L'Italie et la France demandent une exemption sur les engrais de la taxe carbone aux frontières de l'UE

Jean Delaunay

L’Italie et la France demandent une exemption sur les engrais de la taxe carbone aux frontières de l’UE

La France et l’Italie demandent à la Commission européenne d’exonérer les droits de douane sur le carbone sur les engrais importés de la taxe carbone aux frontières du bloc, entrée en vigueur le 1er janvier. Ils affirment que cette mesure contribuera à préserver la compétitivité européenne pour les agriculteurs locaux.

La France et l’Italie demandent à la Commission européenne d’exonérer les engrais de la taxe carbone aux frontières du bloc, qui oblige les importateurs européens à payer pour la pollution causée par les produits entrant dans l’UE, selon deux documents consultés par L’Observatoire de l’Europe.

Les responsables français et italiens craignent que le secteur agricole du pays ne soit exposé à une « augmentation significative » du coût des engrais importés dans l’UE, les Français estimant que les prix augmenteront d’environ 25 % en raison des nouvelles taxes.

« Un tel report apaiserait les tensions dans le secteur agricole et donnerait le temps aux opérateurs économiques de rétablir des conditions d’approvisionnement en engrais satisfaisantes pour la campagne 2026 », indique une lettre envoyée par les Français et consultée par L’Observatoire de l’Europe.

Les engrais sont essentiels en agriculture pour reconstituer les éléments nutritifs du sol, comme l’azote, afin d’augmenter les rendements des cultures et d’assurer la sécurité alimentaire, malgré leurs défis environnementaux.

Cependant, la grande quantité d’énergie nécessaire à la fabrication de ces produits chimiques se répercutera en fin de compte sur la taxe carbone aux frontières de l’UE.

La taxe carbone aux frontières de l’UE, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), couvre actuellement les engrais azotés, tels que l’ammoniac, les engrais composés et minéraux, ainsi que d’autres engrais dont les émissions sont importantes du fait des processus de production.

Alors que la France soutient la taxe dans son ensemble, la qualifiant d’« outil fondamental » pour renforcer la tarification du carbone et garantir une concurrence équitable avec les pays tiers, Paris a exprimé ses inquiétudes quant au fait que la loi augmenterait inévitablement les coûts pour les agriculteurs déjà en difficulté, confrontés à la faiblesse des prix des récoltes et à la hausse des coûts d’importation des engrais, notamment en provenance de Russie.

L’Algérie, la Biélorussie, la Chine, l’Égypte et les États-Unis comptent parmi les principaux pays vendeurs d’engrais à l’UE. Les engrais en provenance de Biélorussie et de Russie ont été frappés par les droits de douane de l’UE l’été dernier.

Celles-ci fonctionneraient sous ce régime même si la proposition franco-italienne était appliquée, a déclaré le ministre italien Lollobrigida.

Davantage de mesures pour soutenir les agriculteurs européens

Une deuxième lettre, signée par le ministère italien de l’Agriculture, exhorte la Commission à envisager d’autres mesures parallèles en faveur des agriculteurs « dans un avenir immédiat ».

Cela pourrait être réalisé en supprimant les droits de douane sur les engrais importés de pays tiers, a déclaré le ministre italien.

« La situation alarmante du marché suggère qu’une clause suspensive sur les effets du CBAM sur les engrais devrait être activée le plus rapidement possible », lit-on dans la lettre italienne adressée au commissaire chargé de l’agriculture, Christophe Hansen.

Fertilizers Europe, une association professionnelle basée à Bruxelles, a déclaré que l’entrée en vigueur du mécanisme financier dans le cadre du CBAM entraînerait « de fortes incertitudes financières » pour les mélangeurs et importateurs d’engrais de l’UE, les empêchant de passer de nouvelles commandes d’engrais.

« Avec 50 % des approvisionnements en engrais de l’UE provenant de pays tiers et les stocks actuels ne couvrant qu’environ 60 % des besoins de l’année prochaine, cette incertitude menace le commerce des engrais et la continuité de la disponibilité des engrais pour les agriculteurs européens », a déclaré Fertilizers Europe dans un communiqué.

Les ministres européens de l’agriculture se réunissent à Bruxelles

Les ministres de l’UE se réuniront mercredi à Bruxelles pour discuter d’une éventuelle exemption du CBAM, alors que les gouvernements européens débattent des moyens d’approuver l’accord commercial controversé du Mercosur avec les pays d’Amérique latine, dont le Brésil, qui verrait une réduction générale des droits de douane mais ouvrirait également le marché unique européen aux produits sud-américains.

Le 6 janvier, la Commission a annoncé l’accès à 45 milliards d’euros de financement dans le cadre du prochain budget de la politique agricole commune dès 2028 pour apaiser les agriculteurs.

La France a rassemblé le soutien des États membres pour soutenir sa proposition d’exemption sur les engrais, selon deux responsables européens.

« Nous étudions la proposition française », a déclaré un diplomate européen à L’Observatoire de l’Europe.

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