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Soupçonné de prise illégale d'intérêt, le Président de la Commission est sous le coup d'une motion de censureA quelques jours d'un référendum proposant d'approuver une Constitution qui renforce et élargit les pouvoirs de la Commission de Bruxelles, le scandale qui touche son actuel Président Barroso a été quasiment passé sous silence par la presse Française. C'est le quotidien allemand Die Welt qui a révélé l'affaire il y a un mois. Pourquoi M. Barroso s'est-il fait inviter, avec son épouse, à passer quinze jours de croisière sur le bateau de M. Latsis, cadeau d'une valeur de 20.000 euros ? Y-a-t-il des "contreparties" à cette "amitié de 25 ans" entre le Président de la Commission et l'homme d'affaire Grec ? Comme la Commission Santer et la Commission Prodi qui l'ont précédée, voilà donc l'équipe Barroso rattrapée par les affaires et, faute d'explications claires, sous le coup d'une motion de censure déposée le 11 mai dernier par 74 eurodéputés, pour contraindre son Président, José Manuel Barroso, à s'expliquer publiquement. Vient s'ajouter une deuxième polémique au sujet de la double rémunération des officiers de sécurité de M. Barroso.10 millions d'euros pour les chantiers navals Lamda du groupe Latsis
Il y a tout juste un an, le 16 avril 2004, le président de la Banque centrale allemande avait été contraint à la démission après son inculpation pour « prise illégale d'intérêt ». Ernst Welteke s'était fait offrir par la Dresdner Bank un séjour dans un palace berlinois à l'occasion du passage à l'euro. Aujourd'hui, c'est José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, qui est dans la tourmente.
C'est une question orale posée en février par Nigel Farage, co-président du groupe IND/DEM (Indépendance et Démocratie), qui a mis le feu aux poudres. Le jeune député Britannique interpellait le Président Barroso sur le risque d'un conflit d'intérêt majeur lié à certains financements européens. La Commission européenne, dont le Président est très proche du riche armateur grec M.Latsis ("un ami de 25 ans"...), a accordé une subvention de 10 millions d'euros à un projet d'investissements dans des chantiers navals, projet dans lequel sont engagées des sociétés du groupe Latsis. L'amitié n'ayant pas de prix, on apprend alors que M. Barroso, après avoir été nommé président de la Commission en juillet 2004, a fêté ses nouvelles fonctions en août et septembre sur un yacht de luxe, croisière offerte par M. Latsis, pour un montant avoisinant les 20.000 euros. Quelques semaines plus tard, les chantiers navals Lamda, dépendants du groupe Latsis, recevaient le feu vert de la Commission européenne pour l'octroi de cette aide régionale de 10 millions d'euros. (http://www.europarl.eu.int/inddem/focus_on/en9may05.htm ) L'eurodéputé Nigel Farage ne croyait pas ouvrir ainsi la boite de pandore, lorsqu'il invitait le Président à s'expliquer et à clarifier sa situation vis à vis de M.Lastis, alors même que le Traité sur l'Union Européenne, dans son article 213(2) impose une stricte indépendance aux membres de la Commission. Pour sa défense, José Manuel Barroso s'est jusqu'à présent contenté d'expliquer qu'il considérait absurde de vouloir établir un lien entre sa vie privée et les décisions prises par la Commission qu'il préside. La réponse tardive et peu exhaustive de Monsieur Barroso a conduit les députés du groupe IND/DEM à exiger de nouveau une explication publique du Président de la Commission sur cette affaire. Tel est l'objet de la motion de censure dont ils ont pris l'initiative, associant plusieurs collègues d'autres groupes, seul moyen de forcer M.Barroso à apporter les réponses attendues, en séance plénière du Parlement européen. Le débat sur la motion se déroulera le 25 mai à Bruxelles et le vote lors de la session plénière du 6 au 9 juin. Pour obtenir l'approbation, la motion doit recueillir 367 voix des eurodéputés, deux tiers des suffrages exprimés. Cependant, les députés du Groupe IND/DEM ont déclaré qu'ils retireraient leur motion s'ils obtenaient entre-temps, « des explications acceptables en plénière et des règles claires obligeant tous les commissaires à déclarer les cadeaux reçus de valeur substantielle ». A quelques jours du référendum français sur la Constitution européenne, et alors que le «non» a le vent en poupe, cela fait désordre. Et ce d'autant plus qu'un autre Commissaire, Peter Mandelson, est lui aussi soupçonné d'avoir adopté une conduite peu claire. Selon Die Welt, le responsable du commerce à Bruxelles aurait accepté une invitation en Jamaïque. Nouveau déni de la Commission : « Il n'a jamais été à la Jamaïque, mais s'est rendu aux Caraïbes du 30 décembre au 3 janvier, et durant ce voyage il est resté avec des amis personnels qui n'ont aucun lien avec la Commission ». Des gardes du corps rémunérés deux fois
La position du Président de la Commission devient de jour en jour plus difficile. Il y a quelques jours, le journal "La libre Belgique" a révélé un autre scandale au sujet de la rémunération des officiers de sécurité des entourent le Président. Monsieur Barroso est en effet protégé par cinq gardes du corps venus directement de Lisbonne et payés par la Commission comme agents de sécurité (2 722 à 3 586 euros par mois). Le problème est qu'ils cumulent cette rémunération avec une indemnité de 1 000 euros par mois reçus de l'Etat Portuguais.
Ces révélations successives et incidentes ne sont probablement que la partie émergée de l'iceberg. Comme les députés du Groupe IND/DEM le soulignent, le problème fondamental qui se pose est celui de l'entrelacement occulte des milieux d'affaires avec l'élite politique et administrative européenne. Au-delà du principe d'indépendance et des cas de "pantouflage" européen, il faudrait notamment pouvoir contrôler en amont le travail de la Commission, les experts et les lobbies qui l'influencent en permanence, les groupe de travail (environ 1800!) principalement occupés par des représentants des milieux d'affaires. L'Union européenne n'est décidément pas une démocratie, encore moins un pouvoir transparent. Jeudi 19 Mai 2005
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