L’UE a-t-elle demandé au Royaume-Uni des milliards de plus qu’au Canada pour qu’il rejoigne son programme de prêts à la défense ?

Jean Delaunay

L’UE a-t-elle demandé au Royaume-Uni des milliards de plus qu’au Canada pour qu’il rejoigne son programme de prêts à la défense ?

Le Canada a payé une somme unique de 10 millions d’euros pour rejoindre le programme de défense SAFE de l’UE, tandis que le Royaume-Uni aurait dû payer une somme beaucoup plus élevée. Ces chiffres proviennent de rapports faisant état de véritables négociations, mais la situation dans son ensemble est plus complexe.

Le Canada a récemment signé l’accord d’action de sécurité pour l’Europe (SAFE) de l’UE – un programme de prêt qui vise à accélérer l’achat d’équipements de défense dans l’ensemble du bloc – devenant ainsi le premier État membre non européen à le faire.

Sur X, les allégations selon lesquelles l’Union européenne aurait demandé au Canada des frais de participation de 10 millions d’euros pour participer pleinement à SAFE, tout en exigeant 6 milliards d’euros au Royaume-Uni, ont gagné du terrain.

Un article consulté plus de 139 000 fois affirmait que l’UE traitait le Royaume-Uni de manière injuste et lui proposait un accord difficile par rapport au Canada, déclenchant un débat sur la différence de coûts et le raisonnement qui les sous-tend.

Même si ces chiffres s’appuient sur des informations faisant état de véritables négociations, le tableau d’ensemble est plus complexe.

Qu’est-ce que SÛR ?

Security Action for Europe (SAFE) est un instrument de prêt de 150 milliards d’euros conçu pour accélérer l’acquisition conjointe d’équipements de défense prioritaires en Europe en offrant aux États membres des prêts à faible taux d’intérêt et à longue échéance.

Les contrats d’approvisionnement doivent garantir que pas plus de 35 % des coûts des composants du système d’armes proviennent d’un pays extérieur à l’UE, à l’Espace économique européen/à l’Association européenne de libre-échange ou à l’Ukraine.

Seuls les États membres de l’UE peuvent bénéficier de prêts SAFE, mais certains pays tiers peuvent participer à des projets de passation de marchés conjoints s’ils concluent un accord avec Bruxelles.

Même sans accord d’accès total, les pays qui ne font pas partie du bloc, comme le Royaume-Uni, peuvent toujours participer jusqu’à 35 % des marchés publics liés à SAFE.

Le 14 février, le Canada a officiellement conclu les négociations pour participer à SAFE, moins d’un an après que son premier ministre Mark Carney a signé le partenariat avec l’Union européenne.

La Commission européenne a confirmé au Cube, l’équipe de vérification des faits d’L’Observatoire de l’Europe, qu’Ottawa a payé environ 10 millions d’euros dans le cadre de sa participation, permettant aux entreprises canadiennes de soumissionner sur des projets communs dans le cadre de cette participation.

Le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni, en revanche, n’est pas parvenu à un accord. Selon un rapport de Bloomberg, la Commission a proposé au Royaume-Uni de payer entre 4 et 6,75 milliards d’euros pour garantir une pleine participation.

En novembre, les négociations entre les deux hommes ont échoué, apparemment à cause du prix de la contribution financière discutée. Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré au Cube qu’il ne ferait aucun commentaire sur les processus internes de l’UE.

La Commission a déclaré que les contributions financières sont liées aux avantages économiques prévus et au montant des contrats associés à la participation. Même sans accord formel, les entreprises britanniques peuvent toujours participer à 35 % des programmes financés par SAFE.

Malgré l’échec des négociations, le Royaume-Uni s’est montré ouvert à de futures négociations sur le projet. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré que son gouvernement envisagerait de postuler pour rejoindre une potentielle deuxième édition de plusieurs milliards d’euros du projet, citant son engagement à travailler plus étroitement avec l’UE pour renforcer la défense dans le contexte de l’invasion actuelle de l’Ukraine par la Russie.

Pourquoi y a-t-il une différence ?

Le Royaume-Uni possède l’un des plus grands secteurs de la défense d’Europe, détenant à la fois de grands fabricants et est profondément intégré dans les chaînes d’approvisionnement européennes.

Les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm montrent que le Royaume-Uni est régulièrement classé parmi les principaux pays dépensiers militaires au monde et qu’il abrite plusieurs grandes sociétés productrices d’armes, telles que BAE Systems.

Le Canada se classe derrière le Royaume-Uni, consacrant une part moindre de son PIB à la défense, malgré ses engagements à l’augmenter.

Le Canada a consacré au moins 1,4 % de son PIB à la défense entre 2024 et 2025, contre environ 2,3 à 2,33 % pour le Royaume-Uni.

Dans ce contexte, le Royaume-Uni soumissionnerait probablement et remporterait plus de contrats financés par SAFE que le Canada, et récolterait donc un bénéfice attendu plus important, expliquant la différence de prix pour participer à l’instrument.

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