PM Gabriel Attal walks back into his residence on Sunday, 7 July after delivering his resignation speech. He is to stay on for the present.

Milos Schmidt

Elections françaises : les risques politiques et budgétaires persistent, alertent les experts

Les résultats des élections législatives françaises ont laissé un paysage politique fragmenté. La victoire inattendue du Nouveau Front populaire (Nouveau parti de gauche) modifie l’équilibre de l’Assemblée nationale, créant une incertitude économique.

Le second tour des élections législatives françaises a permis d’éviter la montée de l’extrême droite, mais le paysage politique reste fragmenté, aucun parti n’obtenant la majorité absolue, laissant la France vulnérable aux incertitudes économiques.

Le triomphe inattendu du Nouveau Front populaire (NFP), parti de gauche qui a obtenu le plus de sièges (182), a fait pencher la balance vers la gauche à l’Assemblée nationale. Son chef de file, Jean-Luc Mélenchon, réclame un mandat du président Emmanuel Macron pour former un nouveau gouvernement, mais Macron a demandé à son actuel Premier ministre, Gabriel Attal, de rester temporairement en place pour assurer la stabilité.

Après le Nouveau Front populaire, le parti centriste de Macron a obtenu 161 sièges, et le Rassemblement national d’extrême droite a gagné 142 sièges.

La fragmentation du Parlement et le risque d’impasse politique font peser des risques considérables sur la stabilité économique et la croissance de la France. Les experts financiers s’inquiètent de la capacité de la France à mettre en œuvre les réformes nécessaires et à maintenir sa note souveraine, d’autant plus que le ratio dette publique/PIB dépasse 110 % et que l’Union européenne a placé Paris sous procédure de déficit excessif.

Le risque d’une dégradation de la note souveraine française s’accroît

Pablo Zaragoza, responsable de la macroéconomie et des taux européens chez BBVA, note que même si le risque extrême est moindre, les vents contraires liés aux fondamentaux à moyen terme restent inchangés. « Le tableau au parlement est celui d’une répartition bien répartie des sièges », explique-t-il, soulignant la marge de manœuvre limitée dont dispose le pays pour mettre en œuvre des réformes structurelles audacieuses ou un assainissement budgétaire. Il souligne l’incertitude qui entoure le type de gouvernement qui émergera, notamment compte tenu des divergences de politique interne au sein du bloc de gauche.

Saragosse souligne également que les perspectives économiques à moyen terme de la France demeurent moroses. « Cela ne concerne pas seulement les risques liés à la croissance et à l’équilibre entre l’offre et la demande de dette publique, mais plus directement les perspectives de la note souveraine de la France », explique-t-il. Le risque de dégradation de la note souveraine de la France a augmenté en raison de la lenteur des progrès sur les réformes essentielles.

Roberto Cobo, stratège en chef de BBVA, remarque que la réaction du marché au scénario d’un parlement sans majorité absolue a été positive au cours de la semaine dernière. Il prévient toutefois qu’une gauche au pouvoir pourrait conduire à des déséquilibres budgétaires plus importants, affectant négativement l’euro et élargissant les écarts de rendement français. Cobo ajoute : « Les risques budgétaires et la paralysie politique réduiront la probabilité de toute action significative pour s’attaquer à l’augmentation de la dette », ce qui conduira probablement à un scénario de faible croissance. Il note également l’incertitude concernant le choix de Macron pour le prochain Premier ministre, en attendant la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale.

Simon Freycenet, stratégiste en taux d’intérêt chez Goldman Sachs, observe que les résultats des élections s’inscrivent dans la perspective d’un soulagement à court terme des marchés, le nouveau parlement étant moins extrême que prévu. Néanmoins, il souligne les défis importants à venir, notamment celui de la formation d’un gouvernement. « Un parlement sans majorité absolue ne laisserait à la France qu’une mince marge de manœuvre pour résoudre les problèmes structurels et consolider la dette », déclare Freycenet. Il suggère que la possibilité d’une volatilité politique reste élevée, en particulier si le Nouveau Front populaire tente de mettre en œuvre des mesures budgétaires expansionnistes.

Les risques budgétaires sont plus susceptibles de s’aggraver que de s’améliorer

Freycenet précise également que même si les risques budgétaires sont contenus par l’impasse politique, ils ont plus de chances de se détériorer que de s’améliorer. Il souligne que des conditions de marché favorables ne peuvent être garanties dans un environnement politiquement aussi incertain.

Philippe Ledent, économiste senior chez ING, rappelle que l’annonce du programme radical du Nouveau Front populaire avait provoqué une certaine instabilité sur les marchés obligataires et boursiers. « Aujourd’hui, le NFP revendique une victoire, certes relative, et l’application sans compromis de son programme », remarque-t-il. Il prévient que si le discours des dirigeants du NFP ne change pas, cela pourrait raviver la volatilité des marchés, même s’il est peu probable que leur programme soit pleinement mis en œuvre.

Ledent met en évidence deux réalités contradictoires : la difficulté des partis politiques français à faire des concessions et les défis socio-économiques auxquels le pays est confronté, qui exigent des réformes soutenues par une large coalition. « Ne pas concilier ces deux réalités pourrait conduire à une instabilité permanente qui finirait par inquiéter les marchés », conclut-il.

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