Energie : du RN à la gauche, qui peut vraiment faire baisser la facture ?

Martin Goujon

Energie : du RN à la gauche, qui peut vraiment faire baisser la facture ?

PARIS — La campagne défile à toute vitesse, et les candidats aux législatives rivalisent de propositions pour faire baisser le coût de l’énergie pour les ménages.

Une question sensible pour le pouvoir d’achat, qui est dans toutes les têtes : en 2021, avant l’invasion russe en Ukraine, les Français ont consacré 9% de leur budget à l’énergie.

Alors que le Rassemblement national avait fait un thème de campagne important pour les élections européennes, l’alliance de gauche et le gouvernement ont renchéri de plus belle depuis l’annonce des législatives anticipées. Au risque de faire des promesses de campagne trompeuses ou difficilement réalisables.

L’Observatoire de l’Europe a passé au crible les propositions et engagements des uns et des autres.

S’exprimant dans les dernières heures avant la période de réserve préélectorale, le Premier ministre Gabriel Attal a promis samedi dernier une baisse conséquente des factures d’électricité «dès l’hiver prochain».

Cette baisse représente « 200 euros de moins », et ce, « grâce à la réforme du marché européen de l’électricité que nous avons obtenu », at-il avancé au 20 heures de France 2.

Sauf que cette baisse aurait eu lieu « quoi qu’il arrive » et n’a rien à voir avec cette réforme, éclaire Phuc-Vinh Nguyen, chercheur spécialiste de l’énergie à l’Institut Jacques Delors.

Si on résout la facture d’électricité, on trouve : un niveau de taxes, un niveau de coûts du réseau, et un niveau lié au prix de l’électricité. Cette dernière tranche dépend du prix de l’électricité nucléaire, qui est fixé par l’Etat, et de la moyenne des prix de marché sur deux ans.

Cela implique que l’année 2022, où les prix de l’électricité ont flambé, ne sera plus prix en compte à partir de 2025. Les prix de marché ayant baissé dans l’intervalle, cela fera mécaniquement baisser la facture.

Rien à voir, donc, avec l’action du gouvernement.

Le Rassemblement national lui propose de réduire les factures d' »au moins 40% », en revenant à un « prix français » de l’électron, selon le député lepéniste Jean-Philippe Tanguy, évoqué sur BFM TV lundi.

Pour obtenir cette baisse, le RN compte réduire la TVA sur les énergies de 20% à 5,5%, et sortir des « règles » du marché européen de l’électricité. Un scénario ambigu dans lequel EDF deviendrait l’unique fournisseur d’électricité, et où le prix serait en partie fondé sur son coût moyen de production.

Ces deux mesures ne permettent pourtant pas d’obtenir la baisse escomptée, expliquée récemment à L’Observatoire de l’Europe Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting.

Même avec une baisse de la TVA, « il y a encore 15 % à 20 % à aller chercher ailleurs. Je ne vois pas où ils vont chercher ça», indique-t-il.

En outre, calquer le prix moyen de l’électricité sur le coût de production français serait contre-productif. Pour qu’EDF rentre dans ses frais, le prix de la part de l’électricité nucléaire, actuellement fixé à 42 euros le mégawattheure, devrait augmenter pour atteindre « autour de 60 euros », toujours selon cet expert.

Ce qui ne ferait pas vraiment baisser la facture, bien au contraire.

Opter pour un taux réduit de TVA sur l’énergie et les carburants entraînerait d’ailleurs un manque à gagner d’au moins 10,3 milliards d’euros pour les caisses de l’Etat, selon une estimation de l’Institut Montaigne, un think tank libéral, avant la présidentielle de 2022.

«C’est un fusil à un coup, une politique de très court terme», prévient l’économiste Patrice Geoffron, spécialiste de l’énergie.

Le RN veut également faire baisser les factures de gaz dont le prix repère, une boussole établie par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), augmentanta de 11,7% en juillet par rapport au mois de juin.

«Nous considérons que le prestataire doit faire des efforts», a déclaré Jean-Philippe Tanguy sur Sud Radio, en référence au distributeur GRDF, qui bénéficie en partie de cette hausse via les frais de réseau de distribution.

Versé à GRDF, ce tarif est destiné à l’entretien des infrastructures. Après quatre ans sans revalorisation, la CRE a décidé de l’augmenter pour rattraper l’inflation, mais aussi pour préparer l’avenir. Ce choix compte pour moitié dans l’augmentation du mois de juillet.

Pour alléger la facture, en plus du coûteux abaissement de la TVA, Jean-Philippe Tanguy prône également le rétablissement d’un tarif réglementé du gaz.

Cette solution, annonciatrice d’un bras de fer avec Bruxelles, n’enrayerait pourtant pas la courbe des prix, pointe Patrice Geoffron. « La régulation est un mécanisme de lissage, mais en aucun cas elle n’empêche une hausse du prix sur le marché mondial », poursuit-il.

Pour l’université, « si le RN veut protéger les Français d’une flambée des cours du gaz, il faut être prêt à mettre des milliards sur la table avec un bouclier tarifaire ». Au risque, selon lui, de «cramer la caisse».

Le programme du Nouveau Front populaire propose pour sa part de bloquer les prix de l’énergie et du carburant par décret, mais aussi d’abolir une « taxe Macron » de 10 % sur les factures d’énergie.

Renseignement pris auprès d’Aïssa Ghalmi, des Ecologistes : il s’agit d’une référence à une taxe sur l’électricité qui avait été suspendue dans le cadre du bouclier tarifaire, avant d’être en partie rétablie en février.

«On reviendra sur ça, parce qu’on considère que l’énergie occupe une proportion trop importante du budget des ménages les plus modestes», explique à L’Observatoire de l’Europe le responsable Ecolo, qui fait partie de ceux qui ont négocié le programme à gauche.

Mesure complémentaire, le blocage des prix par décret est permis, mais seulement en situation de crise et de manière temporaire. «La temporalité n’a pas encore été discutée», admet d’ailleurs Aïssa Ghalmi.

En outre, la coalition de gauche a, comme le Rassemblement national, l’augmentation des frais de réseau de distribution dans le viseur.

Pour l’économiste Patrice Geoffron, investir plus pour le réseau est pourtant « indispensable » pour relocaliser et verdir la production du gaz.

Si l’écologiste Aïssa Ghalmi reconnaît qu’il faudra financer le réseau, il remet là encore la question à plus tard. Il appelle à traiter ce problème dans un second temps, et pas avec une augmentation brutale du prix qui va « peser sur les plus modestes ».

Quoi qu’il en soit, revenir sur l’augmentation des frais de réseau n’annulera pas complètement la hausse du mois de juillet, également liée à la remontée des cours du gaz sur les marchés de gros. Au bout du fil, l’Écologue reconnaît ne pas (encore) s’être penché sur ce point.

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