A supporter of the leftist coalition Nouveau Front Populaire (New Popular Front) campaigns for the second round of the legislative election, Thursday, July 4, 2024

Jean Delaunay

Elections françaises : les candidats à l’étranger en compétition pour les votes des expatriés

Les Français de l’étranger sont représentés à l’Assemblée nationale par l’élection de 11 députés sur 577, représentant chacun une région du monde différente. L’Observatoire de l’Europe a interviewé certains candidats qui se disputent ces suffrages, parfois à des milliers de kilomètres de distance.

Selon le ministère français des Affaires étrangères, environ 2,5 millions de Français vivent à l’étranger, soit environ 3,6 % de la population totale. Parmi eux, 1,7 million sont inscrits sur les listes électorales en tant qu’expatriés.

Au premier tour des élections législatives, le taux de participation des expatriés s’est élevé à 36,6 %, en forte hausse par rapport à 2022, où seuls 22,51 % avaient voté en personne, par Internet ou par correspondance. Ces deux derniers modes de vote sont réservés aux Français inscrits à l’étranger.

Être citoyen français expatrié implique d’exercer sa citoyenneté différemment, non seulement en votant, mais aussi en surmontant les difficultés d’accès aux services publics et en faisant partie de circonscriptions beaucoup plus vastes que celles de la France.

Faire campagne à l’étranger

Après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, dimanche 9 juin, les candidats se sont rapidement mobilisés. Pour Franck Pajot, candidat du Nouveau Front populaire dans la vaste circonscription de la 11e, l’enjeu est de taille.

S’adressant à L’Observatoire de l’Europe entre deux vols et taxis à Bangkok, il a expliqué qu’au cours des trois dernières semaines, il s’est également rendu à Osaka, Tokyo, Sydney, Singapour, Chiang Mai, Pattaya et Phnom Penh.

Faire campagne dans un délai aussi court « est très compliqué », admet-il, surtout avec des problèmes logistiques comme la distribution des bulletins de vote et des affiches dans des zones aussi éloignées.

Pour la première circonscription d’Amérique du Nord, Roland Lescure, député macroniste sortant et actuel ministre de l’Industrie, a déclaré que sa campagne avait été courte mais intense. Il a déclaré à L’Observatoire de l’Europe avoir fait le tour de plusieurs villes des États-Unis et du Canada pendant 10 jours et organisé des visioconférences, touchant plus de 2 000 personnes. Il estime également qu’il est important de maintenir une forte présence sur les réseaux sociaux.

Plus près de chez nous, Frédéric Petit, député sortant de la 7e circonscription (pays d’Europe centrale et balkanique) et membre de la majorité présidentielle, reconnaît que faire campagne comme député des Français de l’étranger est différent. « Je ne fais pas la tournée des marchés locaux le samedi matin », a-t-il expliqué à L’Observatoire de l’Europe.

Il veille néanmoins à rester en contact avec ses administrés en rencontrant quotidiennement des centaines de personnes. Installé en Pologne, il s’entretient régulièrement avec les élus locaux et les communautés scolaires françaises, soulignant que « les conversations en ligne avec des personnes peuvent être aussi efficaces que les discussions dans un café de village en France ».

Petit a déclaré que le réseau des associations culturelles locales et de l’Assemblée des Français de l’étranger est essentiel pour soutenir son travail.

Asma Rharmaoui-Claquin, membre de La France Insoumise/Nouveau Front Populaire et adversaire de Frédéric Petit dans la même région, fait campagne depuis sa base en Allemagne, puisqu’elle a déclaré à L’Observatoire de l’Europe que 80% des électeurs sont basés là-bas.

Elle dit avoir « le privilège de faire campagne presque comme en France », en s’appuyant sur ses liens étroits avec la communauté française en Allemagne. « Nous distribuons des tracts sur les marchés parce que nous savons où les Français se rassemblent. »

Pour les candidats des circonscriptions plus proches comme Halima Delimi (Suisse et Liechtenstein), la logistique est plus simple.

Sa circonscription étant l’une des plus petites pour les Français de l’étranger mais aussi la plus dense, elle en profite pour se rendre dans des zones sous-représentées, notamment des régions comptant peu d’électeurs ou aucun bureau de vote, comme le Liechtenstein et le Tessin.

Différents profils d’électeurs

Les Français de l’étranger représentent un électorat particulier, souvent moins nombreux que la moyenne nationale, même si celui-ci est en augmentation par rapport aux années précédentes.

Les habitants des 11 circonscriptions d’expatriés partagent des préoccupations similaires, même si elles diffèrent de celles de la métropole. Les services consulaires constituent un enjeu majeur, les récentes coupes budgétaires ayant entraîné une détérioration des services publics à l’étranger, compliquant même les tâches administratives les plus élémentaires.

L’accessibilité du vote est également une préoccupation, plusieurs candidats dénonçant les difficultés de vote depuis l’étranger. Franck Pajot, représentant la 11e circonscription, a souligné les problèmes liés au vote en ligne, citant l’exemple d’un électeur du Kirghizistan qui doit traverser la frontière pour aller voter au Kazakhstan parce que les systèmes en ligne ne sont pas fiables.

L’éducation est un autre enjeu majeur pour les expatriés : les écoles françaises sont trop peu nombreuses, les frais de scolarité augmentent et les budgets se réduisent, des problèmes reconnus par tous les candidats.

Certaines propositions de campagne abordent des problématiques spécifiques à certaines régions : l’accès à l’avortement en Europe de l’Est, les retraites pour les retraités à faibles revenus vivant dans des pays plus ensoleillés, la double assurance maladie en Suisse et le développement d’options de transport plus écologiques pour les voyageurs fréquents entre Londres et Paris.

Tous les candidats interrogés s’accordent à dire que la compréhension des réalités locales nécessite un lien profond avec leurs électeurs expatriés. Charlotte Minvielle, candidate du Nouveau Front populaire pour l’Europe du Nord (3e circonscription), est basée à Londres depuis des années. Elle estime que son adversaire du camp Macron « ne peut pas saisir ces questions : vivre à l’étranger, faire face aux coûts élevés du retour en France, prendre en compte l’éducation des enfants ou gérer la double nationalité ».

Barrière contre l’extrême droite

Aucun candidat du Rassemblement national (RN) ne s’est qualifié pour le second tour des élections législatives dans les circonscriptions d’expatriés.

« Je pense qu’il y a eu une dynamique nationale qui a dépassé les frontières de la France métropolitaine », estime Asma Rharmaoui-Claquin, candidate du Nouveau Front populaire pour l’Europe centrale.

Elle a souligné que sa région est particulièrement consciente des problèmes liés à l’illibéralisme : « Quand on parle de l’extrême droite, nous, les expatriés français, l’avons vécu. On le voit en Pologne, en Hongrie, en Italie et plus loin dans le temps en Allemagne. »

Pour la candidate franco-britannique Charlotte Minvielle, c’est surtout lié à leur position sur la question migratoire. « Il y a une forte inquiétude chez les expatriés français qui comprennent les défis d’être étranger dans un autre pays », a-t-elle déclaré.

Cependant, un membre de l’équipe de campagne du candidat et ministre Roland Lescure a souligné que le vote Rassemblement national est historiquement faible parmi les Français de l’étranger, mais dans sa circonscription, il s’élève à 10%, un chiffre qui a doublé par rapport à 2022.

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