La leader française d’extrême droite Marine Le Pen franchit la ligne d’arrivée lors de son procès en appel

Jean Delaunay

La leader française d’extrême droite Marine Le Pen franchit la ligne d’arrivée lors de son procès en appel

De retour à la barre après une première journée d’auditions mardi, Marine Le Pen continue de nier avoir mené une opération coordonnée visant à détourner les fonds du Parlement européen.

Marine Le Pen a passé plus de dix heures à la barre mercredi, pour la deuxième journée consécutive d’interrogatoire devant un tribunal de Paris, dans le cadre d’un procès en appel crucial qui déterminera si elle peut se présenter à l’élection présidentielle de l’année prochaine.

Comme la veille, elle a défendu sa position à plusieurs reprises et a déclaré contester « formellement » l’existence de tout système frauduleux généralisé. mis en place par le parti pour siphonner les fonds européens entre 2004 et 2016.

Les procureurs accusent Le Pen et dix autres accusés d’employer des assistants parlementaires payés avec de l’argent de l’UE, alors que leur travail réel profitait principalement au parti du Front national français (rebaptisé Rassemblement national en 2018).

Lors de l’enquête initiale, les magistrats accusaient le Front national d’avoir mis en place, à partir de 2004, « un système de fraude » visant à rémunérer des individus qui travaillaient en réalité pour le parti. et pas pour le Parlement européen.

Mercredi, le tribunal s’est notamment penché sur le cas de Catherine Griset, ancienne assistante parlementaire de Marine Le Pen au Parlement européen.

En tant qu’assistante parlementaire accréditée, Catherine Griset devait, selon les règles du Parlement européen, être basée à Bruxelles.

L’enquête a cependant établi qu’elle n’y avait passé qu’une douzaine d’heures au cours d’une année entière.

L’ancien leader du Front national a reconnu que Catherine Griset aurait dû travailler à Bruxelles, mais a insisté sur le fait qu’elle exerçait effectivement des fonctions d’assistante parlementaire. Selon Le Pen, le travail de Griset pour le parti lui-même n’était que « résiduel ».

Les juges ont également examiné le cas de Thierry Légier, garde du corps du Front national rémunéré comme assistant parlementaire européen. Condamné en première instance, il n’a pas fait appel.

Le Pen accuse le Parlement européen d’agir « de mauvaise foi »

Marine Le Pen a vivement critiqué la manière dont le Parlement européen a traité ce dossier. « Je comprends parfaitement qu’il s’agit de mon procès, pas de celui du Parlement européen. Mais ce que j’aimerais que la Cour note, c’est que le Parlement européen n’agit pas de bonne foi en ramenant ces contrats dans la discussion », a-t-elle déclaré lors de l’audience.

Elle a fait valoir qu’il était de notoriété publique que Thierry Légier travaillait comme garde du corps et que le Parlement européen aurait pu – et dû – exprimer ses inquiétudes bien plus tôt, soulignant que son premier contrat remontait à 1995.

Le Pen a également été interrogée par Patrick Maisonneuve, l’avocat du Parlement européen, sur les déclarations combatives qu’elle a tenues suite à sa condamnation lors du premier procès.

L’année dernière, Marine Le Pen avait critiqué sa condamnation initiale, affirmant qu’elle était la cible d’une « chasse aux sorcières ».

Elle a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, à 100 000 € d’amende et, surtout, à une interdiction de briguer une fonction publique pendant cinq ans, avec effet immédiat.

« Avez-vous toujours le même point de vue ? » » a demandé l’avocat du Parlement européen. « Vous avez dit qu’il ne s’agissait pas d’une décision judiciaire mais politique. Était-ce une décision politique qui portait atteinte à l’État de droit ? »

« Incontestablement, j’ai considéré – et je considère toujours – que la décision d’inéligibilité avec effet immédiat, qu’elle me concerne ou qu’elle concerne quelqu’un d’autre, est quelque chose d’éminemment contestable », a-t-elle répondu.

Les enjeux dans cette affaire sont évidemment très importants. Si sa condamnation est confirmée, la leader du Rassemblement national ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle française de 2027.

Depuis son premier procès, la stratégie de défense de Le Pen a changé de ton. Elle adopte désormais une approche beaucoup plus calme et mesurée face aux juges.

En réponse à une dernière question du président du tribunal, la chef du Rassemblement national a résumé sa défense avec sérénité.

« L’analyse doit être faite au cas par cas. Les situations varient beaucoup selon les assistants », a-t-elle expliqué.

Marine Le Pen s’est dite « convaincue qu’aucun des acteurs impliqués n’avait l’intention de commettre un délit ».

Les audiences devraient s’achever le 12 février et une décision est attendue avant l’été.

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