En France, la colocation contribue à « stimuler » les patients atteints d'Alzheimer

Jean Delaunay

En France, la colocation contribue à « stimuler » les patients atteints d’Alzheimer

En France, des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer expérimentent la cohabitation dans un foyer avec une aide dédiée, leur apportant sécurité et stimulation.

Dans le nord-est de la France, les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles cognitifs associés vivent ensemble dans un logement partagé qui leur est dédié, leur apportant sécurité et stimulation.

Marlène, 84 ans, est devenue la première locataire de la maison ouverte en février.

Elle vivait auparavant dans une résidence individuelle mais vivre seule était devenu un défi avec la progression de sa maladie.

« Elle a confondu les gens qui venaient faire le ménage, ses affaires ont été déplacées », raconte sa cousine Yolande, venue lui rendre visite.

Son appartement, situé dans « un bel immeuble » à quelques kilomètres de là, était au premier étage.

« Elle est tombée plusieurs fois dans les escaliers » et s’est même cassé le poignet, a ajouté Suzanne, une amie de longue date.

« Elle a dit, je veux vivre avec une femme », explique Yolande, qui estime que Marlène serait mieux adaptée à la vie partagée qu’à la résidence en maison de retraite. Les maisons de retraite en France font face à de vives critiques à la suite de plusieurs scandales liés à des plaintes pour négligence et abus.

Marlène a amené son chien sans qui elle aurait refusé de bouger.

Dans la colocation, elle peut discuter en alsacien avec Odile, sa nouvelle colocataire qui a le même âge qu’elle.

Tous deux disent se sentir bien dans leur nouveau foyer : « On regarde la télé ensemble, et on a des amis surtout », précise Odile.

Une « régression » plus lente

Jacqueline, 81 ans, vivait dans une maison de retraite avant d’emménager dans une maison partagée.

« Dans les maisons de retraite, les gens régressent plus rapidement », a déclaré Sandy Zeis, directrice par intérim de l’établissement.

En tant qu’aide-soignante qualifiée, elle a travaillé dans des maisons de retraite et constate une différence notable.

« Nous essayons de les stimuler, de les élever, de les aider au quotidien », a-t-elle déclaré, soulignant les activités auxquelles les locataires participent tout au long de la journée.

Le constat est partagé par Audrey Birba qui est aide à domicile depuis trois ans.

Avec les soins à domicile, « il y a toujours un temps précis » réservé à l’assistance, « 30 minutes pour le bain », par exemple, alors que certains patients en ont besoin de beaucoup plus. « Ici, on peut prendre deux heures si besoin. »

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales de juillet soulignait également une prise en charge insuffisante des personnes atteintes d’Alzheimer dans les Ehpad.

D’autres associations et entreprises ont développé des solutions d’hébergement inclusives pour ces personnes, offrant une alternative aux Ehpad ou aux soins à domicile pour plus d’un million de patients atteints d’Alzheimer en France.

« Connexion familiale »

Dans le couloir de cet ancien hôtel transformé en colocation, des citations, des dessins et même un « poème d’Alzheimer » ornent les murs.

« Ne me demandez pas de me souvenir, n’essayez pas de me faire comprendre, laissez-moi me reposer », lit-on.

Le logement comporte un salon et une table à manger permettant aux neuf résidents de vivre ensemble, « pour rétablir le lien familial », explique Djamel Souami, PDG de CetteFamille, la société qui gère la maison.

Les personnes atteintes de troubles cognitifs passent encore plus de temps dans les espaces communs, selon Samuel Ahovi, responsable des ouvertures de maisons chez CetteFamille.

En tenant compte des déductions des différents organismes d’aide et des crédits d’impôt pour les particuliers employeurs – les locataires étant en l’occurrence les employeurs des aides-soignants -, le logement coûte en moyenne 2 200 euros par mois, selon M. Souami.

La chambre de Marlène dispose d’un balcon avec vue sur la forêt, tout comme son précédent logement. Sa nouvelle ville lui rappelle aussi des souvenirs d’enfance. Ses parents possédaient une maison mobile dans le camping local et elle visitait régulièrement la région.

Malgré tout, la cousine de Marlène avoue que, dans « des moments de lucidité », elle aimerait quitter la cohabitation et retrouver sa vie à la maison.

« Elle a des souvenirs, c’est normal. Mais ils passent vite. »

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