People walk at the Trocadero square with the Eiffel Tower in the background in Paris, France

Milos Schmidt

L’aversion au risque prévaut sur les marchés dans un contexte d’incertitude politique française

Les marchés mondiaux sont passés à un mode d’aversion au risque dans un contexte d’incertitudes politiques en France. Alors que la confiance des investisseurs se détériorait, les actifs refuges ont connu une forte hausse, tandis que les marchés boursiers de l’euro et de la France ont tous deux connu des baisses significatives.

La confiance en matière d’investissement s’est détériorée en raison des incertitudes politiques en France, entraînant d’importantes réactions des marchés. L’indice de référence français, le CAC 40, a chuté de 6,23% la semaine dernière, atteignant un plus bas de près de cinq mois et effaçant environ 187 milliards d’euros de valeur marchande. L’euro s’est également affaibli par rapport au dollar américain, tombant juste au-dessus de 1,07 au début de la séance asiatique du 17 juin, marquant son plus bas niveau en six semaines.

En revanche, les actifs refuges tels que le dollar américain, l’or et le franc suisse ont enregistré des gains alors que les investisseurs étaient de plus en plus préoccupés par les risques potentiels de propagation du paysage politique de l’Union européenne sur les marchés mondiaux.

La stabilité financière française suscite des inquiétudes

La défaite potentielle d’Emmanuel Macron face à la leader d’extrême droite Marine Le Pen constitue un risque important pour la stabilité financière de la France. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a averti que le pays pourrait être confronté à une crise de la dette si l’extrême droite remportait les élections en juillet, établissant un parallèle avec les troubles lorsque Liz Truss est devenue Première ministre britannique il y a deux ans. Selon les projections de la Commission européenne, le ratio dette/PIB de la France, le deuxième plus élevé de la zone euro derrière l’Italie, devrait atteindre 112,4 % en 2024.

Le rendement des obligations françaises à 10 ans a plongé de 24 points de base la semaine dernière après que le Premier ministre français a appelé à des élections anticipées dans le contexte du triomphe de l’extrême droite de Le Pen sur son parti politique centriste aux élections législatives européennes. En conséquence, l’écart entre les rendements des obligations d’État en Allemagne et en France a bondi à 81 points de base, son plus haut niveau depuis août 2012.

Marine Le Pen, leader du Rassemblement national d’extrême droite, a proposé d’abaisser l’âge de la retraite et de réduire la taxe sur la valeur ajoutée sur les carburants, ce qui pourrait entraîner des dépenses supplémentaires de plus de 100 milliards d’euros par an. Même si certaines mesures pourraient ne pas prendre effet immédiatement si son parti remporte les élections, le pays déjà lourdement endetté serait confronté à des déficits plus élevés, dépassant les limites du niveau d’endettement de l’UE et annulant le plan de la France visant à réduire son ratio dette/PIB de 5,1 % en 2024. En outre, S&P Global a abaissé la note de crédit de la France le mois dernier, citant un déficit projeté de 3 % du PIB jusqu’en 2027.

La victoire potentielle de Marine Le Pen, leader du Rassemblement national d’extrême droite, constitue un risque important pour la stabilité économique de la France. Le Pen a plaidé en faveur d’un programme « La France d’abord » et protectionniste, comprenant des restrictions strictes sur l’immigration, les travailleurs et les investissements étrangers. Cette position met en péril le plan « Choisissez la France » de 15 milliards d’euros du président Emmanuel Macron. Ce plan, mis en lumière lors d’un sommet d’investisseurs clés organisé au grand château de Versailles en mai, visait à attirer les investissements étrangers pour soutenir l’économie française.

Moody’s a récemment émis un avertissement concernant une perspective de crédit « négative » pour la France en raison de ces incertitudes politiques. La semaine dernière, cela a entraîné une hausse de 35 points de base des primes sur les rendements des obligations d’État françaises à 10 ans, les investisseurs exigeant des primes de risque plus élevées dans un contexte d’inquiétudes concernant la sécurité financière du pays.

La BCE ne voit pas de risque immédiat sur les marchés obligataires français

Les décideurs de la Banque centrale européenne (BCE) n’auraient pas l’intention d’intervenir sur le marché obligataire français dans le contexte des récentes turbulences, selon Reuters. La BCE a estimé qu’il n’existe actuellement aucun risque systémique affectant les marchés financiers français et ne prévoit donc pas la nécessité de mettre en œuvre un programme d’urgence de rachat d’obligations connu sous le nom de Transmission Protection Instrument (TPI).

Le TPI, qui permet à la BCE de procéder à des achats illimités de dette publique, a été introduit pour lutter contre la fragmentation des marchés obligataires de la zone euro et garantir une transmission fluide de la politique monétaire entre les États membres en 2022. Bien que l’outil reste disponible, il n’a pas été officiellement activé. .

Les responsables de la BCE ont souligné que la résolution de toute crise sur les marchés français reposait principalement entre les mains des hommes politiques français. Cette position souligne l’approche prudente de la BCE, qui maintient sa politique de non-intervention à moins que des risques systémiques n’apparaissent et menacent la stabilité des marchés financiers dans la zone euro. Ce scénario reflète les cas précédents où la BCE a utilisé des outils existants, tels que le réinvestissement flexible des rachats dans le cadre du programme d’achat d’urgence en cas de pandémie (PEPP), pour faire face aux turbulences du marché obligataire. Cela s’est notamment vu lors des incertitudes politiques et des défis économiques plus larges en Italie en 2022.

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