French far-right National Rally

Jean Delaunay

Eurovues. Aux élections législatives françaises, l’extrême droite sera probablement déçue

C’est un sacré coup d’échec de la part du président Macron. Qu’elle réussisse ou non, elle entrera dans l’histoire. Mais il s’agit d’une démarche bien plus calculée qu’il n’y paraît, écrit Pierre-Alexandre Balland.

Les élections européennes de dimanche ont stupéfié l’Europe avec la montée en puissance des partis d’extrême droite en France.

Le Rassemblement national devrait recueillir environ 31 % des voix, soit plus du double du parti Renaissance du président Emmanuel Macron, avec 15 %.

Macron a immédiatement annoncé : « J’ai décidé de vous redonner le choix de votre avenir parlementaire par le vote. Je dissout donc l’Assemblée nationale ce soir », appelant à des élections législatives rapides les 30 juin et 7 juillet.

Cette décision rare, qui a eu lieu pour la dernière fois en 1997, s’apparente un peu à la mise à l’épreuve de la confiance des dieux par le roi Arthur en réinsérant Excalibur.

Un gouvernement d’extrême droite dirigera-t-il l’un des plus grands membres de l’UE d’ici les Jeux olympiques de Paris ?

La décision de Macron de convoquer de nouvelles élections législatives a été qualifiée d’audacieuse, imprudente et désespérée.

En vérité, il s’agit d’un risque calculé avec des récompenses potentiellement plus élevées que l’inaction. Il est fort probable que l’extrême droite ne remportera pas les élections législatives françaises.

Que se passera-t-il si la stratégie de Macron réussit ?

Cela irait à l’encontre du discours dominant selon lequel l’extrême droite s’empare de la France. Les gros titres d’aujourd’hui suggèrent cette tendance et il est crucial d’y remédier le plus tôt possible.

En retournant vers les électeurs, Macron vise à montrer que les résultats des élections européennes ne reflètent pas le sentiment politique plus large en France.

Cette décision pourrait également mobiliser ceux qui s’inquiètent de la montée de l’extrême droite, en guise d’appel à l’action. Avec la position pro-européenne de Macron, cela pourrait freiner considérablement l’élan de l’extrême droite, tant au sein de l’UE que dans le monde.

Le Rassemblement national – connu sous le nom de Front national jusqu’en 2018 – a déjà obtenu la première place aux élections au Parlement européen en 2019 et avant cela en 2014. Mais historiquement, l’extrême droite a du mal à refléter son succès européen lors des élections nationales françaises.

(Quand vous) regardez le vote populaire… il y a une réduction de 32,1 % lorsque vous passez du niveau européen au niveau national. Macron fait le pari que le Rassemblement national ne retrouvera pas 2,5 millions d’électeurs supplémentaires en moins d’un mois.

Le président français Emmanuel Macron répond aux questions après son discours à Paris, le 12 juin 2024
Le président français Emmanuel Macron répond aux questions après son discours à Paris, le 12 juin 2024

Regardons le vote populaire. Aux élections européennes de 2019, le Rassemblement national a recueilli un total de 5 286 939 voix. Pourtant, trois ans plus tard, lors des élections législatives françaises, il n’obtient que 3 589 269 voix.

Il y a une réduction de 32,1 % lorsque l’on passe du niveau européen au niveau national. En utilisant le même taux, les 7 765 944 voix du 9 juin diminueraient à 5 272 250.

En 2022, le vainqueur (Ensemble) a rassemblé 8 002 419 voix, et en 2017, LREM l’a emporté avec 7 826 245 voix. Macron fait le pari que le Rassemblement national ne retrouvera pas 2,5 millions d’électeurs supplémentaires en moins d’un mois.

Des stratégies de modélisation beaucoup plus complexes (et précises) existent, mais le point principal est que la reproduction de cette victoire au niveau français est peu probable et représenterait un changement politique sismique.

Ce n’est pas un tour sur le ring, c’est deux

La baisse des résultats des élections européennes par rapport aux élections françaises provient de différents systèmes de vote. Le système électoral français à deux tours pour les élections législatives constitue un obstacle important pour les partis d’extrême droite.

Même si ces partis peuvent obtenir de bons résultats au premier tour lorsque les partis traditionnels sont divisés, le second tour marque un changement. Ici, les électeurs de gauche comme de droite s’unissent souvent derrière des candidats plus modérés pour empêcher une victoire de l’extrême droite, une stratégie connue sous le nom de « Front républicain ».

Malgré ses progrès, l’extrême droite peine à constituer la large coalition nécessaire pour remporter le tour final.

Et lors des élections législatives françaises, les résultats sont décidés localement dans 577 circonscriptions, favorisant les partis bénéficiant d’un soutien large et uniformément réparti. Le Rassemblement national peut dominer des régions spécifiques mais ne pas parvenir à une large répartition des voix nécessaire pour remporter plusieurs sièges.

Des partisans du Rassemblement national d'extrême droite brandissent des drapeaux lors d'un meeting pour les prochaines élections européennes à Hénin-Beaumont, le 24 mai 2024.
Des partisans du Rassemblement national d’extrême droite brandissent des drapeaux lors d’un meeting pour les prochaines élections européennes à Hénin-Beaumont, le 24 mai 2024.

Les grands partis bénéficient non seulement d’un soutien plus uniforme, mais aussi de plus de ressources pour recruter des candidats forts et reconnus localement dans toutes les circonscriptions, augmentant ainsi leurs chances d’obtenir une majorité. Le Rassemblement national aura du mal à trouver rapidement des candidats compétitifs dans toutes les circonscriptions.

Et il existe des raisons particulières pour lesquelles les électeurs français pourraient pencher pour l’extrême droite lors des élections européennes mais opter pour la modération au niveau national. Les questions économiques, sur lesquelles le parti de Macron fait preuve de force, dominent les élections nationales et influencent les électeurs indécis.

De plus, le faible impact perçu du Parlement européen sur la vie quotidienne fait des élections européennes un lieu sûr pour des votes de protestation avec des conséquences minimes. Cela est vrai en France et en Europe en général – mais l’absence notable de Bardella à Strasbourg amplifie cette perception de faible risque.

Cependant, le chemin pour devenir Premier ministre et gouverner est beaucoup plus difficile. Macron semble compter surprendre le Rassemblement national et souligner les incohérences de son programme.

Que se passe-t-il si le Rassemblement national gagne ?

On ne peut minimiser l’influence croissante de l’extrême droite sur la politique française et en Europe en général.

Ces partis ont capitalisé sur une vague de mécontentement parmi les électeurs insatisfaits des politiques du gouvernement actuel en matière de développement économique, d’immigration et de sécurité.

Et si, contre toute attente, le Rassemblement national gagnait et parvenait à gouverner ? Bardella et Le Pen seront alors aux commandes. C’est beaucoup plus difficile que d’être dans l’opposition.

S’il gouverne mal, il subira un énorme revers lors des élections de 2027. Et s’il gouverne efficacement et résout tous les problèmes économiques, sociaux et environnementaux, alors nous vivrons tous heureux pour toujours. Ainsi, même dans ce scénario moins probable, la stratégie de Macron pourrait s’avérer gagnante.

Je n’ai pas de boule de cristal, et c’est un sacré coup d’échec de la part du président Macron. Qu’elle réussisse ou non, elle entrera dans l’histoire. Mais il s’agit d’une décision beaucoup plus calculée qu’il n’y paraît.

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