La Commission européenne s'apprête à dénoncer les réductions des taxes italiennes sur les carburants face à la flambée des prix de l'énergie

Jean Delaunay

La Commission européenne s’apprête à dénoncer les réductions des taxes italiennes sur les carburants face à la flambée des prix de l’énergie

La Commission européenne s’apprête à critiquer la réduction des droits d’accises sur les carburants par le gouvernement italien dans un rapport qui sera publié mercredi. Rome a demandé plus de flexibilité budgétaire pour faire face à la crise énergétique, qui, selon Bruxelles, devrait s’adresser aux familles et aux industries vulnérables.

Rome a mis en place une série de mesures d’urgence pour atténuer la hausse des coûts de l’énergie provoquée par la guerre en Iran. Après le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne devrait également faire valoir que des mesures aussi larges et non ciblées sont inefficaces, selon un document obtenu par L’Observatoire de l’Europe.

Ces dernières semaines, le gouvernement italien s’est fait de plus en plus entendre pour demander que la flexibilité budgétaire récemment accordée aux dépenses de défense soit étendue pour couvrir la hausse des coûts de l’énergie – notamment dans une lettre envoyée par la Première ministre Giorgia Meloni à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Bien que von der Leyen n’ait pas encore répondu directement à Meloni, la Commission doit présenter mercredi ses recommandations par pays, l’un des principaux outils de coordination économique de l’UE et une occasion clé pour aborder la politique budgétaire.

Selon une première version des recommandations consultée par L’Observatoire de l’Europe, Rome devrait « garantir que toutes les mesures prises pour atténuer l’impact de la hausse des prix de l’énergie soient temporaires, ciblées sur la protection des ménages vulnérables et répondre aux besoins des entreprises à forte intensité énergétique, préserver les incitations aux économies d’énergie tout en garantissant que leur coût budgétaire est compatible avec les trajectoires de dépenses recommandées ».

Le rapport ne répond pas à la demande de Meloni d’étendre la clause de sauvegarde nationale – une mesure extraordinaire introduite l’année dernière pour exempter les dépenses de défense du cadre de contraintes budgétaires de l’UE.

Les recommandations suggèrent effectivement que la flexibilité est possible, mais uniquement pour soutenir les ménages vulnérables et les industries les plus exposées, et non par le biais de subventions horizontales.

La Commission souligne en particulier l’expérience de la crise énergétique de 2022-2023, déclenchée par la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, faisant valoir que des mesures larges et non ciblées entraînent un coût budgétaire important tout en étant inefficaces sur les plans social et économique.

« Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient en février 2026, l’Italie a adopté des mesures de politique budgétaire pour atténuer l’impact des prix élevés de l’énergie sur les ménages et les entreprises », poursuit le document.

La Commission signale notamment une réduction « non ciblée » des droits d’accises sur les carburants, une mesure qui expire le 6 juin, ainsi qu’un crédit d’impôt ciblé sur les transports routiers, la pêche et les entreprises agricoles.

Cela correspond à la position du Fonds monétaire international, qui a déclaré la semaine dernière que « la récente réduction généralisée des droits d’accise sur le diesel et l’essence, destinée à amortir l’impact du choc, devrait être remplacée par des transferts monétaires ciblés en faveur des ménages les plus vulnérables ».

Le coût budgétaire estimé de ces mesures est d’environ 0,1 % du PIB en 2026, mais pourrait atteindre 0,3 % si elles sont maintenues jusqu’à la fin de l’année.

L’Italie affiche déjà le ratio dette/PIB le plus élevé de l’UE, à environ 138,5 %, et la Commission appelle Rome à garantir que « les dépenses nettes respectent la voie corrective recommandée ».

L’Italie a également les coûts énergétiques les plus élevés d’Europe. La perturbation des routes d’approvisionnement du Golfe a incité la Commission à réduire sa prévision de croissance du PIB pour 2026 de 0,8 % à 0,5 %.

La semaine dernière, le commissaire européen Raffaele Fitto – qui appartient au parti de droite des Frères d’Italie de Meloni – a écrit aux ministres européens pour suggérer que les fonds de cohésion non dépensés pourraient être réorientés pour faire face à la crise énergétique.

Toutefois, le rapport note que les dépenses du Fonds de cohésion en Italie restent inférieures à la moyenne de l’UE, ce qui souligne des difficultés de mise en œuvre dues à une gouvernance fragmentée et à une faible capacité administrative.

Le projet critique également la politique énergétique de Rome pour sa dépendance structurelle à une production coûteuse au gaz, que la Commission considère comme un obstacle majeur à l’électrification pour les ménages et l’industrie, et pour sa lente adoption des énergies renouvelables.

Alors que Bruxelles les juge inefficaces, les allègements fiscaux temporaires sur les énergies fossiles sont extrêmement populaires en Italie. Le gouvernement a introduit ces mesures alors que le pays entre dans une phase cruciale des élections locales, dont le second tour est prévu ce week-end.

Alors que les élections législatives se profilent à l’horizon l’année prochaine, il reste à voir si la flexibilité limitée proposée incitera Rome à baisser la température – ou à rechercher une escalade encore plus forte qui pourrait générer des résultats électoraux importants.

Ce qui semble certain, c’est que, quel que soit l’espace budgétaire offert par Bruxelles, le gouvernement italien devra en fin de compte rassurer les marchés financiers sur sa capacité à continuer à financer son énorme dette nationale.