la demande et les mesures de relance publiques jouent un rôle mineur », écrivent les économistes, ajoutant que « ces différences sont essentielles pour expliquer pourquoi les réponses de politique monétaire diffèrent ».
La hausse de 2021-22, en revanche, est venue d’une « combinaison de facteurs importants et sans précédent du côté de l’offre et de la demande », c’est pourquoi la BCE a ensuite « augmenté les taux d’intérêt avec force et de manière persistante » plutôt que progressivement.
La répartition nationale à travers l’UE souligne encore à quel point cette situation est inégale.
L’inflation en août s’est élevée à 4,5% en Espagne, 2,9% en Allemagne et 2,7% en France, trois économies confrontées au même choc énergétique avec des résultats très différents, toutes régies par un seul taux d’intérêt.
La croissance économique est l’autre complication.
La zone euro s’est montrée plus résiliente que prévu, ce qu’ING attribue en partie à la chance, en partie aux concurrents asiatiques qui souffrent davantage de la fermeture du détroit d’Ormuz et en partie aux mesures de relance budgétaire. Toutefois, la résilience ne signifie pas que la croissance ne puisse ou ne doive pas s’accélérer.
ING qualifie la décision attendue de jeudi de « nouvelle hausse des taux d’assurance » ou de « hausse des taux accommodante », notant que même à 2,5 %, le taux de dépôt se situe dans la fourchette que la BCE elle-même considère comme neutre.
Aller plus loin reviendrait à décider qu’une politique restrictive est nécessaire, ce qui serait un jugement totalement différent.
Tout le monde cherche à faire de la randonnée en même temps
La BCE n’agit pas seule, et cela compte pour l’euro.
La Réserve fédérale se réunit les 15 et 16 septembre. Son président, Kevin Warsh, a profité de son premier discours à Jackson Hole pour affirmer que les conditions financières ne sont pas restrictives et que l’inflation sous-jacente ne s’est pas améliorée.
Les investisseurs avaient estimé la probabilité d’une hausse des taux d’intérêt aux États-Unis à environ une sur trois avant ces remarques, mais évaluent désormais à 60 % la probabilité que la Fed relève la fourchette cible de 3,5 %-3,75 % à 3,75 %-4 %.
La Banque du Japon suivra les 17 et 18 septembre, les marchés évaluant une probabilité de 80 à 90 % de voir le taux atteindre 1,25 %.
En revanche, la Banque d’Angleterre devrait maintenir ses taux à 3,75 % le 17 septembre, car elle maintient actuellement un taux d’intérêt beaucoup plus élevé que les autres.
Si la Fed devait augmenter ses taux alors que la BCE maintenait sa position, le dollar se renforcerait par rapport à l’euro, ce qui aurait un effet bénéfique sur Francfort.
Un euro plus faible rend les exportations européennes plus compétitives, mais il rend également les importations plus chères, et comme le prix du pétrole et du gaz est libellé en dollars, cela ferait augmenter précisément les coûts de l’énergie qui sont à l’origine du problème de l’inflation.
Dans l’ensemble, nous pouvons supposer qu’une hausse des taux en septembre est une affaire accomplie pour la BCE, mais nous pouvons également prévoir que cela ne résoudra pas le dilemme actuel de la banque centrale consistant à augmenter les coûts d’emprunt face à une inflation qu’elle ne peut pas atteindre, tout en retirant le soutien dont l’économie pourrait encore avoir besoin.



