Far-left politician Jean-Luc Melenchon attends a demonstration on Thursday, April 6, 2023 in Paris.

Jean Delaunay

Le choc des élections françaises fait déraper l’euro après la victoire de la gauche

Une victoire inattendue du Nouveau Front populaire de gauche provoque la chute de l’euro alors que les marchés craignent une frénésie de dépenses radicale.

L’euro a chuté de 0,3% aux premières heures des échanges asiatiques dimanche après la victoire du parti français du Nouveau Front populaire aux élections législatives du pays.

Selon un sondage Ipsos, le NFP d’extrême gauche a remporté entre 177 et 192 sièges à l’Assemblée nationale, sur un total de 577.

Le parti du président sortant Macron devrait quant à lui remporter 152 sièges contre 158. Ce résultat constitue une défaite humiliante pour le groupe Ensemble, qui a entraîné la démission du Premier ministre Gabriel Attal.

Alors que les marchés avaient récemment rebondi sur la conviction que le Rassemblement national de droite n’était pas prêt à obtenir la majorité absolue en France, l’incertitude des marchés semble devoir revenir.

Le RN d’extrême droite ne devrait obtenir que 138 à 145 sièges après le vote de dimanche, même si les investisseurs ont désormais de nouveaux visages à surveiller.

« Il semble que les partis anti-extrême droite aient vraiment reçu beaucoup de soutien », a déclaré Simon Harvey, responsable de l’analyse FX chez Monex Europe, cité par Reuters.

« Mais fondamentalement, du point de vue du marché, il n’y a aucune différence en termes de résultat. Il y aura vraiment un vide en ce qui concerne la capacité législative de la France. »

Les marchés détestent notoirement l’incertitude et la scène politique française est actuellement loin d’être stable.

Étant donné la probabilité d’un Parlement sans majorité absolue et le manque de clarté quant à la forme de coalition qui pourrait être possible, une certaine forme de gouvernement minoritaire ou de « cohabitation » – où le pouvoir est partagé entre un Premier ministre et un président de partis opposés – semble probable.

Cela pourrait présager d’une impasse législative.

À cela s’ajoute le fait que l’alliance de gauche du Nouveau Front populaire (NFP) n’est pas connue pour sa prudence budgétaire.

Dès l’été, le chef de file du parti Jean-Luc Mélenchon avait déclaré que des décrets pourraient être pris pour abroger la réforme des retraites de Macron et augmenter le salaire minimum français.

Le groupe souhaite également mettre en œuvre une augmentation de salaire de 10 % pour les fonctionnaires, augmenter les subventions au logement de 10 % et embaucher davantage d’enseignants et de professionnels de la santé.

Les mesures supplémentaires impliqueront une augmentation progressive des dépenses publiques de 150 milliards d’euros. Le parti affirme que cette augmentation sera financée par une augmentation des impôts pour les plus riches.

La croyance de la coalition dans les dépenses publiques a effrayé les marchés, en particulier compte tenu de la santé actuelle des finances françaises.

La « France insoumise » de Mélenchon ne représente cependant qu’une partie – quoique la plus importante – du NFP. Reste à savoir si l’alliance pourra tenir le coup maintenant qu’elle a propulsé le Rassemblement national à la troisième place des élections. De plus, toute tentative de former un gouvernement pourrait bien chercher à contourner la « France insoumise ».

Le pays a fait la une des journaux en mars lorsqu’il a annoncé les chiffres du déficit pour 2023, les comptes publics montrant un manque à gagner budgétaire de 5,5 % de la production économique.

Ce chiffre représente une hausse par rapport aux 4,8 % de l’année précédente et est nettement supérieur à l’objectif de 4,9 % du gouvernement.

Le gouvernement Macron s’était engagé à ramener le déficit à moins de 3 % du produit national d’ici 2027, ce qui lui permettrait de rester en phase avec les objectifs de l’UE.

Alexandre Ouizille, responsable du Nouveau Front populaire (NPF), avait affirmé avant le vote de dimanche que son parti n’augmenterait pas le déficit. « Nous ne le réduirons pas », a-t-elle néanmoins ajouté.

Les échanges sur les obligations et les actions françaises débuteront lundi matin en Europe.

Les investisseurs suivront de près l’évolution de la situation à Paris pour voir comment cette nouvelle ère politique pourrait affecter la stabilité budgétaire.

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