Le délégué commercial promet un « nouvel outil » pour diversifier les fournisseurs et réduire la dépendance à l'égard de la Chine

Jean Delaunay

Le délégué commercial promet un « nouvel outil » pour diversifier les fournisseurs et réduire la dépendance à l’égard de la Chine

La Commission européenne prépare un nouvel outil pour réduire la dépendance du bloc à l’égard de la Chine, le chef du Commerce, Maroš Šefčovič, ayant déclaré vendredi que les entreprises pourraient être obligées de s’approvisionner auprès d’au moins trois fournisseurs différents.

Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a promis vendredi un nouvel instrument destiné à aider les entreprises européennes à diversifier leurs fournisseurs et à prévenir les pénuries de matériaux essentiels en provenance de Chine.

« La diversification nécessite désormais un instrument dédié », a déclaré Šefčovič lors du Forum de Bruxelles sur la sécurité économique, organisé par le European Policy Centre et en partenariat avec L’Observatoire de l’Europe. « Les récentes affaires industrielles, notamment celles liées à l’approvisionnement en puces et en terres rares, ont renforcé ma conviction qu’un changement radical est nécessaire. »

Son annonce fait suite à des perturbations dans les industries stratégiques européennes l’année dernière, lorsque la Chine a bloqué les exportations de terres rares – essentielles aux technologies vertes et au secteur de la défense – ainsi que de puces utilisées par l’industrie automobile.

Cependant, une telle décision pourrait attiser davantage les tensions avec Pékin, qui a déjà menacé de représailles si l’UE fermait son marché aux entreprises chinoises.

« L’industrie doit faire sa part »

Šefčovič a ensuite déclaré à L’Observatoire de l’Europe que cette approche impliquerait d’exiger des entreprises qu’elles s’approvisionnent auprès de trois fournisseurs différents, même s’il restait encore à déterminer « que faire réellement de la proposition juridique ».

La proposition garantirait que les entreprises ne dépendent pas entièrement d’un seul fournisseur, comme la Chine. Toutefois, les entreprises européennes pourraient être réticentes à soutenir une telle mesure si elle augmente les coûts de production.

Le commissaire a déclaré que la sécurité économique était une « responsabilité » partagée et que les entreprises européennes devraient considérer les risques géopolitiques comme faisant partie de leurs « activités principales ».

« L’industrie est en première ligne. Nous devons les soutenir, mais l’industrie doit aussi faire sa part. »

En 2025, les autorités néerlandaises ont racheté le fabricant de puces Nexperia, craignant que son propriétaire chinois, Wingtech Technology, ne délocalise ses opérations clés et sa propriété intellectuelle en Chine. Pékin a réagi en bloquant temporairement les exportations de puces essentielles aux produits de Nexperia et à l’industrie automobile européenne.

La menace qui pèse sur l’Europe ne provient pas uniquement de l’approvisionnement en puces. Cela vient aussi de la dépendance du bloc aux terres rares chinoises, dont 90 % sont raffinées et transformées par le géant asiatique.

Lors des tensions commerciales de l’année dernière avec les États-Unis, la Chine a également interrompu ses exportations de terres rares. Les expéditions ont repris après plusieurs semaines de négociations, mais la trêve n’a été conclue que pour un an, jusqu’en octobre 2026, laissant l’Europe avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus d’elle.

Les relations entre la Chine et l’UE sont de plus en plus tendues alors que Bruxelles prépare de nouveaux outils pour se protéger contre la surcapacité croissante de la Chine. Le bloc est confronté à un déficit commercial record de 359,9 milliards d’euros et continue de lutter pour rétablir des règles du jeu équitables avec Pékin malgré des efforts de dialogue soutenus.

Dans le même temps, les entreprises européennes se plaignent des pratiques commerciales déloyales de la Chine, tandis que plusieurs États membres – dont la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Lituanie – ont exhorté la Commission à adopter une position plus ferme au moyen de nouveaux instruments de défense commerciale.

Mais deux projets de loi de l’UE – la loi dite sur l’accélération industrielle et la loi sur la cybersécurité – visant à renforcer l’accès au marché européen pour les entreprises chinoises ont déjà suscité des menaces de représailles de la part de Pékin, soulevant la perspective d’une guerre commerciale si l’UE allait plus loin.