Qui pourrait être le prochain Premier ministre français ?

Martin Goujon

Qui pourrait être le prochain Premier ministre français ?

PARIS — Pendant des semaines, la perspective d’une prise du pouvoir par l’extrême droite pour la première fois dans l’histoire moderne de la France a été au centre des discussions.

Mais contre toute attente, le Nouveau Front populaire, alliance hâtivement conclue entre les quatre principaux partis de gauche — les socialistes, les verts, les communistes et la France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon — est arrivé en tête, tandis que le Rassemblement national de Marine Le Pen est tombé à la troisième place.

La suite des événements reste très incertaine. Le choix du futur Premier ministre appartient formellement au président de la République, Emmanuel Macron, qui n’est pas juridiquement lié par les résultats des élections, même si la coutume politique veut que le chef du gouvernement soit choisi parmi les rangs de la force politique ou de la coalition la plus forte.

La grande question est de savoir qui la gauche présentera au poste de Premier ministre. Durant la campagne, le Nouveau Front populaire a choisi de ne pas se présenter avec un chef de file, contrairement au Rassemblement national de son président Jordan Bardella et à la coalition pro-Macron, emmenée par le Premier ministre sortant Gabriel Attal.

La raison tacite était on ne peut plus claire : les parties n’auraient pas pu parvenir à un consensus sur la question.

Désormais vainqueurs, des dizaines de députés de gauche fraîchement élus devraient se lancer dans la course. Les deux principales forces de la coalition, La France insoumise et les socialistes, pèseront le plus lourd dans les négociations à venir, qui pourraient exclure d’emblée la cheffe des Verts, Marine Tondelier, pourtant très présente lors de la campagne des législatives.

L’Observatoire de l’Europe vous guide à travers les meilleurs candidats, répartis en quatre groupes :

Le mouvement de Mélenchon, La France insoumise, le plus radical des quatre principaux partis de la coalition, devrait obtenir le plus de sièges parmi les groupes de gauche.

Leur force au Parlement, combinée au bon score de Mélenchon aux deux dernières présidentielles, donnera à LFI des arguments pour prétendre que le futur chef du gouvernement devrait être issu de leurs rangs.

Si LFI avait le choix, Mélenchon lui-même serait sans doute son candidat favori. Mais son approche clivante de la politique et sa position intransigeante sur des questions allant de l’économie à la guerre à Gaza ont fait de lui un candidat toxique pour les électeurs modérés. Les dirigeants des autres membres du Nouveau Front populaire ont clairement indiqué pendant la campagne qu’ils ne soutiendraient pas le leader de 72 ans au poste de Premier ministre.

Mélenchon a déclaré qu’il ne s’imposerait pas dans un rôle de leader.

D’autres noms de fidèles de LFI ont été avancés, parmi lesquels le coordinateur du mouvement Manuel Bompard, sa présidente de groupe à l’Assemblée Mathilde Panot, la figure montante Clémence Guetté ou encore Eric Coquerel, président de la commission des finances à l’Assemblée nationale.

Le vainqueur le plus probable : Jean-Luc Mélenchon

Le premier défi à Mélenchon et à ses alliés pourrait venir de députés qui ont combattu aux côtés du triple candidat à la présidentielle mais qui ont depuis coupé les ponts avec lui. Ces candidats pourraient prétendre être idéologiquement en phase avec la branche dominante du Nouveau Front populaire tout en étant considérés comme moins clivants que Mélenchon.

Parmi eux, François Ruffin, ancien journaliste et cinéaste qui envisage de se présenter à la prochaine élection présidentielle et qui a critiqué LFI pour ce qu’il décrit comme un manque de sensibilisation dans les zones rurales françaises, et a qualifié Mélenchon de « handicap ».

François Ruffin, ancien journaliste et cinéaste qui envisage de se présenter à la prochaine élection présidentielle, critique LFI pour ce qu’il décrit comme un manque de rayonnement dans les zones rurales françaises. | Denis Charlet/AFP via Getty Images

Clémentine Autain, qui a fait partie du groupe LFI lors des deux dernières législatures mais qui se montre de plus en plus critique à l’égard de Mélenchon, pourrait également faire valoir ses droits. Elle a déclaré le mois dernier qu’elle était « consciente » d’être « de celles qui peuvent prétendre être Premier ministre en cas de victoire ».

Champion le plus probable : François Ruffin

Le Parti socialiste français a atteint son point le plus bas en 2022, en obtenant 1,7 % des voix à l’élection présidentielle.

Mais il a depuis connu un renouveau inattendu, culminant avec son excellent score aux élections européennes, où il a terminé premier parmi les forces de gauche avec près de 14 % des voix.

Les socialistes ont moins de députés que la France insoumise, mais ont néanmoins renforcé leur présence au Parlement et comblé l’écart avec la LFI radicale de Mélenchon. Ils pourraient espérer recevoir le soutien des Verts pour tenter d’empêcher la France insoumise de prendre le contrôle du Parlement.

Les candidats potentiels pourraient être issus de la nouvelle génération de sociaux-démocrates, dont l’actuel chef du Parti socialiste Olivier Faure, le président sortant du groupe socialiste Boris Vallaud ou le candidat tête de liste aux élections européennes Raphaël Glucksmann. M. Vallaud, 48 ans, a été élu pour la première fois au Parlement en 2017. Il a étudié aux côtés d’Emmanuel Macron à la meilleure école de la fonction publique française et, comme le président actuel, a été auparavant secrétaire général adjoint de l’Elysée.

Mais un ancien champion pourrait également tenter de faire entendre sa voix : François Hollande, l’ancien président socialiste français, est sur le point de faire son retour après avoir remporté la course dans son ancienne circonscription électorale, devenant ainsi le deuxième président de l’histoire moderne de la France à rejoindre l’Assemblée nationale après avoir été chef de l’État.

Champion le plus probable : Boris Vallaud

Une façon d’éviter les désaccords entre les partis pourrait être que la gauche choisisse quelqu’un en dehors de la scène politique.

Le député social-démocrate Glucksmann a mis cette option sur la table le mois dernier en proposant Laurent Berger, ancien dirigeant de la CFDT, syndicat réformiste. Berger est également reconnu, à gauche comme à droite, pour sa capacité à créer des consensus et à rapprocher les voix. Son approche modérée pourrait toutefois être un échec pour Mélenchon.

Le champion le plus probable : Laurent Berger

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