Macron se rend en Nouvelle-Calédonie pour faire face à la crise sur un territoire instable

Martin Goujon

Macron se rend en Nouvelle-Calédonie pour faire face à la crise sur un territoire instable

PARIS — Le président français Emmanuel Macron a embarqué mardi soir pour un vol de 25 heures vers la Nouvelle-Calédonie, dans le but de reprendre le contrôle d’une crise en cours suite à une violente insurrection sur le territoire français.

L’archipel, situé à plus de 15 000 kilomètres de la France métropolitaine, est devenu une priorité absolue pour le gouvernement parisien après une semaine de violentes manifestations qui ont fait six morts.

Même si le niveau de violence a baissé ces derniers jours depuis que l’État français a appelé des milliers de policiers et de militaires supplémentaires, les tensions entre les partisans de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et les loyalistes français restent à leur plus haut niveau depuis des décennies.

L’enjeu pour Macron est désormais de trouver une solution politique durable pour rétablir la paix sur le territoire du Pacifique Sud.

« Le calme revient, mais la situation n’est pas tout à fait revenue à la normale, et nous sommes conscients qu’il reste beaucoup à faire avant que les choses reviennent à la normale », a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot, lors d’une conférence de presse. Le but de ce voyage, a déclaré le Premier ministre Gabriel Attal aux législateurs, est de « relancer le dialogue ».

Les manifestations ont été déclenchées par le vote de l’Assemblée nationale française permettant à tous les citoyens résidant en Nouvelle-Calédonie depuis plus de 10 ans d’élire le corps législatif local. Le droit de vote à ces élections était jusqu’à présent réservé aux citoyens installés dans l’archipel avant 1998 — date à laquelle le gouvernement français a lancé un processus d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie — ou à leurs descendants.

Les forces indépendantistes affirment qu’élargir le corps électoral réduirait davantage l’influence de la population autochtone kanak, dont la part de la population a diminué depuis que la France a pris le contrôle du territoire il y a plus de 170 ans. Les partisans de la réforme y voient une nécessité démocratique, soulignant que les règles actuelles excluent même certains citoyens nés en Nouvelle-Calédonie du droit de vote.

Le changement nécessiterait un amendement constitutionnel et doit donc encore être approuvé par les législateurs des deux chambres du Parlement français lors d’une session ad hoc.

La décision de convoquer une telle session appartient à un seul homme : Macron.

Son plan : pousser les deux parties à négocier un accord pour mettre fin aux manifestations.

Dans une lettre envoyée la semaine dernière aux représentants calédoniens, pour et contre l’indépendance, le président français a qualifié la réforme du corps électoral de « principe démocratique ». Macron a ajouté qu’il était désormais « de sa responsabilité » de convoquer une session ad hoc, mais a ouvert la porte à l’abandon du projet de loi en faveur d’une réforme constitutionnelle plus large si les forces politiques locales parvenaient à trouver un accord.

Sous le départ de Macron, la stratégie n’a pas changé : un conseiller présidentiel a déclaré que Macron adopterait une « posture d’écoute », mais restait déterminé à convoquer les législateurs à un vote avant juillet à moins qu’il ne perçoive la possibilité d’un accord imminent. Il y a ici un équilibre délicat pour Macron car le report du vote pourrait être considéré comme une cession à la violence.

Les tentatives de médiation ont jusqu’à présent échoué : une réunion vidéo à trois entre les législateurs calédoniens des deux côtés du débat sur l’indépendance et Macron a été annulée la semaine dernière, la présidence française ayant déclaré que les responsables locaux n’étaient pas disposés à se parler.

Dans un communiqué, le Front de libération nationale kanak et socialiste indépendantiste a déclaré que « la seule réponse à cette crise est politique » et a appelé l’État français à mettre en place « une dernière étape dans le processus d’indépendance ». Nicolas Metzdorf, parlementaire farouchement anti-indépendantiste et membre du groupe Renaissance pro-Macron à l’Assemblée nationale, a déclaré qu’il resterait « vigilant pour garantir que les valeurs démocratiques que nous défendons soient défendues » lors des entretiens organisés lors de la visite de Macron.

Trois référendums sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ont eu lieu entre 2018 et 2021. Les électeurs ont choisi de rester en France lors des deux premiers votes, mais le troisième a été marqué par une faible participation, les séparatistes ayant appelé leurs partisans à boycotter le vote en raison du refus de l’État de le reporter en raison de la pandémie de Covid-19.

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