Italy

Jean Delaunay

Le Parlement albanais approuve un accord controversé visant à retenir les migrants vers l’Italie

Bruxelles cherche des moyens d’alléger le fardeau que les nouveaux arrivants font peser sur les États membres, mais les militants des droits de l’homme sont alarmés.

Le Parlement albanais a approuvé jeudi un accord permettant au pays de détenir des milliers de migrants secourus dans les eaux internationales par l’Italie pendant que leurs demandes d’asile sont traitées, malgré les protestations des législateurs de l’opposition et des groupes de défense des droits de l’homme.

Dans le cadre de cet accord de cinq ans, l’Albanie hébergerait jusqu’à 3 000 migrants à tout moment. Le traitement des demandes d’asile devant prendre environ un mois, le nombre de demandeurs d’asile envoyés en Albanie pourrait atteindre jusqu’à 36 000 en un an.

L’accord, signé en novembre entre le Premier ministre albanais Edi Rama et la Première ministre italienne Giorgia Meloni, fait partie des efforts de Meloni visant à partager le fardeau de la migration avec d’autres pays européens.

Ce projet a été approuvé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mais a été largement critiqué par les groupes de défense des droits de l’homme.

Le Parlement albanais, dominé par le Parti socialiste de gauche de Rama, a voté par 77 voix contre 0 en faveur de l’accord, alors même que les députés de l’opposition conservatrice tentaient de perturber le vote à coup de sifflets. Le président va maintenant publier un décret comme dernière étape d’approbation.

Un groupe de 30 législateurs a tenté de bloquer la ratification en faisant appel à la Cour constitutionnelle, mais celle-ci s’est prononcée contre eux fin janvier, ouvrant ainsi la voie à la conclusion de l’accord.

Les législateurs conservateurs ont perturbé à plusieurs reprises le vote depuis octobre pour protester contre le gouvernement socialiste.

Échapper à l’enfer

La chambre basse du Parlement italien a approuvé l’accord en janvier, suivie par le Sénat au début du mois.

Deux centres de traitement seront créés en Albanie pour un coût de plus de 600 millions d’euros pour l’Italie sur cinq ans. Les installations seraient entièrement gérées par l’Italie pendant qu’elle accélérerait le traitement de leurs demandes d’asile. Meloni a déclaré qu’elle s’attend à ce qu’ils deviennent opérationnels d’ici le printemps 2024.

Les législateurs du Parti démocrate albanais, à gauche, regardent leurs collègues du parti socialiste au pouvoir voter à Tirana.
Les législateurs du Parti démocrate albanais, à gauche, regardent leurs collègues du parti socialiste au pouvoir voter à Tirana.

L’Italie doit rester légalement responsable des migrants tout au long du processus et les accueillerait s’ils se voyaient accorder une protection internationale ou organiserait leur expulsion d’Albanie en cas de refus.

Les personnes récupérées dans les eaux territoriales italiennes ou par des navires de sauvetage exploités par des organisations non gouvernementales conserveraient leur droit, en vertu du droit international et européen, de demander l’asile en Italie et d’y faire traiter leur demande.

Rama a déclaré que l’Albanie se tenait aux côtés de Meloni en signe de gratitude au nom des Albanais qui ont trouvé refuge en Italie et « ont échappé à l’enfer et imaginé une vie meilleure » après l’effondrement du communisme en Albanie dans les années 1990.

L’Italie a recherché davantage de solidarité de la part des autres pays de l’Union européenne pour l’aider à gérer le nombre croissant d’arrivées. Le nombre de migrants arrivant en Italie par bateau a presque doublé pour atteindre environ 160 000 par rapport à la même période de l’année dernière.

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