L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Faut-il sortir de l’euro ?



Cela fait maintenant une dizaine d’années que l’euro a été lancé. Après les troubles du printemps dernier, la tête froide, il faut se demander sans tabou s’il ne faudrait pas mettre fin à cette hasardeuse expérimentation. Analyse des avantages et des inconvénients de la monnaie unique.




Faut-il sortir de l’euro ?

L’euro nous protège-t-il ?

Pour être honnête, la monnaie unique a eu quelques effets bénéfiques. Elle facilite les échanges au sein de la zone, même si elle n’a pas accéléré un mouvement qui lui préexistait largement. Ensuite, dans un premier temps, la convergence des taux longs a permis aux pays qui souffraient d’une forte prime de risque de réduire considérablement le coût de leur dette. Mais cette convergence s’est interrompue en 2008 et nous sommes revenus à la situation d’avant l’euro.

Mais surtout, il convient de tordre le cou à la mystification absolument incroyable selon laquelle l’euro nous aurait protégés pendant la crise. Un simple examen des chiffres démontre clairement le contraire : la zone euro est entrée en récession dès le 2ème trimestre 2008, soit un trimestre avant les Etats-Unis. En 2009, le PIB étasunien a baissé de 2,5%, contre 4% en Europe et en 2010, la croissance sera de 1% de ce côté ci de l’Atlantique, contre 3% de l’autre.

Et pourtant, la récession venait des Etats-Unis et y a été beaucoup plus dure que chez nous, avec une baisse de 30% de la valeur de l’immobilier qui a durement touché des millions de ménages. La crise aurait du être beaucoup plus dure aux Etats-Unis et c’est à cause de la politique européenne qu’elle a été plus forte sur le vieux continent. Et les derniers mois nous montrent bien que l’euro ne nous protège en aucun cas de la spéculation. Enfin, passons sur la protection de la Grèce ou l’Irlande…

L’euro : un choix politique, pas économique

En fait, les problèmes actuels viennent du fait que l’euro est un choix essentiellement politique. La France de François Mitterrand y voyait un moyen d’ancrer l’Allemagne dans l’Europe après la chute du mur de Berlin, qui aurait pu l’amener à regarder davantage à l’Est. L’Allemagne l’a accepté uniquement parce que la BCE est l’exact décalque de la Bundesbank. Mais surtout, tous les fédéralistes y voyaient un moyen de contraindre l’Europe à se construire sur un modèle fédéral.

Le problème est que la zone euro n’est absolument pas une Zone Monétaire Optimale, comme le définissent les économistes, à savoir une zone géographique apte à partager une même monnaie. Aucun des trois critères nécessaires n’est rempli, à savoir la convergence macro-économique, la mobilité des travailleurs et l’existence d’un budget central. Le problème fondamental est que les pays qui y participent sont des pays trop dissemblables pour partager une même monnaie.

Même une avancée fédéraliste (totalement impossible quand on constate l’état de l’opinion Allemande qui propose aujourd’hui à la Grèce de vendre certaines de ses îles) ne serait pas une solution car les deux premiers critères ne seraient toujours pas vérifiés, ce qui laisserait trop de mécanismes pervers en œuvre, notamment la prime à une désinflation compétitive maladive. En outre, l’Europe n’est absolument pas un espace adapté à une construction de type fédéral.

L’euro cher

Et alors que la faiblesse du cours de l’euro a aidé les économies européennes à la fin des années 90, s’est ajouté depuis dix ans le problème chronique de sa surévaluation, qui pénalise la croissance économique des pays membres. En effet, hormis à sa naissance et pendant quelques temps (où il est descendu jusqu’à 0,82 dollar), l’euro est une monnaie dont le cours est trop élevé. Les économistes estiment que son cours normal devrait être entre 1 à 1,15 dollars à parité de pouvoir d’achat, soit encore une surévaluation de 10 à 20% aujourd’hui (qui a atteint 50% mi-2008 à 1,6 dollar).

Cette surévaluation a une raison simple : la politique monétaire exagérément restrictive de la BCE par rapport à la Fed, qui pousse l’euro à la hausse. L’exemple le plus frappant, dénoncé par de nombreux économistes, est la décision incroyable de juin 2008, quand Jean-Claude Trichet avait trouvé le moyen de monter les taux alors que les Etats-Unis les avaient déjà baissés de 3 points ! Cette surévaluation est un énorme handicap commercial. Par exemple, en dix ans, la France est passée d’un excédent vis-à-vis des Etats-Unis à un déficit de 5 milliards.

Et cette surévaluation encourage les délocalisations. Tout d’abord, Airbus, fleuron de notre industrie, a décidé d’augmenter la part de ses composants produits en zone dollar pour se prémunir de la surévaluation de l’euro : une partie du fuselage de l’A350 sera donc produit aux Etats-Unis. Un comble ! Les constructeurs automobiles Français ont suivi le même raisonnement : ils produisaient plus de 3 millions de voitures en France en 2004. Ce chiffre est tombé à un peu plus de 1,5 en 2009…

La désinflation compétitive

Dans un régime de change ajustable ou flottant, ajuster le cours de la monnaie est un des moyens les plus efficaces pour rééquilibrer les échanges commerciaux. La monnaie des pays en déficit a tendance à perdre de la valeur (ce qui permet de favoriser ses exportations et de renchérir, et donc réduire, ses importations) alors que celle d’un pays en excédent a tendance à s’apprécier, pénalisant ses exportations et favorisant ses importations. Ce mécanisme naturel, qui contribue fortement au rééquilibrage des balances commerciales, est impossible avec l’euro.

