Le Japon adopte le plus grand budget d'État de son histoire, d'une valeur de 664 milliards d'euros

Jean Delaunay

Le Japon adopte le plus grand budget d’État de son histoire, d’une valeur de 664 milliards d’euros

La chambre haute du parlement japonais a adopté un budget d’État de 122 300 milliards de yens (664 milliards d’euros), la plus grande allocation de l’histoire du pays. Cette décision reflète l’objectif du Premier ministre Takaichi d’une politique budgétaire expansionniste.

Le budget budgétaire du Japon pour 2026 a été adopté mardi après son approbation par la chambre haute du parlement, finançant l’État à hauteur de 122 300 milliards de yens (664 milliards d’euros), la plus grande allocation de l’histoire du pays.

L’adoption du projet de loi de dépenses intervient après que le gouvernement a été contraint d’adopter un budget provisoire d’urgence le 30 mars, après qu’il ait été clair que la chambre haute du parlement n’approuverait pas le budget complet avant le 31 mars, fin de l’exercice budgétaire.

La chambre basse du parlement japonais, la plus puissante, avait déjà approuvé le budget le 13 mars car il est contrôlé par une majorité des deux tiers du Parti libéral-démocrate (LDP) au pouvoir du Premier ministre Sanae Takaichi.

Cependant, à la chambre haute, le PLD et son partenaire de coalition, le Parti japonais de l’innovation, sont à quatre sièges de la majorité sur les 247 membres de la chambre.

C’était la première fois en 11 ans que le projet de loi de dépenses de l’État japonais n’était pas adopté avant le 1er avril en raison de la décision du Premier ministre Takaichi de convoquer des élections anticipées en février, un mois que la chambre basse consacre normalement à débattre du budget.

Il s’agissait des premières élections générales japonaises organisées en février depuis 1990, ce qui rend la situation plutôt anormale.

Le Premier ministre japonais Takaichi met des épinglettes sur les candidats qui ont remporté les élections à la Chambre basse, le 8 février 2026.

Le Premier ministre japonais Takaichi met des épinglettes sur les candidats qui ont remporté les élections à la Chambre basse, le 8 février 2026.


L’approbation du budget confirme l’objectif du Premier ministre Takaichi d’une politique budgétaire expansionniste, le projet de loi prévoyant 39 000 milliards de yens (211,7 milliards d’euros) pour les dépenses de sécurité sociale, ce qui représente environ 32 % des dépenses totales.

Entre autres choses, le nouveau budget ajoute 700 milliards de yens (3,8 milliards d’euros) pour la gratuité des frais de scolarité au lycée et des repas dans les écoles primaires publiques, tandis que 370 milliards de yens (2 milliards d’euros) seront partagés entre les gouvernements national et locaux.

Le projet de loi de dépenses comprend également 8 800 milliards de yens (47,7 milliards d’euros) pour les dépenses de défense, soit une augmentation de 300 milliards de yens (1,6 milliard d’euros) par rapport à l’année dernière. Investir davantage dans la défense est l’un des objectifs politiques explicites du Premier ministre Takaichi.

Ce budget massif a été élaboré dans un contexte de pression sur les marchés financiers, soulignée par la hausse des rendements des obligations d’État et l’affaiblissement du yen japonais.

Craintes d’inflation et hausse de la dette au Japon

Les critiques avertissent que le programme de dépenses record risque d’alimenter les pressions mêmes pour lesquelles il est censé contrer.

La dette publique du Japon s’élève déjà à plus de 250 % du PIB, la plus élevée parmi les grandes économies, et le budget de 122 300 milliards de yens (664 milliards d’euros) nécessitera des emprunts substantiels.

Alors que l’inflation sous-jacente se situe au-dessus de l’objectif de 2 % de la Banque du Japon et que le yen japonais subit une pression baissière soutenue, les critiques craignent que la politique ouvertement expansionniste du Premier ministre Takaichi soit tout simplement « trop souple ».

La hausse des rendements des obligations d’État ces dernières semaines témoigne d’une inquiétude croissante du marché selon laquelle une politique budgétaire laxiste pourrait éroder la stabilité des prix durement acquise et compliquer les efforts de la banque centrale pour normaliser la politique monétaire.

En outre, l’incertitude actuelle concernant la guerre en Iran jette également une ombre sur l’économie japonaise.

Le détroit d’Ormuz est une artère énergétique essentielle pour le Japon, puisque plus de 90 % de ses importations de pétrole brut proviennent du Moyen-Orient, la plus grande partie traversant le goulot d’étranglement maritime.

Alors que le gouvernement japonais insiste sur le fait que les investissements dans la défense, l’éducation et la sécurité sociale soutiendront la croissance à long terme, les sceptiques affirment que sans mesures crédibles de réduction de la dette, le budget pourrait à terme miner la résilience économique du Japon.