Un phénomène inquiétant secoue l’Iran : des centaines d’élèves, âgées d’une dizaine d’années, ont été victimes d’empoisonnements à répétition dans plusieurs écoles de filles. Des actes qui, selon les autorités sanitaires, auraient été perpétrés volontairement dans le but de forcer leur fermeture. Une affaire qui fait écho aux tensions politiques et sociales traversant le pays.
Une vague d’empoisonnements ciblés à Qom
Depuis fin novembre, la ville sainte de Qom, située à 150 km au sud de Téhéran, est le théâtre de cas répétés d’empoisonnements respiratoires touchant exclusivement des élèves filles âgées d’environ 10 ans. Les symptômes, bien que généralement bénins, ont conduit certaines victimes à être brièvement hospitalisées, suscitant inquiétude et colère parmi les familles.
Le 14 février, des parents d’élèves se sont rassemblés devant le gouvernorat de Qom, exigeant des explications officielles. Une pression citoyenne qui a rapidement contraint les autorités à réagir. Le lendemain, le porte-parole du gouvernement, Ali Bahadori Jahromi, annonçait une coopération entre les ministères des Renseignements et de l’Éducation pour identifier les causes de ces incidents.
Un empoisonnement « intentionnel » reconnu par les autorités
Le 26 février, le vice-ministre de la Santé, Youness Panahi, a reconnu publiquement — de manière implicite mais significative — le caractère intentionnel de ces empoisonnements. Selon ses déclarations, ces actes visaient spécifiquement les écoles de filles, avec pour objectif leur fermeture forcée.
Les substances en cause seraient des composés chimiques accessibles, ne relevant ni d’un usage militaire ni d’une nature contagieuse ou transmissible. Cependant, aucune arrestation n’a été annoncée à ce jour. Une absence de mesures judiciaires qui interroge sur la volonté réelle de faire la lumière sur cette affaire, et alimente les soupçons d’un silence politique délibéré.
Un climat tendu, entre pression sociale et crise politique
Ces événements se déroulent dans un contexte déjà extrêmement tendu. Depuis la mort de Mahsa Amini, arrêtée en septembre 2022 par la police des mœurs pour avoir enfreint les règles vestimentaires, l’Iran est secoué par un vaste mouvement de contestation. Les manifestations, portées en grande partie par les femmes, remettent en cause les fondements mêmes du système répressif imposé depuis des décennies.
Qom, centre névralgique du clergé chiite et bastion idéologique du pouvoir, devient ici le théâtre paradoxal d’un affrontement invisible : d’un côté, une volonté de maintenir un ordre religieux rigide, de l’autre, des citoyennes de plus en plus déterminées à revendiquer leurs droits fondamentaux.
Une menace contre l’éducation et les droits des femmes
Le ciblage des écoles de filles est hautement symbolique. Il s’inscrit dans une tentative de remise en question du droit à l’éducation, pilier de toute évolution sociale. Empoisonner des enfants dans le but de restreindre l’accès au savoir n’est pas seulement un acte criminel : c’est un message politique glaçant.
La passivité apparente des autorités, leur communication ambiguë, et l’absence d’enquêtes judiciaires concrètes laissent planer de lourds doutes sur l’implication ou la complaisance de certaines franges du pouvoir.
Une crise révélatrice des fractures profondes du régime
Au-delà de l’indignation suscitée à l’échelle nationale, cette affaire illustre les contradictions d’un régime sous tension, pris entre le besoin de stabilité et la montée de revendications sociétales de plus en plus assumées.
Le recours à des méthodes aussi radicales que l’empoisonnement d’enfants pour imposer une idéologie pose une question centrale : jusqu’où certains sont-ils prêts à aller pour préserver une vision archaïque du rôle des femmes dans la société iranienne ?
En s’attaquant aux écolières, ce sont les fondations mêmes du futur iranien que l’on tente de fissurer. Et cette stratégie de la peur pourrait bien, à terme, accélérer le rejet d’un système déjà fragilisé par ses propres excès.



