La France n’a pas de majorité. Mais ces politiques pourraient en avoir une.

Martin Goujon

La France n’a pas de majorité. Mais ces politiques pourraient en avoir une.

PARIS — Après avoir remporté le plus grand nombre de sièges lors des élections surprises en France, l’alliance de partis de gauche, constituée à la hâte, connue sous le nom de Nouveau Front populaire, fait pression pour former un gouvernement et mettre en œuvre ses plans politiques.

Plus facile à dire qu’à faire.

Les quatre partis du groupe sont loin d’avoir réuni 289 députés pour obtenir la majorité à l’Assemblée nationale qui leur permettrait de gouverner en bloc. Selon la cheffe des Verts, Marine Tondelier, ils peuvent espérer réunir 190 à 195 députés.

Cela signifie que, même s’il parvient à se mettre d’accord sur un leader et tente de former un gouvernement, le Nouveau Front populaire (NPF) aurait besoin du soutien d’autres législateurs à chaque vote ou risquerait d’être renversé et remplacé par un gouvernement d’un autre genre.

Jean-Luc Mélenchon, militant de gauche radicale, a juré de mettre en œuvre « rien d’autre que la plateforme, et toute la plateforme ». C’est une illusion quand il s’agit des politiques du NPF comme l’augmentation du salaire minimum, la reconnaissance de l’État palestinien et l’octroi de permis de travail ou de visas à tous les sans-papiers ayant un emploi.

Mais d’autres parties du programme de la gauche, plus consensuelles, pourraient recueillir un soutien interpartis.

Quelles politiques pourraient obtenir une majorité dans le nouveau Parlement français divisé ? L’Observatoire de l’Europe examine les options :

L’alliance de gauche a consacré une grande partie de sa campagne à s’opposer à la réforme la plus impopulaire du président Emmanuel Macron et s’est engagée à l’abandonner si elle arrive au pouvoir, au grand dam des alliés de Macron et des faucons budgétaires. La proposition du gouvernement sortant de relever l’âge minimum de départ à la retraite de 62 à 64 ans a poussé des millions de citoyens mécontents à manifester au printemps dernier.

C’est l’un des rares sujets sur lesquels la gauche pourrait recevoir le soutien de son plus grand ennemi, l’extrême droite : si le Rassemblement national a souvent fait volte-face sur les politiques sociales, il continue officiellement de soutenir le rétablissement de la retraite à 62 ans. Dimanche, Laure Lavalette, figure incontournable de l’extrême droite française, a déclaré que le RN voterait pour l’annulation de la réforme des retraites de Macron.

En combinant les députés d’extrême droite et d’extrême gauche, au moins 330 parlementaires pourraient soutenir un projet de loi visant à annuler la réforme des retraites, bien au-delà des 289 sièges nécessaires pour une majorité.

Cependant, adopter une telle législation avec le soutien de ses ennemis politiques pourrait être difficile à digérer pour la gauche, surtout après avoir critiqué Macron pour avoir adopté une réforme controversée de l’immigration avec le soutien de l’extrême droite.

Techniquement possible ?

Politiquement probable ?

La candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, a fait monter les enchères durant la campagne en remettant en cause le rôle de chef suprême de Macron. La dirigeante d’extrême droite a souligné que son parti, s’il avait gagné, aurait été en mesure d’influencer la politique étrangère française sur des questions telles que la guerre en Ukraine, grâce à son contrôle sur le budget.

Cette perspective peut désormais être écartée.

L’Assemblée nationale nouvellement élue dispose d’une nette majorité de députés favorables au maintien ou à l’augmentation du soutien français à Kiev. Parmi eux figurent les députés des groupes écologistes et socialistes de gauche, la coalition pro-Macron et les conservateurs Les Républicains.

Les factions les plus radicales de la gauche, la France insoumise et les communistes, ont par le passé été réticentes à soutenir un financement et des armes supplémentaires pour l’Ukraine, soulignant un risque d’escalade.

Ils ont néanmoins accepté d’inclure dans le manifeste du Nouveau Front populaire l’engagement de « défendre sans faille la souveraineté et la liberté du peuple ukrainien ainsi que l’intégrité de ses frontières, en livrant les armes nécessaires, en annulant sa dette extérieure et en saisissant les avoirs des oligarques qui contribuent à l’effort de guerre russe ».

Techniquement possible ?

Politiquement probable ?

En matière d’énergie, la nouvelle législature française pourrait s’entendre sur des mesures législatives faciles à mettre en place.

Alors que la France insoumise et les Verts français s’opposent à la construction de nouvelles centrales nucléaires, presque toutes les autres forces politiques représentées à la Chambre basse française s’accordent à continuer d’exploiter le parc de générateurs existant.

Autre point d’accord transpartisan : accélérer le déploiement des énergies renouvelables, notamment hydrauliques.

Techniquement possible ?

Politiquement probable ?

Ce qui était censé être une loi historique du second mandat de Macron a été soudainement interrompu après la décision du président de convoquer des élections anticipées.

En mai, l’Assemblée nationale a commencé à débattre d’un projet de loi visant à légaliser, sous des conditions strictes, l’assistance médicale aux personnes qui souhaitent mourir. Le débat a vu les députés prendre des positions personnelles passionnées, avec des partisans et des opposants à la proposition dans tous les groupes de l’Assemblée nationale.

La chambre basse a néanmoins voté pour permettre aux personnes de plus de 18 ans souffrant d’une « maladie grave, incurable, potentiellement mortelle, avancée ou terminale » de recevoir une injection mortelle, administrée par elles-mêmes ou par un professionnel de la santé.

La décision de Macron de dissoudre l’Assemblée avant que le projet de loi ne soit entièrement voté signifie que la proposition devrait être réexaminée – mais l’alliance de gauche gagnante a promis de remettre la question à l’ordre du jour et l’équilibre actuel des pouvoirs lui donne encore une chance d’être adoptée dans cette nouvelle législature.

Toutefois, proposer un texte de loi aussi controversé – qui diviserait encore davantage un Parlement français déjà polarisé – pourrait ne pas être la première décision du prochain gouvernement.

Techniquement possible ?

Politiquement probable ?

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