Plus d'un million de migrants demandent la régularisation massive en Espagne, selon le Premier ministre Pedro Sánchez

Jean Delaunay

Plus d’un million de migrants demandent la régularisation massive en Espagne, selon le Premier ministre Pedro Sánchez

Sánchez soutient depuis longtemps que les immigrants sont nécessaires pour soutenir l’économie, l’État-providence et les retraites dans un contexte de vieillissement de la population espagnole et de dépeuplement des régions rurales.

Plus d’un million de migrants sans papiers en Espagne ont demandé un statut légal dans le cadre d’un programme qui défie la répression européenne plus large contre l’immigration irrégulière, a annoncé le gouvernement mardi, dernier jour de dépôt des candidatures.

Ce vaste programme devait bénéficier à environ 500 000 personnes, pour la plupart originaires d’Amérique latine, lorsque le gouvernement de gauche l’a lancé en avril.

« Plus d’un million de candidatures ont été soumises (…) montrent à quel point cette reconnaissance des droits et des responsabilités était nécessaire », a déclaré le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez lors d’un événement à Madrid.

Sánchez est devenu le porte-drapeau d’une politique d’immigration plus ouverte alors que ses voisins européens, dont certains pairs socialistes, durcissent les mesures en réponse à la pression des partis d’extrême droite ascendants.

Il soutient depuis longtemps que les immigrants sont nécessaires pour soutenir l’économie, l’État-providence et les retraites dans un contexte de vieillissement de la population espagnole et de dépeuplement des régions rurales.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez arrive au sommet de l'UE à Bruxelles, le 18 juin 2026

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez arrive au sommet de l’UE à Bruxelles, le 18 juin 2026


Le nombre de demandes soumises n’indique pas nécessairement combien de migrants obtiendront leur statut légal.

Les candidats doivent prouver qu’ils ont un casier judiciaire vierge et qu’ils ont passé au moins cinq mois consécutifs en Espagne avant le 1er janvier.

Les autorités disposent de trois mois pour traiter leurs démarches et décider de délivrer ou non un permis de travail et de séjour valable uniquement en Espagne.

« Quand nous condamnons une personne à l’invisibilité, je pense que nous faisons de notre pays un pays pire. Nous sommes tous perdants », a expliqué Sánchez, affirmant que son gouvernement visait à « offrir une opportunité et un avenir » aux migrants.

« Nous voulons que le monde considère l’Espagne comme un pays qui respecte, protège et défend les droits de l’homme. »

Coup de pouce économique

Pour Juana Hernández, une Cubaine de 59 ans qui vit en Espagne depuis deux ans et demi et dont la demande a été récemment approuvée, ce projet « est une énorme opportunité ».

Elle a expliqué à l’AFP qu’elle avait payé environ 200 euros à un avocat pour effectuer les formalités administratives « par mesure de sécurité », et qu’elle avait bénéficié de l’aide d’une association d’aide aux migrants.

Même si elle était « un peu inquiète » au début, la diplômée d’anglais ambitionne désormais de travailler à l’aéroport de Madrid.

Terre d’émigrants depuis des siècles, l’Espagne est une porte d’entrée clé dans l’Union européenne pour des dizaines de milliers de demandeurs d’asile et de migrants sans papiers, aux côtés de l’Italie et de la Grèce.

Des migrants font la queue devant l'hôtel de ville de Barcelone pour obtenir les documents nécessaires pour demander l'amnistie espagnole en matière d'immigration, le 20 avril 2026.

Des migrants font la queue devant l’hôtel de ville de Barcelone pour obtenir les documents nécessaires pour demander l’amnistie espagnole en matière d’immigration, le 20 avril 2026.


Beaucoup arrivent via une longue et périlleuse route atlantique depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux îles Canaries, bien que leur nombre ait diminué l’année dernière après avoir culminé en 2024.

Depuis avril, des flots d’hommes, de femmes et d’enfants font la queue dans les rues pour obtenir des documents et se présenter aux rendez-vous de régularisation, en plus des demandes en ligne.

Même si l’on craignait une saturation des services chargés du projet, Mohamed, un Marocain résidant dans la région nord de la Cantabrie, a estimé que le parcours administratif était « relativement facile ».

Ce demandeur d’emploi de 23 ans, qui a refusé de donner son nom de famille, séjourne de manière irrégulière en Espagne depuis environ quatre ans et espère « pouvoir travailler légalement et payer ses cotisations ».

L’obtention d’un statut légal lui évitera également d’être confronté à des employeurs peu scrupuleux qui « exploitent » les migrants irréguliers « en leur versant de bas salaires, sans aucun droit ou… ne les payant pas du tout », a-t-il déclaré à l’AFP.

Des migrants font la queue devant l'hôtel de ville de Barcelone pour obtenir les documents nécessaires pour demander l'amnistie espagnole en matière d'immigration, le 29 avril 2026.

Des migrants font la queue devant l’hôtel de ville de Barcelone pour obtenir les documents nécessaires pour demander l’amnistie espagnole en matière d’immigration, le 29 avril 2026.


Sánchez, qui a présidé l’une des économies développées à la croissance la plus rapide au monde ces dernières années, a vanté les avantages de l’immigration pour des secteurs tels que la construction, qui ont besoin de renforcer leur main d’œuvre.

Les chefs d’entreprise espagnols ont salué la campagne de régularisation, mais l’opposition conservatrice et d’extrême droite est furieuse contre une politique qui, selon eux, encouragerait davantage l’immigration irrégulière.

Tout en acceptant les « tensions » et les « défis » liés à l’immigration et à l’intégration, Sánchez a accusé mardi la droite d' »alimenter la peur (et) d’attiser un discours xénophobe qui ne résout aucun problème ».