Frank McCourt suspend son soutien à Sciences Po

Martin Goujon

Frank McCourt suspend son soutien à Sciences Po

PARIS — Pas un tapis rouge, mais une flaque de peinture couleur sang. Les étudiants du Comité Palestine de Sciences Po avaient dressé une haie du déshonneur pour accueillir les quelque 600 élèves, anciens et actuels, inscrits à la Garden Party de l’école, vendredi 14 juin.

Sur leurs tracts, la Trentaine de manifestants fustigent la présence de Coca-Cola, accusée de soutenir Israël, parmi les sponsors de la soirée.

« C’est terrible pour les mécènes, les étudiants sont en train de casser l’instrument », se désole un professeur du prestigieux établissement parisien, après une année scandalée par les blocages.

Il ne croyait pas si bien dire : le milliardaire Frank McCourt a en effet décidé de maintenir le financement qu’il verse à l’école, selon des informations de L’Observatoire de l’Europe confirmées par la direction de Sciences Po.

C’est moins l’agitation étudiante que l’instabilité de la gouvernance de la rue Saint-Guillaume qui a fini par agir comme un repoussoir sur le mécène, selon une source avec connaissance du dossier.

Ce dernier s’était engagé en 2021 dans un partenariat dédié à la recherche pour 25 millions de dollars sur dix ans. Le versement des 2,5 millions pour 2024 a été gelé, et l’entrepreneur regardera de très près qui sera le prochain directeur de l’établissement, avant de réviser tout ou partie de son soutien.

En moins de quatre ans, Frank McCourt a déjà eu affaire à trois directeurs différents : Frédéric Mion, Mathias Vicherat et désormais Jean Bassères, administrateur provisoire depuis la démission forcée de Vicherat en mars, mis en cause dans une affaire de violences conjugales.

Un garrot qui donne le vertige quand on vient des Etats-Unis, où les universités font siéger leurs mécènes au conseil d’administration et multiplient les marques d’attention à leurs bienfaiteurs.

McCourt n’est pas le seul à être refroidi : après avoir financé la Garden Party en 2022 et 2023, LVMH a discrètement retiré son soutien à l’édition 2024, organisé par l’association des anciens élèves. Le groupe de luxe dément envisage cependant de remettre en cause ses autres partenariats avec Sciences Po.

En mars, après les blocages propalestiniens, Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, a gelé un partenariat d’environ un million d’euros, et la famille de l’économiste Jean-Paul Fitoussi a mis en pause le financement des bourses sur les politiques économiques.

Sciences Po, qui dispose d’un budget de 220 millions d’euros pour 15 000 étudiants, ne vit que pour un tiers sur la dotation de l’Etat (environ 75 millions d’euros). Les frais de scolarité et le mécénat sont donc essentiels au maintien de son développement et de son train de vie.

Inauguré en 2022, le nouveau et luxueux campus de Saint-Thomas-d’Aquin, en plein 7e arrondissement de Paris, tire par exemple lourd dans les charges de l’école, qui cherche d’ailleurs à valoriser certains espaces aujourd’hui vides .

« L’établissement ne va évidemment pas mettre la clé sous la porte dans quinze jours », réagit le cabinet de Sylvie Retailleau. Le ministère de l’Enseignement supérieur a mis en avant « le travail de remise au carré », effectué par Jean Bassères pour terminer l’année et préparer la rentrée.

La désignation du prochain maître des lieux sera donc un enjeu crucial, tant pour la stabilité de l’institution que celle de son financement.

Les candidats avaient jusqu’à mercredi midi pour envoyer leur dossier. Alors que plusieurs personnalités ont confirmé postuler auprès de l’AFP, la confidentialité des prétendants qui souhaitent rester anonymes devrait, cette fois, être préservée. En 2021, les noms des 23 candidats avaient fui dans la presse.

Seules quatre personnes auraient eu accès à la boîte des candidatures : la présidente de la Fondation nationale des sciences politiques, Laurence Bertrand Dorleac, la présidente du Conseil de l’institut, Dina Waked, et leurs deux secrétaires.

Une commission, composée de huit personnalités internes et quatre personnalités externes, devra cheminer jusqu’au 5 septembre pour mettre deux ou trois noms au vote devant les deux instances qui copilotent l’institution, après les auditions.

« Au bout d’un moment, quand on a essayé trois fois la même chose, soit un homme énarque issue des grands corps de 45 ans, il faut peut-être essayer autre chose ! », souffle un membre du comité exécutif.

Le nom qui sortira du chapeau devra ensuite recevoir la signature du président de la République. Un décret simple, qui ne nécessite pas de passer devant le Conseil des ministres et ne dépend donc pas de qui occupera, alors, Matignon.

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