Du coup, avec l’euro cher et des coûts salariaux à l’origine largement supérieurs à la moyenne, l’Allemagne a choisi de mener une politique de désinflation compétitive pour aider ses exportations. En effet, dans un système de parité complètement fixe, chaque point de hausse de salaire de moins que le voisin est un point de compétitivité coût de mieux qui permet de gagner la bataille commerciale. C’est ce que l’Allemagne a compris depuis le milieu des années 1990 et applique avec toute sa rigueur.

Ce blocage des salaires a permis à notre voisin d’outre-Rhin de grandement gagner en compétitivité et d’accumuler des excédents commerciaux grandissants vis-à-vis de l’ensemble de ses « partenaires » monétaires. Le problème est que cette politique a un effet dépressif important (la croissance Allemande a été la plus faible de la zone dans les années 2000 – 0.8% par an - avec l’Italie), ce qui, vu son poids économique, se transmet à l’ensemble de la zone.

Pire, ce comportement bien peu collectif a toutes les chances de pousser les autres pays à adopter la même politique de rigueur salariale absolue pour ne pas perdre en compétitivité. Mais déjà que cette politique avait un impact extrêmement négatif quand elle était uniquement poursuivie par l’Allemagne, elle pourrait se révéler désastreuse si davantage de pays y cédaient, car cela réduirait encore le potentiel de croissance d’une zone qui n’a déjà pas brillé dans ce domaine depuis 10 ans…

Une même politique pour des réalités différentes

Mais ce n’est pas tout. L’autre problème majeur de l’euro est d’imposer une même politique monétaire à un ensemble de pays aux réalités trop disparates. Autant les taux sont généralement trop élevés pour des pays comme la France et l’Allemagne, autant ils ont longtemps été trop faibles pour des pays à croissance et inflation plus fortes. Un taux d’intérêt de 4% était beaucoup trop faible pour une Irlande dont la croissance nominale du PIB flirtait avec les 8% ou même pour l’Espagne ou la Grèce.

En effet, si on prend le cas de l’Espagne, pays qui avait un excédent budgétaire au milieu des années 2000, c’est bien l’euro qui a provoqué la bulle immobilière et le krach qui a suivi. En effet, les taux courts, à 4% alors que la croissance nominale de l’économie (croissance + inflation) dépassait les 6%, étaient trop bas, poussant tout le monde à investir. Si le pays avait pu mener une politique monétaire indépendante, nul doute que sa banque centrale aurait monté les taux et limiter la bulle et le désastre consécutif.

L’alternative de la monnaie commune

Mais alors, que fait-on après la monnaie unique ? Il suffit de faire de l’euro la monnaie commune de l’Europe, en réintroduisant des monnaies nationales qui permettront des ajustements de parité et à chacun de mener des politiques indépendantes. En outre, cela rendrait caduque les politiques de désinflation compétitive, ce qui pousserait sans doute l’Allemagne à adopter une politique plus tournée vers la croissance que vers le contrôle des salaires. Mieux, un tel euro pourrait déborder du cadre européen pour devenir un véritable rival du dollar.

Mais est-ce possible ? Bien sûr puisque nous avons réussi le passage à la monnaie unique il y a quelques années. En outre, nous avons les précédents tchécoslovaques et yougoslaves où l’éclatement de ces deux pays a été suivi du passage à de nouvelles monnaies nationales. Il y a donc des précédents récents. Mieux, comme le souligne Christian Saint Etienne, le maintien de signes nationaux sur les billets et les pièces permet d’imaginer un passage rapide.

Certains agitent le spectre d’une explosion des taux d’intérêt en France, mais cela est malhonnête. Malgré le déficit le plus élevé du G7, la Grande-Bretagne arrive toujours à se financer à des taux raisonnables. D’autres avancent que la dette deviendrait ingérable en cas de dévaluation. Pas faux, sauf si les gouvernements imposent une conversion en monnaie nationale avant la dévaluation. En outre, en reprenant le contrôle de notre monnaie, nous pourrions également monétiser notre dette, comme le font les Etats-Unis et la Grande-Bretagne depuis le début de la crise.

Surévaluation, compression de plus en plus forte des salaires et de la croissance, divergences économiques entre pays membres, encouragement des bulles, impossibilité d’ajuster les déséquilibres commerciaux : la monnaie unique est une catastrophe économique dont il faut sortir, vite !

Laurent Pinsolle

Son Blog


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1.Posté par nervall le 19/09/2010 16:50 | Alerter
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article 104 du traité de maastricht devenu 123 de lisbonne
les etats doivent uniquement se financer par les banques privées , à qui la BCE alloue des sommes enormes à 1% ( taux refi ) libre ensuite pour ces banques de prêter aux etats membres à la tete du client

de 3% à 12% pour la grece

deuxio : la zone euro ne contrôle pas sa monnaie pour une simple raison
il n'y a pas de politique de change ni convergences politiques sur la monnaie

ainsi la chine , a acheté en euros des obligations européennes juste pour faire monter l'euro

les americains eux ont une tête de pont pour celà
euronext qu'ils ont avalé en 2004 ( maintenant appellé le NYST/ euronext )
par ce tuyau ils pompent l'euro au ciel , via le pompage des actifs en euros de la plateforme
le CAC 40 est dedans

le timing ils l'ont
le choix de vendre et rapatrier vers la valeur refuge " le $ " leur appartient , rapatriant ainsi les benefices engrangés par l'epargne européenne dans le cac 40
le choix aussi d'ajuster le niveau de l'euro via le marché actions en euros d'euronext

voilà la réalité que subit les peuples d'europe

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