Digital Services Act : Temu sur le banc des accusés

Jean Delaunay

Digital Services Act : Temu sur le banc des accusés

Sous le coup de multiples accusations, Temu, l’application chinoise de commerce en ligne, se retrouve dans le collimateur des associations de consommateurs européennes. Quels sont les griefs formulés contre Temu et quelles en sont les implications pour les consommateurs ?

« DSA » VS « TEMU »

Le 16 mai, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, appuyée par une quinzaine d’autres associations européennes, a déposé une plainte auprès de l’Arcom, le régulateur français du numérique. Un coup de force qui s’inscrit dans le cadre du Digital Services Act (DSA), le nouveau règlement européen du e-commerce visant à réduire la diffusion de contenus illégaux et à instaurer plus de transparence entre les plateformes en ligne et leurs utilisateurs.

Le DSA a été adopté le 19 octobre 2022, et c’est l’une des initiatives phares de l’Union européenne pour réguler et encadrer les services numériques. Entré en vigueur en février dernier, il vise à appliquer un principe simple : ce qui est illégal hors ligne doit l’être également en ligne, imposant aux plateformes sur internet des obligations strictes pour lutter contre la diffusion de contenus illicites, protéger les droits des utilisateurs, et garantir la transparence des algorithmes et des pratiques publicitaires.

Or, selon la quinzaine d’associations européennes de défenseurs des consommateurs, Temu ne fournit pas suffisamment d’informations sur les vendeurs présents sur sa plateforme, compromettant ainsi la capacité des consommateurs à identifier et contacter les vendeurs en cas de problème, de demande de remboursement ou de réparation de produit. Une première lacune en contradiction avec le DSA, qui exige justement une traçabilité rigoureuse des professionnels vendant sur les plateformes en ligne.

De plus, Temu est accusée de ne pas offrir des niveaux de sécurité adéquats pour les consommateurs mineurs, car l’application ne conditionne pas l’accès à son service à une vérification d’âge, exposant ainsi les jeunes utilisateurs à des contenus et des pratiques de consommation inappropriés.

Il est aussi reproché à la plateforme chinoise d’user massivement de techniques de manipulation, connues sous le nom de « dark patterns », comme de faux compteurs de temps ou des annonces de stocks prétendument limités pour créer un sentiment d’urgence et pousser les consommateurs à acheter rapidement. Quelques minutes en ligne sur le site web suffisent pour voir son écran tapissé de messages comme « seulement 3 articles restants » ou « offre valable pendant 10 minutes » pour inciter les utilisateurs à finaliser leur achat sans prendre le temps de réfléchir.

Enfin et pour couronner le tout, pour le Bureau européen des consommateurs, Temu doit rapidement expliciter le fonctionnement de ses systèmes de recommandation et la valeur des critères de sélection pour l’affichage des produits. Actuellement, cette transparence est jugée largement « insuffisante » ou « rudimentaire ».

Avec ces multiples entorses au DSA et au droit européen, Temu se retrouve désormais sous le coup d’une plainte de consommateurs et se voit contraint de rapidement changer ses pratiques sur le vieux continent.

Alibaba aussi dans le viseur

De son côté, le 14 mars dernier, la Commission européenne annonçait l’ouverture d’une enquête sur Alibaba, le site des ventes en ligne d’Ali Express. Le but ?  S’assurer que la plateforme chinoise respectait elle aussi la législation européenne sur les services numériques. « Il ne s’agit pas d’un constat de violation. Il s’agit de l’ouverture d’une enquête formelle sur une violation présumée », avait précisé la Commission, ce à quoi le site web répondit dans un communiqué « Nous avons travaillé et continuerons à travailler avec les autorités compétentes pour nous assurer que nous respectons les normes applicables et nous continuerons à nous assurer que nous serons en mesure de répondre aux exigences du DSA ». Une mise sous surveillance, sans infractions formellement repérées.

A contrario, 26 avril dernier, la Commission européenne avait classé Shein comme « très grande plateforme en ligne » dans le cadre du Digital Services Act. Le mastodonte du prêt-à-porter sur internet – et grand rival de Temu – voyait donc donc vu ses responsabilités en ligne reconnues par Bruxelles.

Très concrètement, cela signifie que Shein sera aussi soumise à des contrôles renforcés, notamment pour la prévention de la vente de produits illégaux, la protection des mineurs et le respect de certaines obligations de transparence. Mais en devenant la 23e plateforme à être soumise à ce « contrôle renforcé », aux côtés de géants de la tech tels que Google, Facebook, Instagram, TikTok, Apple ou X (ex-Twitter), Shein est reconnue officiellement comme une plateforme incontournable dans le paysage numérique européen.

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