Macron présentera la contribution de la France à la dissuasion nucléaire européenne

Jean Delaunay

Macron présentera la contribution de la France à la dissuasion nucléaire européenne

L’Europe compte deux puissances nucléaires : la France et le Royaume-Uni. Alors que l’offre initiale de Macron d’étendre la dissuasion nucléaire française aux partenaires européens a été largement ignorée en 2020, elle gagne désormais du terrain.

L’offre de la France d’étendre sa dissuasion nucléaire au reste de l’Europe ne concurrencerait en aucun cas le parapluie fourni par les Etats-Unis, devrait dire Emmanuel Macron lundi lors d’un discours sur le sujet.

Le discours du président français sera le premier sur la dissuasion nucléaire du pays depuis un discours de 2020 dans lequel il s’était dit prêt à « impliquer » les pays européens qui le souhaitent dans des exercices. Il sera livré depuis la presqu’île Longue, dans le nord-ouest de la France, où sont stationnés les quatre sous-marins nucléaires lance-missiles du pays.

« Ce sera un moment important de son mandat. Il y aura sans doute des changements et des évolutions significatives », a indiqué l’Elysée.

L’offre de Macron pour 2020 a été largement ignorée, mais le président français a confirmé plus tôt ce mois-ci, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, qu’il avait engagé un « dialogue stratégique » avec le chancelier allemand Friedrich Merz et d’autres dirigeants européens anonymes sur « la manière dont nous pouvons articuler notre doctrine nationale » sur la dissuasion nucléaire.

« Intérêt croissant des partenaires »

Ce nouvel intérêt nucléaire pour les capitales européennes découle d’un changement radical dans le paysage géopolitique mondial intervenu depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine et que Donald Trump est revenu au pouvoir aux États-Unis.

Le premier événement a contraint les Européens à prendre en compte leurs vulnérabilités et leurs dépendances lorsqu’il s’agit de leur propre défense, tandis que le second a incité de nombreuses personnes à travers le continent à douter de l’engagement de Washington en faveur de la sécurité de l’Europe.

Le dernier épisode, au cours duquel Trump a menacé de recourir à la force militaire contre son compatriote, le Danemark, allié de l’OTAN, pour s’emparer du Groenland, n’a fait qu’aggraver ces inquiétudes, même si les dirigeants et les ministres européens ont publiquement souligné qu’ils restaient convaincus de l’engagement à long terme de Washington envers ses alliés de l’OTAN.

Les États-Unis ont également clairement indiqué qu’ils souhaitaient retirer partiellement d’Europe une partie de leurs troupes et de leur équipement alors qu’ils cherchent à se tourner vers l’Indo-Pacifique. On ne sait pas encore exactement ce qu’impliquera ce retrait partiel et comment il se déroulera.

Mais des sources proches du président ont également souligné leur conviction que « nous vivons une période fondamentalement propice à la prolifération nucléaire » avec le développement de nouveaux missiles hypersoniques par la Russie, l’expansion rapide de son arsenal par la Chine et la question de l’avenir de l’Iran qui pèse lourdement sur le Moyen-Orient.

« Tout cela suscite un intérêt croissant de la part des partenaires », ajoute l’Elysée, soulignant néanmoins que « cela n’est en aucun cas en concurrence avec l’Otan ».

Cependant, la manière dont une alternative peut être formulée reste floue.

« Nous ne sommes pas engagés dans une course aux armements »

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, ont également déclaré qu’il serait trop coûteux et trop long pour les alliés européens de chercher à remplacer le parapluie nucléaire américain.

La politique nucléaire de la France est dite de « stricte suffisance », ce qui signifie qu’elle limite le nombre d’ogives dont elle dispose au nombre qu’elle juge nécessaire pour infliger des dommages inacceptables à tout adversaire.

À ce titre, son arsenal compte environ 300 ogives nucléaires – un nombre bien inférieur aux plus de 3 500 que les États-Unis et la Russie possèdent chacun, selon les estimations.

« Un élément de notre doctrine nucléaire qui mérite d’être rappelé est notre rejet de la guerre nucléaire. Nous ne sommes donc pas engagés dans une course aux armements, pour ainsi dire, avec les grands arsenaux. Ce qui est important, c’est que notre arsenal assure notre capacité à infliger des dommages inacceptables », a déclaré l’Elysée.

La France et le Royaume-Uni ont déjà intensifié leur propre coopération et coordination nucléaire grâce à la Déclaration de Northwood signée l’été dernier. Ils disposent désormais d’un groupe directeur nucléaire chargé de fournir une orientation politique à ce travail et de participer aux exercices nucléaires de chacun.

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