Les principaux partis politiques roumains n’ont pas respecté la date limite pour se mettre d’accord sur une réforme des salaires du secteur public, une condition essentielle pour recevoir un financement de l’UE après la pandémie. Cet échec a déclenché un jeu de reproches entre les forces pro-européennes du pays.
La Roumanie est sur le point de perdre au moins 770 millions d’euros de fonds européens après que des désaccords politiques ont empêché le pays de respecter une échéance clé de son plan de relance post-pandémique.
Les principaux partis politiques n’ont pas réussi à parvenir à un consensus sur une nouvelle loi sur les salaires du secteur public avant la date limite du 31 août pour achever les réformes liées au Plan national de relance et de résilience.
Selon des sources européennes, le non-respect du délai coûtera à la Roumanie environ 770 millions d’euros, à déduire des 8,44 milliards d’euros de fonds européens encore dus au pays, soit environ 40 % de l’ensemble du plan de relance de 21,41 milliards d’euros.
Le calcul final de la perte financière sera effectué lors de l’évaluation par la Commission européenne de la demande de paiement final de la Roumanie, qui doit être soumise avant la fin septembre.
Le président roumain Nicusor Dan a déclaré la semaine dernière que la législation était techniquement presque finalisée et qu’elle pourrait encore être adoptée d’ici la fin de l’année. Il a décrit la réforme comme un « sujet complexe avec des implications sociales et économiques majeures » qui a été débattu « sous une énorme pression du temps ».
L’échec de la réforme des salaires du secteur public est la principale raison pour laquelle la Roumanie risque de perdre le financement de l’UE. Plusieurs objectifs plus modestes, notamment les réformes liées à la décarbonation, n’ont pas non plus été atteints.
Les syndicats roumains se sont fermement opposés au projet de loi, arguant qu’il pourrait réduire les salaires de certaines catégories d’agents publics et que les ajustements proposés liés à l’inflation seraient insuffisants.
Le conflit a également déclenché des protestations de la part des syndicats. Plusieurs fédérations ont manifesté devant le ministère du Travail le 25 août pour exiger une augmentation du salaire minimum et la reprise des négociations collectives.
L’impasse a donné lieu à un âpre jeu de reproches au sein de l’ancienne coalition gouvernementale, dirigée par le Premier ministre de centre-droit Ilie Bolojan.
Le ministre du Travail par intérim, Dragoș Pîslaru, a imputé cet échec au Parti social-démocrate (PSD), l’accusant de bloquer la réforme et d’avoir fait aux syndicats des promesses qui n’ont pas pu être tenues compte tenu des contraintes financières de la Roumanie. Pîslaru a également accusé le parti de ne pas avoir préparé la législation pendant les années où il contrôlait le ministère du Travail.
Le PSD a rejeté ces accusations et, à son tour, a blâmé le Parti national libéral (PNL), Bolojan et Pîslaru pour l’échec de la réforme, les accusant de garder le projet de loi à l’abri du contrôle public et de ne pas parvenir à un accord avec les syndicats.
Le gouvernement de Bolojan s’est effondré en mai après une motion de censure soutenue par le PSD et l’Alliance pour l’Union des Roumains (AUR), un parti d’extrême droite. Le vote a marqué l’effondrement de la coalition pro-européenne au pouvoir et a accru l’incertitude politique dans le pays.
Le PSD et l’AUR pourraient aller jusqu’à former une nouvelle coalition, potentiellement avec le parti d’extrême droite SOS Roumanie, même si une telle alliance représenterait un changement majeur par rapport à la précédente formule de gouvernement pro-européenne du pays.
Une telle évolution briserait encore davantage le camp politique pro-européen, qui semble désormais de plus en plus difficile à réunir après l’effondrement du gouvernement.
Un autre différend politique lié au financement de l’UE a éclaté la semaine dernière à propos de la législation concernant les conflits d’intérêts impliquant des agents publics.
La loi dite sur l’intégrité a finalement été approuvée, y compris un amendement controversé qui retirerait le chef du parti libéral Dominic Fritz de son poste de maire de Timișoara.
Le Parti populaire européen du Parlement européen et les groupes Renew Europe ont tous deux critiqué le projet de loi, appelant la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à faire pression sur le Parlement roumain pour qu’il le modifie.
Les libéraux et les conservateurs ont fait valoir que l’application rétroactive de la loi visait à cibler Fritz, avertissant qu’elle pourrait contribuer à « saper la démocratie roumaine ».
Bien que la loi ait été approuvée avant la date limite, le paiement correspondant pourrait encore être gelé si la Commission européenne concluait que la législation n’est pas conforme aux normes de l’État de droit de l’UE. Cela pourrait entraîner une nouvelle réduction des fonds européens disponibles pour la Roumanie.


