Elections françaises : votre guide pour le dernier tour de scrutin

Martin Goujon

Elections françaises : votre guide pour le dernier tour de scrutin

PARIS — La France vote dimanche lors du dernier tour d’élections législatives qui ont des implications potentiellement massives pour le pays, l’UE et l’OTAN.

Le résultat d’Emmanuel Macron ne fait guère de doute. Après l’échec spectaculaire de son pari électoral, le président français se retrouvera, au mieux, face à un parlement sans majorité viable, où son camp sera relégué à la troisième place derrière le Rassemblement national de Marine Le Pen et une alliance de gauche composée de socialistes, d’écologistes et de militants radicaux de gauche.

Tous les regards seront tournés vers le vote d’extrême droite. Si une alliance improbable entre les centristes et la gauche réduit les chances de l’extrême droite de réunir suffisamment de sièges pour constituer la majorité, ce scénario ne peut être exclu, car il pourrait conduire à ce que la France ait un gouvernement d’extrême droite pour la première fois dans l’histoire de la République moderne.

Les premières estimations sont attendues à 20 heures précises. Les résultats officiels devraient affluer tout au long de la nuit.

Voici ce qui est en jeu et comment tout cela fonctionne.

En matière d’élections, il s’agit d’un enjeu de taille. L’extrême droite a de bonnes chances de former un gouvernement dans un pays doté de l’arme nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU qui joue un rôle majeur dans la sécurité mondiale, de l’Atlantique Nord au Pacifique. Cette même extrême droite est également sceptique quant à l’engagement de la France auprès de l’UE et de l’OTAN, alors que sans une France engagée, ces deux pays sont considérablement affaiblis.

Sur le plan financier, les traders des marchés financiers mondiaux craignent que ces tensions politiques ne secouent la septième économie mondiale et ne provoquent un nouvel épisode d’instabilité au cœur de la zone euro. Dans l’ensemble, il s’agit de l’élection la plus importante que l’Europe ait connue depuis des décennies.

La situation a rapidement dégénéré. Le 9 juin, le président français Emmanuel Macron a choqué la nation en convoquant des élections anticipées après avoir subi une défaite humiliante face au Rassemblement national d’extrême droite aux élections européennes. Son objectif était de stopper l’avancée de la droite, mais c’est un pari risqué qui pourrait se retourner contre lui.

Il s’agit d’élections parlementaires, ce qui signifie que Macron devrait rester président jusqu’en 2027. Cela dit, il devra probablement travailler avec un nouveau gouvernement et un Premier ministre qui pourraient bien lui être hostiles, ce qui pourrait faire craindre une impasse ou le chaos. Jordan Bardella est l’un des principaux candidats à la succession du Rassemblement national si celui-ci remporte les élections.

Le 9 juin, le président français Emmanuel Macron a choqué la nation en convoquant des élections anticipées. | Ludovic Marin/AFP via Getty Images

Depuis l’annonce choc de Macron, le paysage politique français a changé à une vitesse fulgurante, avec l’émergence de nouvelles alliances du jour au lendemain et des ruptures violentes sur la place publique. Il est donc difficile de faire des prévisions fiables sur les sièges et les coalitions.

Les députés français ne sont pas élus au scrutin proportionnel, mais au terme d’un scrutin complexe à deux tours dans 577 circonscriptions où la dynamique locale joue un rôle important.

La question que tout le monde se pose est de savoir si le Rassemblement national anti-immigration dirigera le pays à partir du mois prochain.

Alors que le Rassemblement national est arrivé en tête du premier tour dimanche dernier, les chances d’une victoire sans appel de l’extrême droite ont diminué cette semaine, les candidats du centre et de la gauche s’étant unis à contrecœur pour tenter d’empêcher le parti de Marine Le Pen de prendre le pouvoir pour la première fois. Des centaines de candidats dans les 577 circonscriptions électorales françaises se sont retirés des élections cette semaine pour éviter une division du vote anti-RN.

Les derniers sondages publiés vendredi avant la pause électorale du week-end donnaient toujours la victoire au Rassemblement national, avec 170 à 205 sièges dans la nouvelle chambre (contre 88 dans la chambre sortante) selon Ipsos, le plaçant devant les autres forces mais sous le seuil de majorité absolue fixé à 289 sièges.

L’alliance de gauche, baptisée Nouveau Front populaire, devrait obtenir entre 145 et 175 sièges, la coalition centriste de Macron étant à la traîne avec 118 à 148 sièges (contre 250 dans la chambre sortante).

Mais cela ne signifie pas pour autant qu’un gouvernement d’extrême droite est hors de question. Les sondages pourraient bien sûr se tromper. Il est également possible que le Rassemblement national convainque les députés désenchantés des autres partis de rompre les rangs et de rassembler suffisamment de soutiens pour former un gouvernement viable.

La coutume politique veut que le président choisisse un Premier ministre issu du parti ou de la coalition qui détient le plus de sièges au Parlement. L’extrême droite étant censée obtenir la plus grande part de sièges à l’Assemblée nationale, Macron pourrait être contraint, bien qu’à contrecœur, de faire appel à son chef Jordan Bardella pour former un nouveau gouvernement.

Bardella pourrait refuser de gouverner sans une majorité qualifiée afin d’éviter d’être terni par une période chaotique à la tête du pays avant que Marine Le Pen, du Rassemblement national, ne se présente à la présidence en 2027.

Si les résultats de dimanche soir ne rendent pas viable un gouvernement de Rassemblement national, d’autres partis pourraient se lancer dans quelque chose de largement inconnu des forces politiques du pays : la formation de coalitions entre des partis ayant des points de vue très différents sur des questions cruciales, au premier rang desquelles l’économie.

Des poids lourds de la politique ont lancé l’idée de construire une large coalition incluant des législateurs modérés de gauche et de droite – mais cela est peu probable dans un paysage politique aussi amèrement polarisé, et le parlement pourrait plutôt finir par être paralysé.

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