Canal+ poursuivi en justice pour la réponse du PDG à la lettre collective "Zapper Bolloré"

Jean Delaunay

Canal+ poursuivi en justice pour la réponse du PDG à la lettre collective « Zapper Bolloré »

Des personnalités de premier plan du secteur, dont Javier Bardem et Ken Loach, ont signé la lettre ouverte du collectif.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la CGT ont annoncé samedi qu’elles se portaient partie civile contre Canal+ pour des allégations de discrimination liées aux récents propos tenus par le PDG de l’entreprise, Maxime Saada, à propos d’une lettre ouverte du collectif « Zapper Bolloré ».

La lettre, publiée au début du mois dans Libération, exprimait son inquiétude quant à ce qu’elle qualifie de l’emprise « tentaculaire et idéologique » de l’homme d’affaires Vincent Bolloré sur l’industrie cinématographique française.

Saada a depuis déclaré qu’il ne travaillerait plus avec les signataires de la lettre, ce qui a incité la CGT et la LDH à décider d’engager des poursuites judiciaires.

« Canal+ sera traduit en justice pour avoir enfreint la loi », peut-on lire dans son communiqué.

Dans le texte consulté par L’Observatoire de l’Europe, la CGT et la LDH ont qualifié les propos de Saada d' »inacceptables et brutaux », l’accusant de « discriminer sur la base de l’expression politique et syndicale afin de museler les voix de l’industrie qui dénoncent l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur toute la chaîne de production et de distribution du cinéma ».

Il ne s’agit pas d’une « réaction instinctive » de la part de Saada, ajoutent-ils, se disant « pleinement conscient de l’importance du groupe dans le financement du cinéma en France et de la dépendance des différents acteurs du secteur ».

L’action civile, menée par l’avocat Arié Alimi, vise à faire annuler la décision de Saada, « sous astreinte », et à désigner un représentant pour constater toute discrimination au sein du groupe Canal+.

Contactée par L’Observatoire de l’Europe, la présidente de la LDH, Nathalie Tehio, a indiqué qu’il s’agirait d’une mission de « vigilance », qui pourrait être confiée à un salarié du groupe ou à une personne extérieure.

« C’est au tribunal de décider », a-t-elle ajouté.

Une action devant la Commission européenne est également envisagée pour sanctionner ce qu’elle a qualifié d' »abus de dépendance économique » de Canal+.

Le milliardaire breton Bolloré contrôle un vaste groupe de médias qui comprend des chaînes de télévision et de radio ainsi que des maisons d’édition.

Des personnalités de premier plan du secteur, dont Javier Bardem et Ken Loach, ont signé la lettre ouverte du collectif.