La Belgique rouvre la porte du nucléaire dans le cadre d'un accord aux enjeux élevés avec Engie

Jean Delaunay

La Belgique rouvre la porte du nucléaire dans le cadre d’un accord aux enjeux élevés avec Engie

Le projet commercial vise à parvenir à un accord sur la reprise du parc nucléaire d’ici le 1er octobre, mais on ne sait pas exactement combien la Belgique paiera pour cette renaissance nucléaire.

Le gouvernement belge s’associera au géant français de l’énergie Engie pour relancer l’énergie nucléaire dans son mix énergétique, alors que la flambée des prix de l’électricité, entraînée par les perturbations en cours dans le détroit d’Ormuz et l’incertitude au Moyen-Orient, a déjà poussé l’inflation du pays à 4 % en avril.

Les projets de la Belgique d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire d’ici 2025 ont été en partie contrecarrés par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, qui a entraîné une flambée des prix du gaz naturel et de l’électricité.

Alors que l’idée d’abroger la loi belge de 2003 sur l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires s’est heurtée à la résistance des Verts, le Parlement belge l’a abrogée en mai 2025.

Alors qu’une nouvelle crise énergétique fait déjà grimper les prix de l’électricité de plus de 50% et que l’incertitude plane sur la durée de la crise au Moyen-Orient, le Premier ministre belge Bart De Wever a dévoilé jeudi un accord avec Engie pour mener des études de faisabilité en vue d’un rachat complet de la centrale nucléaire belge et de l’arrêt des activités de démantèlement.

« Ce gouvernement opte pour une énergie sûre, abordable et durable. Avec moins de dépendance aux importations de combustibles fossiles et plus de contrôle sur notre propre approvisionnement », a déclaré jeudi De Wever.

L’accord signé jeudi vise à parvenir à un accord sur la reprise du parc nucléaire d’ici le 1er octobre, mais on ignore encore combien la Belgique paiera pour cette renaissance nucléaire.

La Belgique compte sept réacteurs nucléaires : quatre à Doel en Flandre orientale et trois à Tihange en Wallonie. Deux d’entre eux sont toujours opérationnels : Doel 4 et Tihange 3. Leurs permis d’exploitation ont récemment été prolongés jusqu’en 2035, mais face aux vulnérabilités révélées par la crise énergétique, le gouvernement pourrait envisager de les prolonger davantage.

« Avec cela, le gouvernement belge assume la responsabilité de l’approvisionnement énergétique à long terme du pays, dans le but de développer une activité financièrement et économiquement viable qui soutient la sécurité d’approvisionnement, les objectifs climatiques, la résilience industrielle et la prospérité socio-économique », peut-on lire dans le communiqué de presse du gouvernement belge et d’Engie.

Le ministre belge de l’Energie, Mathieu Bihet, a qualifié la décision du gouvernement de « vision politique cohérente » qui garantira des prix de l’énergie moins chers et un approvisionnement fiable, tout en renforçant l’autonomie énergétique stratégique de la Belgique.

« Moins d’un an après l’entrée en vigueur de la loi permettant le retour de l’énergie nucléaire en Belgique, cet élan se concrétise déjà par notre détermination à reprendre le contrôle de nos actifs et de nos capacités », a déclaré le ministre belge de l’Energie Mathieu Bihet à L’Observatoire de l’Europe.

En 2024, sous le gouvernement du Premier ministre Alexander de Croo, la Belgique a accueilli un sommet nucléaire historique, incitant onze pays de l’UE à soutenir une déclaration visant à stimuler l’énergie nucléaire.

Deux ans plus tard, Paris a accueilli le sommet sur le nucléaire, auquel de nombreux pays se sont engagés à déployer de petits réacteurs modulaires pour contrer la volatilité des prix de l’énergie et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré que la sortie progressive de l’énergie nucléaire était une « erreur stratégique ».