Elections françaises : la tenue nazie et les propos racistes nuisent à la campagne de Marine Le Pen

Martin Goujon

Elections françaises : la tenue nazie et les propos racistes nuisent à la campagne de Marine Le Pen

PARIS — Au cours de la dernière décennie, la dirigeante d’extrême droite française Marine Le Pen a déployé des efforts extraordinaires pour débarrasser son parti, le Rassemblement national, de sa réputation de racisme et de xénophobie — notamment en limogeant son propre père et en abandonnant le nom historique du parti.

Mais les tentatives de Le Pen de présenter une image soignée et favorable au courant dominant se fissurent lorsqu’on examine de plus près ses candidats qui sont des négationnistes (repentis) de l’Holocauste, des admirateurs du président russe Vladimir Poutine et des racistes déclarés au second tour des élections législatives de dimanche.

Les candidats de Le Pen, qui devraient remporter entre 230 et 260 sièges sur les 577 que compte l’Assemblée nationale, soit un peu moins qu’une majorité absolue, ressemblent à une galerie de voyous extrémistes et de cinglés qui se seraient sentis tout aussi à l’aise dans le parti lorsqu’il était dirigé par le père controversé de Le Pen, Jean-Marie.

Commençons par les aficionados des posts racistes sur X ou Facebook. Malgré l’existence de journalistes qui peuvent facilement lire ces posts, les candidats de Le Pen se font toujours prendre pour avoir écrit des choses comme « toutes les civilisations ne se valent pas » et que certaines « sont restées juste au-dessus de la bestialité dans la chaîne de l’évolution ».

Dans un message depuis supprimé, celui-ci était une gracieuseté de Marie-Christine Sorin, une candidate du sud de la France arrivée première dans sa circonscription après un vote au premier tour dimanche dernier.

Une autre candidate, Monique Griseti, s’en est prise à un célèbre chanteur noir, Gims, en écrivant sur Facebook en janvier 2022 qu’il devrait « retourner d’où il vient et emmener toute sa tribu avec lui. Qu’il aille traire des chèvres, ça nous donnera des vacances à tous », selon le quotidien de gauche Libération. Une autre candidate, Paule Veyre de Soras, a vanté le fait qu’elle ait un « ophtalmologue juif » et un « dentiste musulman » comme preuve de son non-racisme.

On pourrait penser que le fait que de tels messages soient déterrés et publiés pourrait nuire aux chances de ces candidats aux urnes. Au contraire, mon cher:Ces quatre candidats étaient tous qualifiés pour le second tour, ce qui — il faut le dire — ne signifie pas nécessairement qu’ils seront élus lors d’un second tour dimanche.

Ensuite, il y a le fan club de Poutine, sans doute plus grand que celui des racistes de Le Pen sur Facebook.

Il comprend des candidats comme Pierre Gentillet, cofondateur du Cercle Pouchkine pro-russe français, qui s’est rendu en Syrie à l’invitation du président Bachar al-Assad, qui a été exclu par les dirigeants mondiaux en raison des atrocités commises pendant la guerre civile syrienne qui dure depuis dix ans.

Il y a aussi ceux qui ont personnellement rendu service à Poutine en agissant comme « observateurs électoraux » lors de diverses élections truquées qui se sont déroulées en Russie ou dans les territoires ukrainiens sous contrôle russe. Et puis il y a Frédéric Boccaletti qui combine pro-poutinisme – il a été observateur lors des élections parlementaires russes de 2021 – avec un passé d’antisémitisme. En effet, à la fin des années 1990, il était propriétaire d’une librairie spécialisée dans les ouvrages antisémites et négationnistes.

Marine Le Pen, la dirigeante de l’extrême droite française, a déployé des efforts considérables pour débarrasser son parti du Rassemblement national de sa réputation historique de racisme et de xénophobie. | Francois Lo Presti/Getty Images

Les électeurs punissent-ils ces candidats pour avoir soutenu un dirigeant étranger dont le pays vient de désigner Marine Le Pen comme prochain dirigeant de la France ? Pas du tout. Là encore, la radicalité semble être un argument de vente plutôt qu’un frein. Boccaletti arrive en tête avec 48,3% des voix dans sa circonscription du sud du Var, bastion du Rassemblement national.

Même chose pour Gentillet, arrivé premier dans sa circonscription. Au total, selon tf1info, neuf candidats du Rassemblement national ayant participé à des missions d’observation électorale bidon en Russie ont passé le cap du premier tour dimanche dernier et pourraient briguer un siège à l’Assemblée nationale.

Face aux propos ouvertement racistes tenus par leurs candidats, les dirigeants du Rassemblement national ont tendance à adopter deux approches. Si le commentaire ou le comportement dépasse une certaine limite (en général, des actes passibles de poursuites judiciaires en vertu de la loi française sur les discours de haine), le parti peut retirer son soutien. Ce fut le cas de Ludivine Daoudi, une candidate du nord de la France qui s’est retirée après la diffusion d’une photo d’elle souriant avec une casquette d’uniforme de la Luftwaffe nazie. « Nous ne pouvons pas accepter de telles choses », a déclaré Philippe Chapron, le patron local du parti. « Elle se retire pour ne pas causer de problèmes au Rassemblement national et à ses candidats. »

Mais dans la plupart des cas, l’approche consiste à hausser les épaules, à minimiser et à agir seulement lorsque l’examen minutieux devient trop inconfortable pour le Rassemblement national « new look » de Marine Le Pen. Interrogé sur la possibilité que ces candidats soient confrontés à des conséquences en cas de racisme, Jordan Bardella, président du parti et potentiel Premier ministre, a déclaré à BFMTV que sa « main ne tremblerait pas » avant de retirer son soutien à ces candidats, qu’il a comparés à des « moutons noirs ». Mais la barre pour être qualifié de mouton noir semble être assez haute – en effet, au niveau d’une casquette de la Luftwaffe.

À l’approche des élections de dimanche, Le Pen et Bardella auront de plus en plus de mal à présenter leur parti comme raisonnable, à l’image de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, une femme de droite qui a impressionné ses pairs en n’adoptant pas Poutine ou en ne tournant pas le dos à l’Occident depuis son arrivée au pouvoir en 2022.

Mais un parti n’est raisonnable que dans la mesure où ses membres et les parlementaires qui soutiennent son programme au Parlement le justifient. Dans ce cas précis, il semble que les efforts de « normalisation » de Le Pen aient encore du chemin à parcourir.

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