Poutine qualifie la mort de l'Iranien Ali Khamenei de « meurtre cynique »

Jean Delaunay

Poutine qualifie la mort de l’Iranien Ali Khamenei de « meurtre cynique »

Le Président a noté qu’en Russie, l’ayatollah Khamenei restera dans les mémoires comme un homme d’État exceptionnel qui a apporté une énorme contribution personnelle au développement des relations amicales russo-iraniennes.

Le président russe Vladimir Poutine a exprimé ses condoléances suite au décès du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Poutine a qualifié cet acte de « meurtre commis en violation cynique de toutes les normes de la moralité humaine et du droit international ».

« Dans notre pays, l’ayatollah Khamenei restera dans les mémoires comme un homme d’État exceptionnel qui a apporté une énorme contribution personnelle au développement des relations amicales russo-iraniennes, les portant au niveau d’un partenariat stratégique global », a déclaré le président russe.

Le service de presse du Kremlin a publié ce message sur son compte officiel Telegram, adressé au président de la République islamique d’Iran, Massoud Pezeshkian.

Réaction du ministère des Affaires étrangères aux attaques américaines et israéliennes

La veille, le ministère russe des Affaires étrangères a fermement condamné l’opération militaire conjointe américano-israélienne en Iran, la qualifiant d' »acte d’agression armée pré-planifié et non provoqué contre un État membre souverain et indépendant de l’ONU, en violation des principes et normes fondamentaux du droit international ».

Selon Moscou, « Washington et Tel-Aviv se sont une fois de plus lancés dans une aventure dangereuse qui rapproche rapidement la région d’une catastrophe humanitaire, économique et, sans exclure, radiologique ».

Le ministère russe des Affaires étrangères a affirmé que les États-Unis et Israël « se couvrent d’un souci imaginaire d’empêcher les Iraniens d’acquérir des armes nucléaires », alors qu’en réalité leur objectif principal, selon Moscou, est « de détruire l’ordre constitutionnel et de détruire la direction d’un État qu’ils n’aiment pas, qui a refusé de se soumettre au diktat et à l’hégémonisme forcés ».

En conclusion, le ministère russe des Affaires étrangères a exigé « un retour immédiat de la situation à un règlement politique et diplomatique ».

Les Russes vont quitter l’Iran et Israël

Le ministère des Affaires étrangères a également appelé les Russes en Iran et en Israël à quitter ces pays immédiatement si possible. Les itinéraires d’évacuation recommandés depuis l’Iran passent par l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

Pendant ce temps, il est également proposé aux Russes de quitter Israël via l’Égypte et la Jordanie**.**

Quant aux Russes séjournant sur le territoire d’autres pays de la région touchés par le conflit, le ministère les exhorte à « observer les précautions personnelles appropriées, à éviter les endroits très fréquentés et à limiter les déplacements non urgents à travers le pays ».

Conséquences possibles pour la Russie

Les événements en Iran sont suivis par le monde entier, notamment par Moscou, la République islamique étant considérée comme un allié du Kremlin.

Comme le notent les experts, l’Iran était jusqu’à présent un « château » dans le sud de la Russie. Si Téhéran change de régime ou si le pays sombre dans le chaos, Moscou risque de se retrouver face à une vaste région d’instabilité aux frontières du Caucase et de l’Asie centrale, ainsi que dans la mer Caspienne, une zone de présence militaire de l’OTAN.

Sous le régime des sanctions, le corridor de transport Nord-Sud, qui traverse l’Iran, est effectivement devenu la seule voie de transport sûre. Ayant perdu un allié aussi important dans la région, la Russie pourrait rester soumise à un blocus des transports, car les routes occidentales et maritimes traversant le Bosphore pourraient être soumises à des restrictions.

Selon Nikita Smagin, orientaliste et auteur du livre « L’Iran pour tous », la situation instable en Iran pourrait sérieusement affecter les projets existants de Moscou avec Téhéran.

« Même si le gouvernement actuel en Iran reste au pouvoir, l’instabilité générale dans la région remet toujours en question la création du corridor Nord-Sud », dit Smagin. « Ce corridor est perçu en Russie non pas tant comme une ‘artère de liaison’ mais comme une mesure vitale capable de sauver la Russie au cas où toutes les autres routes de transit, par exemple à travers la Turquie ou la Chine, seraient restreintes en raison de sanctions », souligne-t-elle.

Smagin rappelle également que la même histoire s’applique à d’autres projets, tels que les investissements dans le secteur pétrolier et gazier iranien, la création d’un hub gazier via l’Iran ou la nouvelle centrale nucléaire russe que Moscou voulait construire en Iran. « Tout cela est désormais sérieusement remis en question. Et à long terme, la Russie pourrait bien entendu perdre les perspectives qu’elle espérait à l’égard de l’Iran », note l’expert.

Dans le même temps, selon Nikita Smagin, un changement de régime en Iran est également hautement indésirable pour la Russie.

« Si nous imaginons un changement de régime, il est presque certain que le nouveau gouvernement se méfiera de la Russie ou sera ouvertement anti-russe. Tout simplement parce que la Russie a soutenu le régime précédent, l’a soutenu et lui a fourni des armes, qui ont également été utilisées pour réprimer les manifestations », souligne Smagin. « En ce sens, je pense que les perspectives de la Russie et les relations russo-iraniennes deviennent, disons, moins agréables pour le Kremlin », conclut-elle.

Khamenei a été tué le matin du 28 février lors des attaques américaines et israéliennes contre sa résidence.

Les informations sur sa mort ont commencé à circuler presque immédiatement, mais ont été à chaque fois démenties par les autorités iraniennes. Ce n’est que dans la nuit du 1er mars que Téhéran a officiellement confirmé le décès du guide suprême, qui dirigeait le pays depuis 1989, et a déclaré une période de deuil de 40 jours.

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