Quatre ans de Gepard en Ukraine : comment l'arme allemande d'époque fait ses preuves

Jean Delaunay

Quatre ans de Gepard en Ukraine : comment l’arme allemande d’époque fait ses preuves

Quatre ans après la décision de Berlin de le livrer, il est devenu clair que le char Gepard, autrefois mis hors service, est désormais un système clé de la défense aérienne de l’Ukraine – et l’un des « tueurs de drones » les plus efficaces dans la lutte contre la Russie.

L’Allemagne a annoncé la livraison de canons anti-aériens automoteurs Gepard à l’Ukraine peu après l’invasion à grande échelle de la Russie il y a quatre ans, marquant la première arme lourde de conception occidentale fournie par Berlin à partir de ses propres stocks.

Le 26 avril 2022, la ministre de la Défense Christine Lambrecht a confirmé cette décision en marge d’une réunion d’une quarantaine d’États favorables à la base aérienne de Ramstein.

Les systèmes provenaient de stocks industriels et l’exportation avait été approuvée la veille, avait alors déclaré Lambrecht.

L’Allemagne a depuis livré au moins 55 systèmes Gepard à l’Ukraine, où ils font désormais partie intégrante de la défense aérienne du pays.

Cette annonce est intervenue peu de temps après que les massacres russes à Bucha ont été révélés après la libération de la ville par les forces ukrainiennes fin mars 2022.

Avant le début de l’invasion russe à grande échelle, l’Allemagne avait proposé de fournir 5 000 casques à l’Ukraine – une réponse qui a suscité de nombreuses critiques.

Le Gepard a été le premier armement lourd livré par l’Allemagne sans ce que l’on appelle un échange en anneau, dans lequel Berlin fournirait des armes à un pays tiers qui enverrait ensuite des équipements de type soviétique à l’Ukraine.

Quinze canons anti-aériens Gepard ont été livrés en juillet 2022.

« Meilleur tueur de drones »

Le Gepard a été qualifié de « meilleur tueur de drones » par plusieurs médias ukrainiens.

La Russie tire régulièrement plus de 500 drones sur l’Ukraine, dont la plupart sont neutralisés par les systèmes de défense aérienne.

Selon le journal ukrainien Euromaidan Press, le Gepard joue un rôle central dans la défense aérienne grâce à sa combinaison de radar et de canons de 35 mm, qui créent un nuage de feu dense et peuvent frapper les drones de manière fiable.

Les missiles de défense aérienne tels que Patriot ou IRIS-T coûtent souvent plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions de dollars par déploiement et sont disponibles en quantités limitées.

Jürgen Schoch, responsable de la formation chez Krauss-Maffei, avec le chancelier fédéral de l'époque Olaf Scholz, le 25 août 2022

Jürgen Schoch, responsable de la formation chez Krauss-Maffei, avec le chancelier fédéral de l’époque Olaf Scholz, le 25 août 2022


Le Gepard utilise des munitions de 35 mm nettement moins chères et est donc particulièrement adapté à la défense contre les drones à faible coût.

L’Allemagne a repris la production de munitions pour le Gepard en raison des restrictions à l’exportation de la Suisse et de la forte demande de l’Ukraine.

Rheinmetall a créé ses propres capacités de production en Allemagne et produit depuis de nouvelles munitions.

L’entreprise de défense allemande fournira à l’Ukraine 180 000 cartouches supplémentaires de munitions Gepard de 35 mm, les livraisons devant commencer en 2026, selon Rheinmetall.

Pourquoi l’Allemagne l’a progressivement supprimé

Le Gepard a été progressivement retiré de la Bundeswehr allemande dans le cadre des réformes d’après-guerre froide.

Son exploitation était considérée comme complexe et coûteuse, notamment en raison de sa technologie de radar et de contrôle de tir et de ses munitions spécialisées.

La Bundeswehr était sous pression politique pour réduire ses dépenses et rationaliser ses structures.


Les scénarios pour lesquels le Gepard avait été développé – comme la défense contre des avions volant à basse altitude ou des hélicoptères de combat dans une guerre conventionnelle – étaient considérés comme de plus en plus improbables.

L’attention s’est déplacée vers les missions à l’étranger, comme en Afghanistan, où la défense aérienne au sol jouait peu de rôle.

L’Armée de défense aérienne a été dissoute au début des années 2010 et la Gepard a perdu son ancrage organisationnel au sein de la Bundeswehr.

La Bundeswehr s’est concentrée sur des concepts alternatifs de défense aérienne, notamment des solutions plus légères et plus mobiles telles que des missiles lancés à l’épaule comme le Stinger.

Ce n’est qu’avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022 que cette décision a été réévaluée.

Le déploiement massif de drones et de missiles de croisière a montré que les systèmes de défense aérienne à courte portée performants continuent de jouer un rôle important.

Le retrait du Gepard a créé un déficit de capacités, notamment en matière de défense rentable contre les drones – précisément le scénario dans lequel le système s’est révélé particulièrement efficace.

La Bundeswehr achètera le système Skyranger à des fins similaires dans les années à venir, avec environ 600 unités à acquérir.

Ce système est construit par Rheinmetall et est destiné à renforcer la défense aérienne, notamment contre les drones.