Le gendre de Donald Trump a participé à une conférence de haut niveau sur la Palestine, marquant ainsi une coopération avec le Conseil de la paix, essentielle pour la stratégie de Bruxelles.
Lundi, des dizaines de ministres des Affaires étrangères du monde entier se sont réunis pour discuter du redressement de Gaza sous les auspices du Groupe des donateurs pour la Palestine (PDG). Parmi eux, apparaissant par liaison vidéo, se trouvait un homme d’affaires américain controversé qui n’occupe aucun poste officiel au sein du gouvernement, mais qui dirige en fin de compte le spectacle.
La participation de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, a un poids considérable, ont déclaré à L’Observatoire de l’Europe plusieurs personnes proches du dossier.
Kushner est un acteur clé dans l’effort international de reconstruction de la bande de Gaza. Il occupe un rôle central au sein du Board of Peace (BoP), l’organisme controversé présidé par Trump et chargé de superviser la reconstruction de Gaza avec des pouvoirs presque illimités.
L’UE n’approuve pas la BoP et ne veut pas la légitimer, mais d’une manière ou d’une autre, tous ceux qui cherchent à opérer à Gaza doivent composer avec Kushner.
L’influence, pas l’argent
L’intervention de Kushner à la réunion du PDG a été limitée, selon les diplomates. Il a principalement souligné le rôle des États-Unis dans la reconstruction de Gaza, saluant la coopération avec d’autres pays et insistant sur la nécessité de désarmer le Hamas comme première étape pour lancer le redressement de la bande.
Un diplomate européen a qualifié son discours de « très chorégraphié » et peu substantiel, mais sa simple présence représentait un pas en avant significatif pour les projets de l’UE dans la région. La raison est simple : toute initiative européenne à Gaza devra en fin de compte impliquer les représentants de la BoP.
Lors de la conférence, le PDG a lancé la « Team Gaza Initiative », un nouveau programme réunissant des pays de l’UE et des pays tiers pour fournir 883,6 millions d’euros de contributions financières pour des « actions de relèvement rapide » visant à soutenir la population civile de Gaza.
La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon ont promis de financer ce projet, aux côtés de la Commission européenne, de la Banque européenne d’investissement et de la Banque mondiale. L’Australie, le Canada et l’Irlande devraient annoncer des contributions supplémentaires dans les prochains jours.
L’initiative reste cependant bien inférieure au coût estimé de la reconstruction de Gaza au cours de la prochaine décennie, que l’UE et les Nations Unies estiment à environ 71 milliards de dollars.
Les États-Unis n’ont pas rejoint le programme, qui, selon les responsables européens, n’est « pas en concurrence » avec le plan de reconstruction à long terme de la BoP.
Chaque partenaire pourra canaliser son propre financement à travers le mécanisme de son choix. Toutefois, les responsables de l’UE ont exclu que les États membres financent des projets via des comptes bancaires contrôlés par la BoP.
La victoire de Suica
Kushner a été invité à la conférence par la commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, qui a déployé d’importants efforts diplomatiques pour nouer des liens avec lui depuis la première – et jusqu’à présent la seule – réunion de la BoP en février dernier à Washington.
À l’époque, Šuica avait été largement critiquée pour sa participation à la réunion inaugurale controversée en tant qu’observatrice, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot affirmant même qu’elle n’avait aucun mandat pour représenter l’UE.
Mais la visite a fini par payer. La capacité de Šuica à nouer des relations a joué un rôle déterminant dans la participation de Kushner neuf mois plus tard, selon un responsable européen.
Alors que les États-Unis ont refusé d’assister à la précédente réunion du PDG en novembre dernier, le gendre de Trump a accepté l’invitation, ce qui, selon un diplomate d’un pays tiers, ne constitue pas une réussite mineure.
Même si l’UE n’a pas soutenu le BoP – qui n’a jusqu’à présent attiré qu’un nombre limité d’États membres – Bruxelles cherche à éviter la confrontation.
« Seul un effort collectif peut aider à reconstruire Gaza », a déclaré Šuica après la réunion, soulignant la nécessité d’une coopération entre tous les acteurs impliqués sur le terrain. Le lendemain, elle a également rencontré à Bruxelles Nickolay Mladenov, l’ancien ministre bulgare des Affaires étrangères et aujourd’hui haut représentant de la BoP pour Gaza, avec lequel le dialogue reste en cours.
Le pont de Kushner vers Israël
L’importance de Kushner réside également dans sa capacité à renforcer les contacts avec Israël, qui conserve le dernier mot sur tout projet de reconstruction à Gaza.
Il a été l’envoyé de paix de Trump, aidant à négocier un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza l’année dernière, et a servi de négociateur principal pour les États-Unis dans la négociation des accords d’Abraham de 2020, qui ont normalisé les relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays à majorité musulmane comme le Maroc et les Émirats arabes unis.
Les gouvernements du Moyen-Orient, quant à eux, considèrent les États-Unis comme la seule puissance mondiale disposant d’une influence suffisante sur Israël pour contribuer à débloquer des progrès sur le terrain.
Lundi, Šuica a annoncé les deux premiers projets de reconstruction qui seront mis en œuvre à Gaza avec l’approbation d’Israël, se concentrant sur les infrastructures hydrauliques et la gestion des déchets solides. Les responsables de l’UE s’attendent à ce que d’autres projets suivent.
L’UE reste le plus grand fournisseur d’aide humanitaire au peuple palestinien, ayant contribué 1,65 milliard d’euros aux territoires palestiniens depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas le 7 octobre 2023. Depuis 1994, le bloc a fourni près de 30 milliards d’euros d’aide à la Palestine, selon les chiffres de la Commission européenne.


